UUYSKUOECK ET LE MYSTICISME
preuves de sa douceur ordinaire non seulement aux hommes, mais encore aux animaux, il reçut la visite de deux ecclésiastiques de Pai'is, arrivés exprès à Groenendael pour avoir de lui quelques paroles édifiantes, quelques paroles qui pussent les enflammer de l'amour de Dieu. Il se contenta de leur répondre avec un gracieux sourire : « Ghers frères, vous êtes aussi saints que vous voulez l'être. » Gomme ils furent étonnés de cette réponse, Ruysbroeck ajouta : « Veuillez donc comprendre que votre sainteté est précisément aussi grande que votre bonne volonté. G'est pourquoi examinez jusqu'où votre volonté est bonne, et alors vous coiniaîtrez le degré de votre sainteté ; car chacun est aussi saint qu'il est bon de cœur (^). »
La liberté, l'humilité et l'amour, tels furent, pour Ruysbroeck, les biens suprêmes. « Descendre dans l'humilité, disait-il, c'est escalader les hauteurs de tous les cieux; sans humilité, toutes les bonnes œuvres perdent leur beauté. La liberté et l'humilité ont la même valeur f).
« L'union de Dieu et de l'àme, voilà l'amour, la grâce, la charité, d'où naît la pureté de la conscience... Jésus-Christ n'était qu'amour, douceur et souffrance pour le genre humain qu'il a voulu racheter par sa mort. — La charité et la justice sont les fondements du royaume des âmes où viendra demeurer Dieu ; ajoutez-y l'humilité, et vous aurez les trois vertus cardinales f). — La nature incompréhensible de Dieu échappe à toutes les créatures dans les cieux comme sur la terre ; car Dieu est à la fois au-dessus, en dehors de toutes les créatures et dans toutes les créatures. Toute intelligence créée est trop étroite pour le comprendre ; cependant, si la créature veut comprendre Dieu, il faut qu'elle soit ravie hors d'elle-même en Dieu ; qu'elle comprenne Dieu par le moyen
(') Kngei.hardt, p. 169.
(•■') Id., p. 199.
(■') RuiSBROKC, Chicrlieit der ffresteliker hrulocht, f. 43, verso 48. (Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, n° 11G6.)