‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 112 sur 182 · LOI is VIVES · texte numérisé non relu

LOI is VIVES

Los ineiulianls étrangers à la localité seront renvoyés dans leur domicile d'origine, munis, toutefois, de Targent nécessaire pour le voyage. Car les chasser sans secours, c*est les contraindre à voler sur la route. L'humanité exige que Ton excepte de la mesure les étrangers appartenant aux villes ruinées par la guerre. Ceux-Là, sans distinction de culte ni de nationalité, doivent être mis sur la même ligne que les indigènes.

A ces derniers, on demandera, avant de les secourir, s'ils savent un métier quelconque. Ceux qui n'en connaissent aucun, s'ils ont l'âge convenable, seront instruits dans la besogne qu'ils diront la plus conforme à leurs aptitudes, ou, si la chose n'est pas possible, dans une besogne analogue. Celui qu'on ne peut employer à coudre des habits pourra coudre des haut-de-chausses. Les moins intelligents s'appliqueront à (les travaux faciles et que tout le monde peut apprendre sans peine : à creuser la terre, h puiser de Teau, h balayer, à traîner une brouette, à servir d'appariteur ou de messager aux magistrats, à porter des lettres, à conduire les chevaux.

Cependant, le jeu, le luxe, la débauche plongent dans la misère les victimes de leurs propres fautes. Un secours leur est-il dû, comme à ceux que frappe un malheur immérité? L'accorder c'est encourager l'imprévoyance et l'inconduite. Que faire? Vives répond à l'objection d'une manière aussi sage que chrétienne : « Personne ne doit périr de faim : il faut nourrir ces pauvres avec les autres; pour qu'ils servent d'exemple, on les emploiera aux travaux les plus pénibles et leur nourriture sera moins abondante. »

Si, malgré cet état de choses, la demande de bras était insuf* fisante, l'autorité pourrait obliger d'office certains industriels à recevoir et à occuper ceux qui, capables de travailler, ne trouvent point d'ouvrage. En récompense, on donnerait à ces industriels la clientèle des travaux qui se font pour le compte jde J^autorité et des hôpitaux. Les évéques, les abbés et les

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corporations religieuses devraient imiter cet exemple. Ceux qu'on ne parviendra pas à placer de cette manière seront nourris dans un lieu charitable où Ton donnera le dîner et le souper aux voyageurs valides, et le viatique nécessaire pour atteindre la ville la plus proche. « Je ne souffrirais pas même, continue Vives, d'aveugles oisifs, s'asseyant ou se promenant. Il y a plus d'un métier que l'aveugle peut fairei Les uns sont lettrés : qu'ils étudient; nous avons constaté, chez plusieurs, des progrès d'érudition dont il y a lieu de se féliciter. D'autres connaissent la musique : qu'ils chantent ou qu'ils jouent de quelque instrument. Ceux qui ne savent rien peuvent tourner les roues et les manivelles ; qu'ils poussent le pressoir ou qu'ils agitent le soufflet des forges. Les aveugles savent confectionner des corbeilles, des paniers, des boîtes, des cages. Les femmes privées de la vue peuvent coudre et filer. » Abandonnant les aveugles. Vives aborde un sujet plus délicat : le soin des aliénés. « Rien, dit-il, n'est plus précieux dans le monde que l'homme, et dans l'homme, ce qu'il y a de plus précieux, c'est l'intelligence. Il faut donc s'occuper principalement des aliénés pour leur rendre et leur conserver la raison. Dès qu'un individu à l'esprit malade sera conduit à l'hospice, on commencera par rechercher si sa folie est naturelle ou accidentelle, s'il y a espoir de guérison ou s'il faut désespérer. On se gardera soigneusement ensuite de tout ce qui pourrait augmenter ou entretenir sa démence; ce qui arrive surtout par les railleries, les provocations, les insultes adressées aux furieux, et, chez les imbéciles, par l'approbation et les applaudissements donnés à leurs actes et à leurs paroles déraisonnables, pour les engager à déraisonner davantage. Les remèdes ne sont pas uniformes; ils doivent être propres à chaque spécialité. Parmi les aliénés, les uns ont besoin d'adoucissements, de bons traitements et d égards ; il faut les apprivoiser à la longue comme des animaux sauvages. D'autres ont besoin d'éducation ; il en est même qui exigent la coercition et les liens ; mais il ne faut emçlovev c^% \ssssv^^^«a^

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exlreiues queu évilaiU de rendre le malade plus furieux encore. Tous réclament la tranquillité de râmc, si propre à ramener le jugement et la santé de Cespril : paroles remaiquables, que la science moderne est obligée d'adopter comme le programme de ses progrès actuels (^). »

Après avoir paré aux nécessités de toutes les infirmités humaines, Vives prévoit le cas d'insuffisance des hospices et des hojtitaux existants. Que faire si les locaux manquent à ceux que Ton veut secourir? Il conviendra de bâtir une ou plusieurs maisons en proportion du nombre des mendiants invalides. Ces maisons auront un médecin, un apothicaire, des domestiques de l'un et de l'autre sexe. Aussitôt guéri, le malade sera renvoyé au travail, à moins qu'il ne veuille employer utilement son métier aux besoins de l'établissement.

« Les i)auvres demeurés chez eux recevront, de l'tiutorité, des secours à domicile ou un supplément de salaire. Partout les conunissaires examineront avec douceur les besoins de rindigent. Ils n'useront de rigueur qu'à l'égard des réfractaircs et des détracteurs de l'autorité. »

Les philanthropes modernes s'accordent à ranger, parmi les questions les plus délicates, celle des enfants abandonnés. Vives ne craint pas de l'aborder de front : /< Les enfants exposés auront un hôpital pour les recueillir. Les enfants dont la mère est connue seront nourris par elle, jusqu'à l'âgç de six ans; ils entreront ensuite aux écoles publiques pour y recevoir la nourriture, y apprendre les lettres et la morale. La direction de ces écoles doit être confiée à des hommes instruits et bien pensants, proi)res à déverser leurs principes sur ceux qu'ils sont chargés de diriger. Le plus grand danger pour l'enfant du pauvre, c'est l'absence d'éduc^ition. Que l'autorité n'épargne rien pour trouver des instituteurs; car, à peu de frais, ils procureront un grand bien.

(*) Dk Deckkr, Études liistoriques et antiques sur ies monts-de-piété, BruxoUes, 1844, p. IV.

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