‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 4)Chapitre 33 sur 72 · IL EST DÉFENDU PAU SCIIOONIIOVE · texte numérisé non relu

IL EST DÉFENDU PAU SCIIOONIIOVE

mysticisme est comme une brillante lialliiciiiatioii d'iiiiç âme ivre (le Dieu, et comme il n'a pas mesuré les forces ni fixé les limites de la raison, il perd, dès les premiers pas, toute connaissance réelle et inlellii>;il)Ie et se précipite dans les abîmes les plus pi'ofonds de l'idée. Il rappelle souvent les spéculations si obscures et si spleudides à la fois des poètes de l'Oi ient {').

En résumé, la mystique de Ruysbroeck était d'accord, d'une part, avec celle des hérétiques de son temps, car elle avait pour principe que l'homme doit être un avec Dieu, conforme à Dieu, et qu'il ne peut parvenir à celte unité, à cette conformité que par la contemplation, par l'abstraction la plus entière; mais, d'autre part, elle en différait parce que le mysticisme de ces hérétiques était panthéiste, tandis que celui de Ruysbroeck était essentiellement théiste. L'un, en effet, considéi-ait l'homme comme divin par sa nature; l'autre, au contraire, exigeait pour la déification de l'homme l'intermédiaire de la grâce de Dieu; l'un prenait l'unité en Dieu comme un mode d'être absolu de Dieu dans l'homme, l'autre n'admettait qu'un développement continu de l'homme pour atteindre à celte déification, c'est-à-dire pour être reçu en Dieu, mais toujours comme être créé. Ruysbroeck dit, non pas une fois, mais vingt fois, que jamais Dieu ne peut devenir la créature pas plus que la créature ne peut devenir Dieu. Enraciné dans la foi catholique, il combat de la manière la plus formelle et la plus énergique le mysticisme panthéiste et prouve combien celui-ci est contraire au mysticisme chrétien f). Comme Gerson jugeait Ruysbroeck sur une traduction latine, il est aisé de comprendre qu'il ait pu se tromper, ei, de fait, il a mal jugé notre illustre compatriote parce que, ne connaissant pas tout ce qu'il avait écrit, il a nécessairement ignoré ce qui met précisément Ruysbroeck en

(') ScHMiDT. — Avant Scliinidt, Néander avait disculpé Ruysbroeck de l'accusation de panthéisme. Voyez sa belle Histoire de l'Ét/lise, t. X, p. 737-779.

(^) E.NfiEI.HARDT, p. 343. — Uu.MANX, p. 52-54.

ULYSBllOECK Eï LE MYSTICISME.

opposition flagrante avec le mysticisme hérétique de son temps (').

Tout ce qu'on peut dire pour expliquer la rigidité de Gerson, c'est que Ruysbroeck a péché, non pas, certes, par le fond, mais par le manque de précision et de clarté dans l'expression ; ce que pouvait difficilement éviter un homme qui voulait rendre sensibles les plus grandes extases et qui portait le nom de docteur extatique f).

Au surplus, Ruysbroeck a trouvé un défenseur enthousiaste dans le savant chanoine et sous-prieur de Groenendael, Jean de Schoonhove f), dont Thomas a-Kempis a décrit la vie si pure, si pieuse et si orthodoxe.

Schoonhove, en commentant l'idée de son ami sur l'union de l'àme avec Dieu, s'efforça de démontrer que le maître ne parlait que de l'union par la douceur de l'amour, par la profonde extase de la contemplation, qui, disait-il, dissolvent l'àme et absorbent toute la force de la raison. Il distinguait une identité substantielle, que Ruysbroeck n'admettait pas, qu'il combattait même comme une hérésie; une identité idéale par la conformité morale de la volonté et qu'avaient tous ceux qui possédaient la grâce spirituelle, et une troisième qu'il plaçait entre ces deux : une identité immédiatement contemplative et religieuse, l'identité de la contemplation et de l'amour, dans laquelle l'àme se fondait, se dissolvait elle-même et se transformait en Dieu. Il prouva que c'était celle-là seule dont parlait Ruysbroeck. Mais rien ne put ébranler Gerson; il persista dans son opinion, ne cessa de condamner les expressions du docteur extatique et fit remarquer à Schoonhove qu'en les défendant il se rendait luimême coupable f).

(') Voyez les preuves apud Engelhardt, p. 224 et siiiv. (^) Ullmann, p. 53-55, d'après Engelhardt, p. 265 et suiv. (3) Il mourut en 1431.

(<) Gerson, opp.,t. I, p. 63 et 78; t. III, p. 391 et 394. — Engelhardt, p. 272-278. — BoHRiNGER, p. 539.

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