‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 4)Chapitre 34 sur 72 · SA MOUALE PLUS INFLUENTE QUE SES ÉCRITS · texte numérisé non relu

SA MOUALE PLUS INFLUENTE QUE SES ÉCRITS

Schoonhove fit remarquer à Gcrson que les ouvrages de Ruysbrocck avaient été écrits en llamand et que Gerson ne les connaissait que par les traductions latines qu'on en avait faites; que cette circonstance seule aurait dû lui commander plus de réserve, attendu que le style latin appartenait exclusivement au traducteur; qu'en langue flamande, la parole du maître était plus douce, plus harmonieuse et plus ravissante; qu'il avait été forcé de s'exprimer en images et en figures, car il s'agissait de l'inexprimable; que l'inexprimable ne peut pas être rendu clairement et que, par conséquent, il est sujet à des malentendus (^).

Au fond, Gerson avait tort : il n'avait pas compris ou il n'avait pas voulu comprendre ce qui distinguait expressément Ruysbroeck des mystiques hérétiques de son temps f).

L'accusation de panthéisme devait être renouvelée plus tard contre un autre frère de la vie commune, contre le Louvaniste Henri Bogaert, prieur de Sept- Fontaines, près du village d'iVlsemberg, oii .il mourut en 1469.

Ruysbroeck, comme les mystiques allemands, ses contemporains, avait une trop grande liberté de penser pour s'enchaîner étroitement aux dogmes de l'Église et donner une importance excessive à l'autorité des livres ; il aimait mieux puiser ses inspirations aux sources pures du cœur; mais, par cela même, il se plongeait trop dans les profondeurs du sens intime ou dans les voluptés surnaturelles de l'amour de Dieu pour ne pas négliger l'activité de la vie pratique. Il est vrai qu'il tendait à une exquise pureté morale, renonçait à toute espèce d'égoïsme et ne faisait le bien que pour le bien; mais cette moralité était trop intérieure, trop idéale, trop extatique pour s'appliquer aux besoins de chaque jour.

(') Engelhardt, p. 270 et 271. — Du reste, pour Schoonhove, voyez Tt^actatus, Epistolœ et collationes sive sei-mones fratris Johannis de Schoonhoma, superioris Yiridis Yallis, ordinis canonicorum reffularïum, egregii in artibus magistri, cornpilati a quodam fratre presbytero professa Yiridis Yalli, ejitsdem de Schoonhovia discipulo. [Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne.)

(*) Engelhardt, p. 224.

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