COIINEILLE AGRIPPA ET SES DISCIPLES
c( ce produit de toutes les iniquités ^ ». Il faudrait citer de longues pages encore.
Ce livre d'Agrippa, cependant, devait attirer sur lui des persécutions. Les « théosophes de Louvain f) » s'en emparèrent pour en faire des extraits tronqués, mutilés, falsifiés, qu'ils portèrent à la connaissance de l'empereur, en même temps (fu'ils dépeignaient l'auteur comme un ennemi de l'Église et de la religion, qui devait être le plus tôt possible réduit à un silence absolu. Sa disgrâce était inévitable. Négligé par la cour, il tomba dans un triste état de gêne, d'où il cinit pouvoir se tirer en adressant au conseil privé deux requêtes pleines d'acrimonie et de menaces : « Que l'on se garde de ce Silène qui possède à un degré suprême l'art de nuire aux grands ! Et qu'a-t-il à attendre de cet empereur plus lent qu'un limaçon ou qu'une tortue? »
Bientôt après. Agrippa fut poursuivi par un de ses créanciers et mis en prison à Bruxelles; mais, rendu à la liberté, gn^ce à la puissante intervention de l'archevêque de Palerme, il résolut d'écrire h Charles-Quint pour l'intéresser en sa faveur. Malheureusement, ses querelles avec les moines et les théologiens de Louvain recommencèrent plus véhémentes que jamais. L'œuvre d'Agrippa les irritait jusqu'à la démence : ils s'y reconnaissaient, eux et leurs suppôts. Les peintures étaient trop fortes, les couleurs trop noires, les traits trop marqués f). Il n'y eut pas d'impiété, d'hérésie, de perversité qu'ils ne missent à sa charge. En parlant de lui, ils grinçaient des dents, dit-il, secouaient la tête, se rongeaient les ongles, frappaient du pied (^.
L'empereur, prévenu contre Agrippa par ses ennemis, sans connaître les véritables motifs de leurs plaintes, exigea de
(») Texnkmaxn, p. 199-205. -— Mkiners, p. 289 316.
{') Expression d'Agi'ippa.
(') Mkiners, p. 336-345. — Bayijs, Diclionnaire historique et critique, t. I, f. 106-109. — De Rkiffenbërg, Archives philosophiques, 1. 1, p. 39 et 40.
(*) Agrippa, 1, VU. cpist. 35, p. 379, apud Scuklhorn, amœnitates liter. t. Il, p. 515 et 516.