RUYSBUOECK ET LE MYSTICISME
La conlagion a envahi la religion et les prêtres du monde entier ('). »
On voit par tout ce qui précède que si, d'un côté, Ruysbroeck était un contemplateur mystique, de l'autre, il était un réformateur pratique. Ces deux éléments se retrouvent dans deux hommes sur lesquels il a exercé une grande influence, Tauler et Gérard Groot f).
Ruysbroeck remplaçait par l'observation, par les expériences intimes, ce qui lui manquait sous le rapport de la logique : il communiqua cette manière à Tauler et à Gérard Groot. Sans cesse dévoré du désir de savoir de quelle façon l'homme pourrait arriver au premier et au dernier échelon de toutes choses : à Dieu, il veut initier ses contemporains aux efforts qu'il a faits et à ceux qu'ils doivent faire eux-mêmes pour y atteindre : de là, la richesse et l'immense variété de ses contemplations; car, dans la méthode d'enseignement qu'il suivit, il était forcé de tenir compte de tout, de la diversité des tempéraments, de l'influence des corps célestes, des erreurs, des préjugés et des vices de son temps. La base fondamentale de ce qu'il écrivait et prêchait, c'était l'essence de l'homme, l'essence de la Trinité et l'action de la Trinité sur l'homme. Aussi, quand il parle de Dieu, quand il développe la Trinité, quelles vives et brillantes images il étale à nos regards, depuis les abîmes les plus profonds de la créature et depuis les cieux des cieux jusqu'aux caractères et aux passions des hommes ! Et comme il les connaît, ces caractères et ces passions! Quels coups d'œil il jette jusque dans les plis et les replis les plus cachés du cœur humain ! Puis, comme il sait ramener dans les sentiers de la foi les frères égarés par le monde ! Quels trésors de science et de morale il leur ouvre, trésors qu'il puise dans les Pères de l'Église et dans les docteurs du moyen âge f).
(I) " Ende lieeft besmet aile die religie onde aile dat paepschap der werelt. •> (Ms cité.)
(^) Ullmann, p. 59 et 60.
(') Engelhardt, p. XIII, 170-172.
ÉLÈVi:S I)F, I\l YSHUOF.CK.
Telles étaient, à Groenendael, riiiinianité et la charité des frères les uns envers les autres, telle était leur simplicité, que chacun d'eux, quels que fussent son rang et sa place dans le monastère, pouvait instruire tous les autres. Ainsi, Jean de Leeuw, d'Ainighcm, qui avait suivi Ruysbroeck dans sa retraite et qui y faisait le métier de cuisinier, se sentant la vocation de donner également aux frères et aux hôtes une nourriture spirituelle, ne laissa pas échapper l'occasion de les exciter à la contrition et à l'amour de Dieu. Le bon cuisinier, car c'était ainsi qu'on le nommait, portait les plus mauvais habits, se contentait des mets les plus vulgaires et avait atteint le vrai but d'un disciple du maître, en ce qu'il était aussi capable de vaquer à la vie active que de se livrer à la contemplation. Personne ne le surpassait en douceur, en humilité; et, « cependant, Dieu ne lui épargna pas les épreuves; souvent il endura les tourments et les angoisses de l'enfer». En revanche, il se vit honoré de révélations divines qui lui inspirèrent quelques ouvrages flamands dans lesquels il parle avec enthousiasme de son maître bien-aimé. Il mourut en 1577 (').
Mais Ruysbroeck eut un élève tout autrement éminent dans le Hollandais Henri Mande, qui sut s'approprier avec beaucoup d'originalité les idées et même le style du célèbre Brabançon.
(') Engklhardt, p. 326.