MÉLANGE DE PHILOSOPHIE ET D*ASTROLOGIE
La matière est, par elle-même, inefficace pour le mouvement (^).Cest que les choses matérielles sont habitées par des forces occultes. Les éléments sont pleins de vie et d'âme ; un esprit les met en mouvement f). De là la nécessité d'une source universelle de la vie, c'est-à-dire de l'âme du monde, suivant Platon f), » Agrippa la distingue de l'esprit du monde (^).
Dieu est la cause de toutes choses; par ses idées, il a tout produit; il les a communiquées aux intelligences; par elles, au moyen des astres, elles ont pénétré dans les éléments qui communiquent à chaque chose la force qui lui est essentiellement propre f). L'homme peut utiliser toutes ces forces parce que tout existe pour lui et parce qu'il s'élève toujours de plus en plus haut f), jusqu'à ce qu'il parvienne à tout voir on Dieu et à tout opérer par lui. Telle est la religion recommandée par Agrippa; c'est une force occulte qui nous fait penser aux puissances internes et intellectuelles du monde et qui nous donne les moyens externes pour dominer ces puissances Ç').
Il y a dans tout cela un mélange bizarre de fantasmagories et d'idées saines sur l'enchaînement réel des choses, sur les conditions de notre vie et sur les lois de nos connaissances f).
El que dire de cette immixtion continue de l'astrologie, de cette prétendue science par laquelle on se flattait de prophétiser l'avenir, et particulièrement la destinée des hommes d'après la position des étoiles, ce qui était une des plus anciennes superstitions du monde?
(') De occ, phil., I, 14.
(') Ibid., Il, 46.
(») Ibtd., 57.
{*) Ibid,, 56 et I, 14. — Rittbr, p. 340-345. (■•) Be occ. phil., I, 13.
fc) Ibid., II, I.
(^ De occ. phil, ^ ÏIÏ, 4. — De incert. et van. scient., p. 56 — Ritter, p. 346 ot 347.
n RiTTKR, p. 348.
134 COK.NEILLE AllRIPPA ET SES DISCIPLES.
Dans le moyen âge, les rois et les princes avaient à leur cour des astrologues en titre. Au xvi* siècle et même au XYu"", Tastrologie comptait encore parmi ses adhérents les Cardan, les Kepler et les Cassini. Mais si Ton en comprend diflicilement Texistence au xvu'' siècle, on s*en explique la vogue dans la marche impétueuse du xvi*, à travers les décombres du moyen âge, vers un état nouveau, par lequel on cherchait partout des prophètes, comme en d'autres temps on veut des législateurs. Aussi Ton disait d'Agrippa qu'il était misérablement ensorcelé de la plus fme et exécrable magie que Ton pût imaginer; qu'en voyageant, il payait dans les hôtelleries en une monnaie qui paraissait bonne, mais qu'au bout de quelques jours on s'apercevait qu'il avait donné des morceaux de corne ou de coquille. On disait encore que, pour écrire sur la vanité des sciences, il se représentait à lui-même comme un chien qui aboyait contre tout le monde, et que, voulant composer un traité des feux d'artifice, il s'imaginait qu'il avait été métamorphosé en un dragon qui soufflait le feu et le soufre par la gueule, par les yeux et par les oreilles f).
Ce qui manquait à Agrippa, c'était la recherche calme de la vérité, l'examen sévère de tout ce qu'il avait trouvé et la possession de convictions sûres. Sa haute raison lui a dicté plus d'une page intéressante ; mais des spéculations philosophiques régulières et une méthode rigoureuse répugnaient à son esprit mobile. Pendant toute sa vie, il n'eut de stable que sa haine pour les moines et son amour pour le mystérieux. 11 a servi la science et la philosophie beaucoup plus indirectement que directement, pai- ses luttes contre toute sorte de superstitions, par ses satires contre l'esprit monacal et par sa mise a découvert de tant *de mauvais côtés des connaissances humaines dans son siècle f).
(*) AxGiLLON, Mélange a^itique de littératwe, Bâle, 1698, t. I, p. 72. — Batlb, /. c, f. 106.
(*) Texxkmann, Gesrhichte der Philosophie. Leipzig, 1798-1819, t. IX, p. 190