‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 61 sur 102 · GILLES LI MUISIS · texte numérisé non relu

GILLES LI MUISIS

lorsqu'en 1332, Gilles Li Muisis, né en 1272, à Rongy, près (le Saint-Amand, fut élevé à la dignité abbatiale (^). Le nouvel abbé donna tous ses soins à réparer les maux que le couvent avait soufferts et à réformer des mœurs dont plus tard il devait faire un tableau dans ses poésies^ A sa voix, et plus encore à son exemple, tout se releva avec une force nouvelle : la discipline reprit ses droits et ses devoirs, les études lurent remises en honneur et les finances administrées avec une si sage économie, que l'habile et vertueux prélat réussit à amortir les dettes du monastère et à lui assurer les revenus nécessaires après quinze années d'administration, c'est-à-dire en 1347. Ce fut à cette époque que le prélat commença son principal ouvrage, son Chronicon majus f).

Ces chroniques,^ écrites quelques années avant Froissart, et rédigées en latin, portent l'empreinte du siècle et le caractère de l'auteur; elles expriment avec tant de vérité les moeurs et les idées de l'époque, qu'elles sont pour nous du plus haut intérêt. Là, comme dans ses Lamentations, on voit les femmes livrées au luxe et à la volupté, les hommes à l'ivrognerie, à la débauche et aux jeux de hasard, le clergé aux affaires mondaines et aux concubines f).

Mais écoutons Li Muisis lui-même : « Ceux qui vivaient en l'année 1349, dit-il (^, virent et ouïent des choses tellement surprenantes qu'il m'a paru nécessaire d'en donner une idée à ceux qui viendront après nous. Tout le peuple, ecclésiastiques et laïques, étaient tombés dans un dérèglement de mœurs si grand que c'était horrible à voir, surtout pour ceux qui avaient connu les temps passés. »

(*) De Smet, Chronica Mgidii Li Muisis, dans le Corpus Chrmiicorum Ftandriœ, t. II, p. 95, 98 et 297.

(«; ln.^ihid.y p. 99-101.

{') De Gerlachb, Essais sur les grandes époqiœs de notre histoire nationale, Bnix., 1876, p. 147 et siiiv.

(*) Apud De Smet, l. c, p. 346-347.

Après une satire du luxe et des mœurs des gens du monde^ il arrive au clergé :

« Ce qu'il y a plus affligeant, c'est que les ecclésiastiques eux-mêmes n'étaient pas totalement à l'abri de la contagion ; pour le malheur de l'Église, il semblait que le temps fût venu où l'on pouvait leur appliquer ce commun proverbe : Tel peuple, tel prêtre (^). »

Et cependant Li Muisis fut loin d'être un rigoriste ; luimême vécut dans le faste ; il loue sans réserve la discrétion et la sagesse de l'évêque de Tournai, qu'il dit avoir vu plusieurs fois galopant par la ville avec une suite de seize à vingt chevaux. Sa piété ne s'effarouchait point des tournois, balleries etdosnois, c'est-à-dire réjouissances et plaisirs où dominait la galanterie. L'âge d'or où l'on aimait par amour souriait à son imagination. La courtoisie du seigneur féodal et la galanterie du trouvère s'alliaient en lui à l'austère dignité de l'épiscopat : c'est un point de rapprochement entre lui et le chanoine historien Jean le Bel, de Liège, qui tenait table ouverte, aimait les exercices et les tournois, se montrait joyeux compagnon, recherchait l'entretien des dames et savait faire chansons et virelais (*).

Au milieu de la dégradation des mœurs de son temps, augmentée encore par une ignorance et une grossièreté générales, Li Muisis recommande au clergé ce qui seul était capable de le relever : l'étude de la philosophie et des belleslettres, c'est-à-dire des classiques anciens, jointe à celle de la Bible, principalement des paroles et des préceptes des évangélistes et des apôtres, sans négliger les Pères et les docteurs de l'Église, dont les mœurs, comme les maximes, sont des modèles à suivre f).

(•) De Gerlache, l. c, p. 189-190.

(') De Reiffenberg, Chronique rimée de Philippe Mouskues, t. I, p. ccix et 3.

(') Et semper obediendi

Dictis sanctorum Doctonim,

Sequendo mores eorum.

(DeSmet, L c, p. 362-363.)

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