‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 4)Chapitre 35 sur 72 · RLYSBKOECK ET LE MYSTICISME · texte numérisé non relu

RLYSBKOECK ET LE MYSTICISME

Il n'y a pas moins dans ces mystiques un progiès immense, si on les compare aux aberrations de Ycspint libre, qui s'élevait au-dessus de toute loi et de toute conscience. Mais, quoiqu'ils aient dirigé leur enseignement de manière à agir directement sur le peuple, ils furent impuissants à opérer une transformation dans la vie populaire et dans les rapports de la société. Hàtons-nous, cependant, de faire remarquer que, sous ce rapport, Ruysbroeck et les frères de la vie commune ont fait beaucoup, grâce à la sainteté de leurs mœurs; ils étaient de vrais modèles de piété et de vertu pratique ; et, à ce titre, ils exercèrent sur les masses une influence digne des premiers temps du christianisme, influence d'autant plus grande qu'ils vivaient constamment parmi le peuple et qu'entre eux et le peuple il n'existait pas de ces limites étroites qui faisaient des laïques et des ecclésiastiques deux corps séparés par des barrières infranchissables (^).

Chose étrange, Gerson lui-même, l'adversaire de Ruysbroeck, peut être rangé parmi les mystiques. On sait qu'il se serait entièrement voué à la vie contemplative, s'il n'en avait été détourné par le grand rôle que son génie et les circonstances lui ont imposé. Vivant au milieu de toutes les angoisses d'une décadence qui atteignait à la fois le sentiment religieux, la moralité publique et la science philosophique, il en avait été lui-même profondément troublé; et, par un signe du temps digne de remarque, il était arrivé au mysticisme par le nominalisme. C'était le dernier refuge d'un esprit ferme et d'une conscience droite, qui s'était cependant plusieurs fois trompé et qui avait vu s'évanouir tous ses rêves de réforme religieuse et sociale par l'action de l'Église et des conciles.

Gerson pensait, il est vrai, comme les grands réalistes, qu'il fallait croire pour comprendre et que la théologie était la maîtresse de toutes les sciences. Mais il reprochait aux

(') RiTTER, Geschichtc dcr Philosophie, 1. VIII, p. C26-630.

mouam: 1)i:s mystiques.

scolasliquos de son temps de se flatter de connaître Dieu au moyen de syllogismes. Son idéal, eonnne celui de lUiysbroeck, était l'amour de Dieu. Il ne voyait plus dans la philosophie qu'une science d'expérimentation interne, tendant à donner à l'àme la plus ignorante un sentiment de Dieu plus précis et plus complet que celui de la spéculation métaphysique ou scolastique. Seulement, caractère modéré et porté à la conciliation, il a souvent flotté entre des opinions contraires, et il a mérité lui-môme quelques-uns des reproches qu'il adressait à Ruysbroeck, par sa préférence décidée pour la vie contemplative.

Si Gerson, du reste, ne sortit pas victorieux de sa polémique avec l'apologiste de Ruysbroeck, il n'eut pas plus de succès dans une autre question bien plus importante. On s'occupait alors, en théologie, beaucoup plus de la casuistique que de la morale. Les scolastiques, habitués à fournir des preuves pour et contre toutes choses, s'efforçaient de donner de la probabilité à des opinions hasardées. Le triste état de la morale se montra particulièrement dans les orageuses discussions soulevées par l'assassinat du duc d'Orléans (25 novembre 1 407), ordonné par Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Le cordelier Jean Petit, docteur en théologie à Paris, s'en était constitué l'apologiste et avait rédigé une justification de son souverain le duc Jean, en dix-huit articles ('). Mais le parti d'Orléans ayant triomphé en France, l'archevêque de Paris la condamna. Jean sans Peur déféra la question au concile de Constance. Gerson, longtemps attaché a la maison de Bourgogne par la reconnaissance qu'il avait vouée au duc Philippe le Hardi, son protecteur, rompit avec son fils, pour défendre la cause de la morale contre les sophismes du dominicain Martin Porrée, évêque d'Arras, fondé de pouvoirs de Jean sans Peur (1415). Le concile n'osa pas se prononcer d'une manière décisive. Sans doute, il condamna la doctrine

(M Jean Petit était né à Hesdin.

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