RÉFORME DES ABBAYES. — FLOREFFE
En 1516, la célèbre abbaye de Floreffe, qui avait su garder toute sa pureté au milieu de la corruption générale du clergé, faillit la perdre sous son vingt-troisième abbé nommé Wéry. Une chronique rimée de cette abbaye nous a laissé un triste tableau de l'état de ce monastère pendant le règne de ce déplorable prélat (').
Le scandale y était à son comble, et il fallut procéder d'abord àla destitution et à l'excommunication de Wéry (1551), puis à une réforme tellement radicale du monastère, que dès lors la pureté des moines fut une des causes qui le préservèrent de l'intrusion des doctrines protestantes au xvi* siècle. Des documents dignes de foi attestent qu'il n'y avait dans la ville de Floreffe ni hérétiques, ni blasphémateurs, ni personnes travaillant les dimanches et les fêtes, ou hantant les tavernes pendant l'office divin; qu'il ne régnait dans cette localité aucun désordre notable et qu'on n'y connaissait point de gens mariés qui s'abusaient de leur état. Disons, à propos des blasphémateurs, qu'une lettre de Charles-Quint permettait au mayeur et aux échevins de Floreffe de leur percer la langue ou de les punir comme « on avait accoutumé de faire f) ».
L'abbaye de Saint-Ghislain, à deux lieues de Mons, avait su, elle aussi, se préserver de la contagion du siècle. Mais en 1574, l'abbé crut devoir prendre des mesures qui furent renouvelées en 1406 et en 1414. Les annales de l'abbaye f) le constatent :
« L'horreur que notre abbé Dom Jean de Loyens avait de l'ignorance des ecclésiastiques et des moines de son temps, sur laquelle il rejetait le misérable état et le schisme de l'Église, fit qu'il n'épargna aucuns frais pour faire instruire ses religieux dans les sciences divines et humaines, et, afin
(<) Religion lors perissoit,
L*Iniquité si dominoit, etc.
(De Rbiffbnbbrg, dans sa Coil, de Chroniques,) (') De Reifpbnbbrg, Introduction à la Chronique de Floreffe. (') Par Baudrt, édition de ReiflTenberg.
qu'ils fussent enseignés par de bons maîtres, il en envoya quelques-uns dans l'université de Paris, où, par sa profonde érudition, il avait depuis longtemps reçu le bonnet de docteur en théologie... C'est apparemment pour que ses religieux fissent de grands progrès dans cette science qu'il faisait chanter tous les jours, de grand matin, une messe du Saint- Esprit, outre la conventuelle, 1414 (*). »
Pendant que la corruption s'introduisait dans le monastère de Notre-Dame du Bois {Nonnenbosclie)^ près d'Ypres, composé de jeunes filles connues sous le nom de servantes du Christ, l'abbé Siger, du couvent de Saint-André-lez-Bruges (1416), gaspillait dans les cours des princes les immenses richesses en or et en argent amassées par ses prédécesseurs. Mais, en sacrifiant ainsi à ses folles dépenses les revenus du monastère, il finit par rencontrer de vives résistances de la part des moines, et plusieurs dissensions éclalèrerft. L'évêque de Tournai parvint à y mettre ordre et à contraindre ce beau prélat, généreux, élégant, homme du grand monde enfin, à la tempérance et à la simplicité. Malheureusement, les discordes intestines reparurent dans la suite et grandirent au milieu de l'incrédulité toujours croissante des laïques; car le monde alors était plein d'hommes qui se faisaient un plaisir et un devoir de tourner en ridicule les saints et les prêtres f). Jugez de leur satisfaction quand ils apprenaient que des moines dérobaient des calices d'argent et jusqu'à la chape de l'abbé, qu'ils se hâtaient ensuite d'aller vendre secrètement à Bruges. On peut dire que depuis 1488,, la licence fut telle que ces religieux se permettaient tout ce qu'ils voulaient f), et que toute ombre de discipline disparut. L'abbé Michel, alors régnant, favorisait leurs plus mauvais
(«) Page 535.
(*j Chronique de V abbaye de Saint- André-lez-Bruges, dans le Monaslicus Flandriœ, Bruges, 1839-70, publié par la Société d'Émulation de Bruges. \^ série, p. 151.
(») Quod îibuit^ licuit, Ibid,, p. 160.