‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 56 sur 102 · DENYS LE CHARTREUX · texte numérisé non relu

DENYS LE CHARTREUX

de se corriger eux-mêmes et de s'occuper principalement des petits et des pauvres (^).

Il remontrait au pape, aux prélats, aux rois que la perte de Constantinople, récemment conquise par les Turcs, était la peine infligée à leurs péchés et à ceux de leurs peuples; qu'ils devaient s'appliquer sans délai à la réforme de leurs mœurs et venger l'Ëglise du sanglant outrage qui venait de lui être fait par cette catastrophe f).

Brugman partageait entièrement les opinions de son ami : il ne voyait dans l'Église qu'un champ ravagé sans culture f). Mais si, par rapport au dogme et à la morale, il était d'accord avec Thomas a-Kempis, il différait radicalement de ce mystique en ce qui concernait la vie sociale. A-Kempis dédaignait cette vie extérieure, parce qu'il attendait tout de Dieu, rien des hommes ; il fuyait la fréquentation des femmes, desamiset des étrangers, comme des pièges du démon. Brugman, au contraire, tandis que le pieux cénobite se renfermait dans sa cellule, travaillait, lui, sans relâche dans les tumultueuses agitations du monde et agissait à la fois sur les intérêts religieux et sur les intérêts sociaux de l'humanité. Et c'était chose nécessaire, car, même durant le xv® siècle, les bons prédicateurs étaient rares (^).

En 1409, un autre franciscain, Henri Stuurman, insistait auprès du magistrat de Groningue sur la nécessité de la réforme morale des moines mendiants. Il faisait une censure amère de leur dépravation et demandait que l'on créât une commission de quatre membres pris dans la bourgeoisie et chargés de les surveiller f).

Les frères de la vie commune s'étaient principalement réunis pour faire des exercices de piété et des actes de bien-

0) MoLL, p. 79-80.

(*) Bérault-Bercastel, Histoire de V Église; Paris, 1778, t. XVI, p. 89 et 90. O MoLL, p. 97.

(4) lD.,p.99, 100, 148 et 149.

p) HoFSTEDE DE Groot, Geschiedmiis der Broedermxkerk in Groninffoi; Groningue, 1832, p. 9.

faisance, et non pour attaquer ouvertement FËglise ; mais pendant la seconde moitié du xy^ siècle, la théologie prit des tendances décidément hostiles à Tordre ecclésiastique. Elle fut surtout engagée dans cette voie par les doctrines de Wicleff et de Hus, et bientôt on commença à pénétrer philosophiquement l'essence même de la religion, en se guidant beaucoup plus sur les textes de l'Écriture que sur les traditions de l'Église. C'est alors qu'on entendit Jean Yan Goch (^), prieur d'un couvent de chanoinesses à Malines, nommer Thomas d'Aquin le prince de l'erreur ; déclarer sans détour que la Bible est la seule autorité de la foi ; que les écrits des théologiens de son temps, notamment ceux des moines, n'avaient aucune valeur ; que l'emploi de la force en matière de foi est condamnable; que, l'amour étant la seule loi du christianisme, la doctrine évangélique, loin de contraindre l'esprit humain, voulait, au contraire, le rétablir dans toute sa liberté d'action ; que les vœux monastiques n'étaient ni d'une nécessité absolue, ni aussi méritoires qu'on le prétendait; que l'Église peut errer ; que la différence entre les évêques et les simples prêtres n'est pas d'institution divine ; que la chrétienté devrait revenir à la simplicité de ses temps primitifs (*)• Van Goch parlait aussi avec beaucoup de sévérité de la vie scandaleuse des moines, qui, disait-il, était telle que Satan rougirait d'imaginer ce que beaucoup de moines osaient prendre sur eux f).

Goch, lui aussi, ne mettait pas la loi dans l'observation des rites extérieurs ni dans la pratique des bonnes œuvres; mais, à l'exemple des mystiques et des autres hommes de l'opposition, il la plaçait dans la piété et dans la foi. Quant à l'Église, il n'entendait par ce mot que la communauté de ceux qui tendaient à la piété, àla foi, àla sainteté et qui étaient reliés entre

(*) Il mouinit en 1473.

(*) Walch, Monimcnta mœdii ori". Goetting. 1757, t. I, fasc. 4. Pr»f., f. XXXV-XXXVn. — Hagbn, p. 75, 76, 116 et 117. — Ullmann, t. I, p. 150. — Okkkn, p. 115.

(») Walch, /. c, f. 122.

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