LIVRE DE WIEU EN FAVEUR DES PRÉTENDUS SORCIERS
bêles ; mais il ne faut pas les punir de la mort, il faut les ramener de leur égarement.
« Rien de plus cruel et de plus teirible que les tourments que l'on fait éprouver à ces malheureux insensés prévenus de magie. S'ils meurent entre les mains du bourreau dans les liorreurs de la torture, on se met aussitôt à crier que c'est le diable qui leur a tordu le cou. Juges sanguinaires, exécrables bourreaux, je vous cite à comparaître devant le tribunal de celui qui lit dans nos cœurs et que ne peuvent tromper les préjugés et les erreurs des hommes (^). »
Ce vigoureux plaidoyer de Wier eut un retentissement immense. Le grand jurisconsulte Cujas déclara qu'il n'avait jamais lu un livre avec plus de plaisir et qu'auprès de l'auteur, tous les glossateurs n'étaient que des bavards (^. Plusieurs princes allemands abolirent les procès de sorcellerie f); le chancelier du Palatinat fit valoir les idées de Wier dans une diète des électeurs et le comte Adolphe de Nassau les propagea dans le Nord Scandinave (1564) (^).
Ce qu'il importe de remarquer, c'est que Wier n'avait eu rien à attendre du protestantisme, novateur sur tant d'autres points. Luther ne dissimulait pas, au contraire, ses sentiments d'horreur à l'égard des sorciers, dont lui aussi réclamait la mort dans le triple intérêt de la religion, de la morale et de la sécurité publique. Nul théologien ne se montra plus violent que lui contre la doctrine du naturalisme en médecine; car un jour, à Dessau, il conseilla, dit-on, d'étoufier, comme possédé du diable, un enfant atteint d'une simple maladie nerveuse de l'estomac. D'ailleurs, en supprimant le culte des saints, la Réforme avait singulièrement augmenté le nombre des prétendus démoniaques, qui, parmi les nations restées fidèles au catholicisme, trouvaient
(*) De prœst, dœm, et Meiners, t. III, p. 356-366. (*) Wieri opéra, Amsterdam, 1660, p. 644. («) Ibid,, p. 506-508 et 673.
{*) Meiners, p. 367-369.
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au moins quelquefois leur guérison dans le traitement par les j)èlerinages. Il était temps que le xvii* siècle arrivât : en créant la saine philosophie, en la séparant surtout du domaine de la théologie, François Bacon allait porter le dernier coup aux superstitions, dont le règne avait été si funeste.