SYNODE DE TOURNAI
dées, rompt la lance dans les tournois, tient maison de jeux et de femmes de mauvaise vie, lesquelles y vendent à boire. Défense aux prêtres, diacres et sous-diacres de se trouver à des repas de noces, dans des bals ou salles de danse, dans des sociétés où Ton chante des couplets lascifs, où l'on voit des attitudes obscènes, d'autant plus que des prêtres s'y sont oubliés au point de s'y enivrer, d'y tenir les discours les plus indécents et d'y prendre les postures les plus lubriques. Les prêtres sont tenus de faire sortir de chez eux, dans l'espace d'un mois, les concubines avec lesquelles ils vivent publiquement, sous peine d'excommunication et de privation de leurs bénéfices ;
« 12" Les usuriers sont excommuniés, l'absolution et la sépulture leur seront refusées f ). »
En 1481, le 4 octobre, nouveau synode tenu à Bruges f), dont voici les principaux statuts :
a Défense aux doyens, curés, vicaires, de relever des couches, par la purification, les religieuses hospitalières, les béguines, les femmes incestueuses, de mauvaise vie, qui ont conçu des œuvres de prêtres et de moines. Défense d'absoudre les femmes et les filles avec lesquelles ils ont eu ou cherché à avoir des relations charnelles. Défense de plaider dans les églises, cimetières et lieux sacrés, d'y jouer ou permettre les farces des charlatans et des histrions, la vente des marchandises, la proclamation des édits, des bans et ordonnances de justice séculière. Défense à ceux qui réclament le droit d'asile dans les cimetières d'y boire et manger avec leurs amis ou avec des filles de joie, et d'y troubler l'ordre par des cris insolents ou par des chansons. Défense aux curés de porter des habits courts, avec des pattes pointues {spatulas alatas)y des perruques, des barrettes repliées, des chapeaux
l^) HoYKRLANT DE Bauwelaere, Esstti chroHologigue pour servir à r histoire de Tourne^, Tournai, 1805-34, t. XIII, p. 63-80.
(') Convoqué par Ferry de Chigny, évêque de Tournîji et chancelier du duc de Boorgognâ.
à cornes, des souliers longs et à pointes; de porter des ai'raes, d'aller au cabaret, de fréquenter les spectacles, de jouer aux dés, de s'immiscer dans les affaires domestiques des séculiers. Les contrevenants seront arrêtés par l'autorité laïque, pour être punis par la Cour spirituelle, suivant l'exigence des cas. Défense aux prêtres et aux bénéficiers de tenir des concubines et obligation de renvoyer immédiatement celles qu'ils ont. Les curés, prêtres et bénéficiers doivent s'abstenir de l'ivrognerie, de la débauche, des conversations et das repas trop fréquents avec les laïques ou avec des femmes suspectes {^). »
En 1360, Guillaume Friesen, de Maestricht, avait fait une prophétie terrible : « Tout le clergé sera humilié, les monastères seront détruits, les moines seront réduits à la plus profonde misère ; chassés de partout, ils ne trouveront plus un asile nulle part. Les prélats n'iront plus à travers le monde dans la soie et dans la pourpre. L'Église de Rome s'écroulera; papes, cardinaux, évêques seront dépouillés de tout, à cause de leur avarice, de leur orgueil et de tous leurs autres vices. On leur laissera à peine de quoi couvrir leur nudité. Ils seront la huée et la risée de tous. Ils resteront exposés à ce châtiment terrible jusqu'à ce qu'ils se corrigent, jusqu'à ce que, pleins d'un repentir sincère, ils avouent leurs péchés, en demandent pardon à Dieu et promettent de vivre dans la simplicité apostolique des premiers temps du christianisme f). »
On comprend mieux encore ces paroles prophétiques, lorsqu'on porte son attention sur les provinces septentrionales des Pays-Bas. En 1295, l'évêque d'Utrecht, Jean de Sierk, crut devoir exiger du clergé une plus grande pureté de mœurs, et surtout « qu'il s'abstînt de la crapule et de l'ivrognerie f) ». Les clercs de ce diocèse portaient des
(') HOVEELANT, t. XIX, p. 108-121.
(•) JoHANNis WoLFii lecttonum memorabilium, tomus primus, f. 645. (») Batavia sacra, 1. 1, f. 267 (éd. de Bruxelles, 1714).