‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 77 sur 102 · SES ÉTUDES A PARIS · texte numérisé non relu

SES ÉTUDES A PARIS

moine debout, tenant de ses deux mains un livre fermé (^).

La vie monastique n'était pas la vocation d'Érasme. Poussé dans un cloître par les obsessions de ses tuteurs, il n'aurait jamais fait qu'un religieux très médiocre, bien que, sous le rapport moral, il surpassât les moines de son couvent. L'indépendance de son caractère et un instinct de supériorité le rendaient peu disposé à l'obéissance passive. Son génie, qui avait entrevu le monde antique dans les grands écrivains de la Grèce et de Rome, s'élançait vers d'autres horizons. Il aimait les lettres : l'esprit de son ordre lui interdisait cette passion ; il était épris de la liberté et des luttes brillantes de rintellîgence et sentait qu'il y avait un rôle à jouer : une règle étroite et impitoyable dressait devant lui une barrière d'austérités, de méditations, de psalmodies, et ne lui laissait pas une heure d'indépendance. Aussi soupira-t-il bientôt après un changement, qui ne tarda guère h se présenter. Ce qui le tira du couvent, ce fut une offre séduisante de Henri de Berçhes, évéque de Cambrai, qui le prit pour secrétaire et lui donna ensuite une pension pour l'aider à continuer ses études au collège de Montaigu à Paris. De là date, comme il le dit lui-même, son premier affranchissement. Mais quoiqu'il ne fût pas encore dans les ordres, il n'en garda pas moins l'habit de sa r^le, celui de chanoine de Saint- Augustin f).

Érasme pensait avec l'Italie que, pour les lettres, il fallait rejeter le moyen âge et en revenir à l'antiquité classique. Il soutenait qu'on devait étudier la géographie dans Strabon, l'histoire naturelle dans Pline, la mythologie dans Ovide, la médecine dans Hippocrate, la philosophie dans Platon, la théologie dans l'Évangile et dans les pères de l'Église, et non

" (*) MiCHiELS, Les peintres brugeoiSy Bnixelles, 1846, p. 290 et 291. — DucK van Bleyswijck, Beschrijmng van Delft, Delft, 1667, p. 361. — Houbraken, Schoiiwhurg der schilders, \ Gravenhage, 1753, t. I, p. 19. — Van Mieris, Eislori der nederlandsche vorvten, *s Gravenhage, 1732, t. II, f. 93.

{*) Revue britannique, t. I, p. 123. — Ranke, L c. — Erasme, Éloge de lu Folie, p. 22, édition Nisard, Paris, 1842.

pas dans les ridicules ouvrages de la scolastique dégénérée. Il rudoya Scot et saint Thomas, montra des milliers d'erreurs dans la Vulgate et se prépara à publier le texte grec du Nouveau Testament, en l'accompagnant de notes et de paraphrases (*). C'est ainsi qu'il voulut ramener à son origine cette fameuse disputeuse de mots, dame tliéologie^ et qu'il contribua à répandre le goût de la parole de Dieu et de la pure science religieuse. Il s'exerça et bientôt excella dans tous les genres de littérature, et devint le personnage le plus illustre de l'Europe 0-

Dans ses études de l'antiquité classique, Érasme fut puissamment secondé par Pierre du Chastel, grand aumônier de France, un des hommes les plus distingués de cette époque si féconde en personnages de mérite, et qui appartient à la noble et ancienne famille du Chastel de la Hovarderie, dont les membres brillaient déjà au xm* siècle à la cour des comtes de Flandre. La terre de la Hovarderie faisait partie de la chàtellenie de Lille, mais elle était enclavée dans le Tournaisis f).

A l'âge de dix-sept ans, Pierre du Chastel était professeur de littérature grecque à Dijon. En 1529, il vit Érasme à Bàle, et il nous apprend que le philosophe de Rotterdam travaillait avec tant de précipitation qu'il lui arrivait fréquemment de ne pas traduire le grec en latin avec toute l'exactitude désirable {*).

Érasme porta dans l'étude des dogmes une méthode entièrement nouvelle; en l'éclairant par la critique littéraire, il fraya les voies non seulement à la réformation, mais encore à tous les hardis travaux par lesquels l'Allemagne moderne a

(') Novum Testamentum juxta Grœcorum lectionein cum verstone Desiderii Erasmiy Rota-odami.BasiL, 1516, in-fol. — AnnotcUiones inN. T. BasiL, 1516. — Paraphrasis in Epistolas, 1517.

(^) Raxke, p. 265.

C^) Le Couvet, dans le Messager des sciences historiques de Belgique, 1859, p. 335 et 336.

(*) Voirie reste de cette intéressante biographie, Ibid,, p. 341 et suiv.

Page 1