THOMAS A-KEMPIS. 13S
SOUS de la médiocre, brun, Toeil clair, les traits doux, le pas réservé et un peu craintif, dont les talents paraissaient avoir peu fixé le regard de ceux qui avaient mission de les utiliser; à qui ses maîtres venaient d'enseigner à tenir la plume de ses doigts longs et flexibles ; qui inaugurait son noviciat et allait le poursuivTe sept ans jusqu*à sa profession, avec une brouette et une faucille, ayant, pour récréation, à certaines heures, la copie d'interminables in-folios sur lesquels il lui fallait se courber (*).
Malgré l'extrême douceur de son caractère et quoiqu'il fut constamment livré à une vie céleste de paix et de contemplation, Thomas ne méconnut pas l'état déplorable du clerçé de son temps et ne laissa échapper aucune occasion de se prononcer contre le monachisme. A. l'exemple de Ruysbroeck, il accabla de tout le poids de sa colère « ces hordes de mendiants encapuchonnés qui inondaient les Pays- Bas, qui prétendaient que le travail et la piété étaient deux choses inconciliables, qui se donnaient eux-mêmes le nom de colombes et traitaient les autres ecclésiastiques de corbeaux ; qui, dans les rues et sur les places publiques, tenaient au peuple un langage trahissant la plus profonde ignorance et la plus scandaleuse immoralité f). »
Ceux qu'atteignait sa critique auraient dû en faire leur profit, ne pas oublier ces conseils de Ylmitation et s'abstenir :
De s infonner ainsi qui des saints est aux deux Le plus considérable, ou le moins précieux, Et ne contester point sur la prééminence Que de leur sainteté mérite Texcellence.
Ces curiosités sont autant d'attentats Qui ne font qu*exciter d'inutiles débats, Enfler les cœurs d orgueil, brouiller les fantabies, Juscpi'aux dissensions pousser les jalousies, Lorsque de part et d'autre un cœur passionné A préférer son saint porte un zèle obstiné.
{*; Vert, Études hislortqices et critiques sur V Imitation de Jésus-Christ, p. 80 et 81.
{*) Delprat, p. 21, 254 et 255 (U« éd.) et p. 88, 97, 220, 221, 283 (2* éd.).
.Les contestations de ces recherches vaines Ne laissent aucun fruit, après beaucoup de peines. Ce n'est que se gêner d'un frivole souci, Et Ton déplaît aux saints quand on les loue ainsi ('). »
Si sévèrement qu'il fût attaché à l'Église, Thomas a-Kempîs n'en plaça pas moins la piété au-dessus de toutes choses et préféra aux plus doctes théologiens l'homme simple qui faisait le bien et adorait Dieu dans l'esprit et dans la vérité» « A quoi bon, dit-il, tant de cayillations sur des choses cachées ou obscures, dont l'ignorance n'entraînera pour nous aucune responsabilité devant Dieu?... Que nous importent les genres et les espèces [des nominaux et des réauxf.... Celui pour qui tout est un, que tout entraîne vers l'unité et qui voit tout en elle, peut demeurer tranquille et rester en paix. Dieu! fais-moi un dans la charité perpétuelle, car en toi je trouve tout ce que je veux et désire; à ton aspect, que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures fassent silence. Oh! si nos docteurs mettaient autant de zèle à extirper leurs défauts et à s'inculquer des vertus qu'à soulever des questions épineuses, il n'y aurait plu8 tant de scandales parmi le peuple f). »
Loin d'être hostile aux idées littéraires, A-Kempis fut un des plus grands promoteurs des nouvelles tendances scientifiques de la théologie f). Sa vie était un modèle non seulement des vertus chrétiennes et claustrales, mais, par cela même, une critique vivante du moine de son temps.
« Moine, pourquoi as-tu abandonné le monde? Pourquoi as-tu mis ce capuchon? Pourquoi as-tu méprisé les pompes de la terre? N'était-ce pas pour servir Dieu et garder ton coeur? Pourquoi donc vague^-tu ainsi et médites-tu des choses vaines? Tâche d'imiter la vie de Jésus-Christ, apprends àconverser chastement, justement, pieusement; gouverne tes
(•) De r Imitation de JésuS'Christ, traduit en vers par Corneille, liv. III, ch. 58. (*) De Imitatio7ie Christi, lib. I, cap. 3, 55, 1 et 2. (») Hagen, p. 74 et 75.