‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 24 sur 102 · WICLEF ET JEAN HUSS · texte numérisé non relu

WICLEF ET JEAN HUSS

naissant génie des révolutions modernes (^); mais Wiclef, en rinspirant, a contribué pour sa part à lancer Thumanité européenne dans les voies nouvelles, qu'elle n'a plus quittées depuis f).

L'Église prêcha l'extermination des Frères de Bohême insurgés contre la messe, la prière pour les morts, les honneurs des isaints et surtout la puissance du pape f), La Belgique, particulièrement le Hainaut et la principauté de Liège, fournirent leurs contingents d'infanterie et de cavalerie à cette croisade (1419-1434). Excité par la parole ardente du cardinal Brandon de Cortillon, évêque de Plaisance et légat apostolique, le Brabant ne resta pas en arrière. Wenceslas T'Serclaes, conduisit en 1421, une troupe nombreuse de Brabançons à l'empereur Sigismond, qui assiégeait Prague {^). Les victoires de Jean Ziska, le terrible chef des husites (1427 et 1431) refroidirent le zèle des croisés, qui, s'enquérant des doctrines qu'ils étaient allés combattre par le fer et le feu, revinrent chez eux avec d'autres idées sur une Église à laquelle ils avaient obéi jusqu'à verser leur sang pour sa cause, sans l'avoir exaininée. Cette nouvelle propagande releva le courage des Vaudois en Belgique, mais provoqua aussi contre eux de nouvelles persécutions, notamment à Douai : les faibles abjurèrent, les forts moururent en braves (^.

Malgré la circulation de toutes ces idées hétérodoxes dans nos provinces, l'opposition ne sortait pas, généralement parlant, des limites tracées par la hiérarchie et les dogmes de l'Église. Elle se contentait d'attaquer les abus.

Du reste, depuis le xn* siècle, il se manifestait partout des tendances à restaurer le christianisme du cœur, de l'esprit

. (M L. Blanc, Histoire de la Révolution française, t. I, p. 16, édit. de Bruxelles.

(•) J. Fribdrich, /. c, p. V,

(») BossuET, p. 205.

(^) Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, t. I, p. 213.

(^) BoxHORN, Merle d'Aubigné, Van der Elst,

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et de Faction, c'est-à-dire de la simplicité, de Famour et de Fabnégation. On vit s'établir, à côté des communautés de moines, d'autres communautés d'hommes et de femmes destinées à réaliser ce que les couvents n'avaient pas réalisé. Ce sont ces associations chrétiennes du moyen âge, qui, ressemblant pour l'extérieur à la vie monacale, n'en subissaient pas la contrainte hiérarchique et étaient animées d'un esprit plus sérieux et plus profondément évangélique. D'abord, vers la fin du xn* siècle, nous voyons se former en Belgique, l'établissement dès béguines, dont le but primitif fut d'éloigner le sexe des séductions du monde et de contribuer à la propagation d'un christianisme apostolique dans la pratique (^). Les béguines, en effet, se livraient au travail et à l'instruction des pauvres sans s'astreindre à des vœux ; elles devaient promettre obéissance et chasteté, et, sans vivre d'une vie clâusb'ale, elles n'en formaient pas moins un monde à part(*).

Les Béghards (en flamand Bogaerden)^ qui datent aussi du xn*" siècle, formaient également une association religieuse. On n'y admettait que des célibataires, qui priaient, travail- ' laient et mangeaient en commun, toutefois sans communauté de biens. Ils n'avaient point de règle et pouvaient quitter l'association suivant leur bon plaisir (^. Mais dans la suite, ils firent partie du tiers ordre de Saint-François (^.

(*) Les béguines furent institaées le 26 mars 1 184, à Liège, pAr un prêtre nommé y Lambert li Bègues ; il y en eut A Tirlemont, en 1202 ; à Nivelles, en 1226 ; à Gand, en 1227 ; à Anvers, en 1230; & Louvain et à Bruges, en 1234 ; A Bruxelles, en 1250; à Malines, en 1257. Voy. Hallmann, Die Oeschichte des Ursprungs der belgischen Beghinen. Berlin, 1843. — Gibsblbr, t. II, p. 364-366. — Bbthmann, ZeitschHft fUr GeschickteKissenschafi ton Adolf Schmidt, t. II, p. 68 et suiv.

(*; UllmaNN, /. c. t. II, p. 15. — Conf. Rapport sur les béguinages de Gand présenté au coUége écheoinal, Gand, 1862, p. 24 et 25, et • Le Béguinage de Mons » par Hachez, dans le Messager des sciences historiques de Belgique^ 1849, p. 277-302.

(3; Hallmann, p. 121-124. — Bkthmann (1. 1., p. 78; en rattache Torigine A celle des béguines.

(••/ • Saint François d'Assise, s'apercevant que le nombre de ceux qui suivaient sa règle augmentait de jour en jour, crut devoir la modifier ; il rangea ses imitateurs

Dès lors, sans vouloir se retirer du monde, ils se soumirent à quelques légères observances et prirent la ceinture de corde des franciscains proprement dits.

Quoi qu'il en soit, dès le commencement du xiv* siècle, les béghards furent chaudement poursuivis par Henri de Virnenbourg, archevêque de Cologne, Voici les paroles dont Clément V se sert à leur égard : « Nous avons appris avec une extrême douleur qu'il s'est élevé, en Allemagne, une secte abominable de quelques hommes malins, appelés béguins, et de quelques femmes infidèles, appelées béguines, qui enseignent les erreurs suivantes : 1** que l'homme pendant cette vie peut acquérir un assez haut degré de perfection pour devenir impeccable et ne pouvoir plus faire de progrès ultérieurs dans la grâce; car, disent-ils, s'il pouvait en faire davantage, il deviendrait plus parfait que Jésus-Christ ; 2** que l'homme ne doit ni jeûner ni prier quand il a acquis ce degré de perfection, parce que la sensualité est alors si parfaitement soumise à l'esprit et h la raison que l'homme peut accorder librement au corps tout ce qui lui plaît ; 5** que ceux qui ont atteint ce degré de perfection et cet esprit de liberté ne sont plus assujettis à l'obéissance humaine, ni engagés par aucune loi de l'Église, parce que, comme ils disent, là où est l'esprit du Seigneur là est la liberté; 4* que, dès cette terre, l'homme peut être aussi pleinement heureux qu'il le sera dans le Ciel ; Sf" que toute nature intellectuelle est naturellement heureuse en elle-même et qu'elle n'a pas besoin de la lumière de la gloire pour s'élever à Dieu, pour le voir et pour jouir de lui ; 6** que c'est une imperfection de s'exercer à des actes de vertu

en trois classes : les fi'ères mineurs de la stricte observance; les filles et les veuves dévotes, sous la direction de sainte Claire, nonnmées dans la suite Clarisses ; les individus des deux sexes qui, sans abandonner leur famille, voulaient pai*ticiper aux grâces spirituelles que promettait son institut. On nommait ceux-ci du tiers ordre de saint François. Les béghards appartenaient à la dernière classe. (Annuaire de la province du Limbourg, rédigé par la société des sciences, lettres et arts établie à Maestricht, 1830, p. 183.)

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et qu'une âme parfaite licencie les vertus (/îcenfia^ a se virtutesy^ T que le baiser d'une femme est un péché mortel si l'inclination n'y porte pas, mais que l'acte charnel, quand la nature y porte, n'est pas un péché, surtout si celui qui exerce cet acte est tenté {maxime tentatus exercens); 8** qu'à l'élévation du corps de Jésus-Christ, on ne doit ni se lever, ni lui donner aucune marque de vénération, parce que ce serait une imperfection de descendre de la pureté et de la sublimité de la contemplation pour penser au mystère et au sacrement de l'eucharistie et s'occuper de la passion de l'humanité de Jésus- Christ 0. »

Comme les béghards soutenaient que leur règle les obligeait à une pauvreté absolue, et que la rigoureuse observation de cette règle n'accommodait pas tous les moines de Saint-François, il s'éleva entre eux de vifs débats. « Les papes cherchèrent des expédients pour terminer cette guerre monacale; ils en trouvèrent un fort ingénieux, c'est que tout ce qui serait donné aux franciscains appartiendrait en propre à l'Église et que ces religieux n'en auraient que l'usage. Cet expédient ne contenta pas le tiers ordre, et les bégards ne voulurent point reconnaître aux papes le pouvoir d'expliquer leur règle, pas plus que de la limiter ou d'en dispenser. Ce fut alors qu'on les déclara hérétiques et que l'on commença à les faire brûler comme tels. Nier l'autorité suprême du pape, c'était commettre le plus grand de tous les crimes; c'était abjurer la foi chrétienne et retomber dans le paganisme. Mais les supplices ne firent qu'irriter le zèle des moines. Ils dirent hautement que l'Église était la meurtrière des saints et la prostituée de l'Apocalypse. Ils traitèrent Jean XXII, qui les avaient condamnés, d'antéchrist mystique, de précurseur du grand Antéchrist, de démon du Midi, de loup ravissant. » Ce pontife leur répondit en les qualifiant d'animaux stupides, de pernicieux renardeaux, qui en impo-

(') LE^vk^T, Histoire de la guerre des Hus^iieSf Amst. 1731, t. I, p. 30 et 31.

saient au inonde sous le masque de la religion et qui séduisaient le peuple f).

Cependant, on a trouvé quelque différence entre les béghards et les béguins, et voici les opinions qu'on attribue à ces derniers : « Il est contre la perfection évangélique de posséder quelque chose en commun; le pape, conséquemment, ne peut pas donner dispense aux religieux ayant fait voeu de pauvreté de garder du froment et du vin dans leurs monastères pour Tusage commun ; l'état des frères mineurs est plus parfait que celui des évêques; il n'est pas permis au pape de dispenser d'un vœu fait absolument, quand même ce serait pour le bien de la paix et pour la conversion de quelque peuple à la foi chrétienne f). » Mais il importe de ne pas confondre les béguines et les béghards belges avec ceux de la France, de l'Italie, de l'Allemagne, de la Pologne et du pays de Liège, qui, après avoir été anathématisés par les évêques, les papes et les conciles, furent totalement exterminés f),

H est vrai qu'au commencement du xiv' siècle, quelques « Hypocrites », sous le nom de lollards, se répandirent dans le Hainaut et dans le Brabant et parvinrent à convertir des femmes de la noblesse; mais, je le répète, c'était là, chez nous, un fait exceptionnel (^.

Dans Anvers et Louvain, nos béghards, qui avaient d'abord fait le métier de tisserands, enseignaient le grec, le latin et les belles-lettres f). A Maestricht , leur couvent devait son origine à une association de drapiers qui s'étaient réunis pour vivre et pour travailler en commun. On croit qu'elle

(*) De Beausobrk, apud Lenfant, t. II, p. 342 et 343 et ibid. les sourœs.

(*) Lhnpant, p. 31.

Cj FopPENS, Histoire ecclésiastique des Pays-BoLS (Manuscrits de la bibliothèque de Bourgogne, n<* 10441 y. — Diercxsens, t. II, p. 154 et suiv. — Papbbroch, Annales Anltcrjiienses y Antv. 1845. t. I, p. 74, 75, 90-93.

(*) Chapeauville, Gestor. pontif. Leod, scriptores, t. Il, p. 350. — Giesbler, t. II, p. 219.

(*) HoYNCK VAN Papendrecht, analccta belgica, Hageborn, 1743, 1. 1, 1, p. 66. — Gieseler, t. II, 2, p. 367-370.

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