CHAPITRE XII
Avant le \\f siècle, un élément satirique d'une très grande puissance s'était manifesté dans le peuple. Nulle part les classes inférieures n'avaient autant conscience de leurs forces et n'étaient aussi résolues que dans les Pays-Bas. L'esprit de critique, de bon sens, de saine raison, se reflète dans presque toute la littérature nationale du xiv** et du xv*' siècle. Aussi Érasme, écrivant ÏÉIoge de la folie^ savait très bien qu'il touchait la flbre populaire, en assurant le triomphe du sens commun, cette philosophie du peuple, sur l'esprit des classes privilégiées, c'est-à-dire de la noblesse, du clergé, des docteurs (^).
C'est cet esprit critique qui produisit le Bateau des fous {das Narreîiscliifl) ou le Vaisseau de la Nan^aganie [pays des fous (^], par Sébastien Brandt, syndic de la ville de Strasbourg f) et commensal de l'empereur Maximilien P". Avant la fin du XV** siècle, plusieurs éditions avaient répandu le Narrenschiff d^ns tonte l'Allemagne, il s'y maintint dans cette haute faveur pendant tout le xvf siècle ; des traductions le firent connaître à l'Angleterre, à la France et surtout à la Belgique. Un ami du poète, un prédicateur fameux de ce temps, Jean Geiler,de Kaisersberg, en avait même fait le texte de beaucoup de ses sermons. Ce n'est pas qu'une verve émi-
(<) Hagen, t. I, p. 77 et 78. -
(*) Voy. Seb. Brandt, Navis stuUmmm, oft der sotten schip, verciert met 1 15 scboone figiiren. Thantwerpen, bij J. Van Ghelen, 1584, in-4o. ('; Il y naquit en 1458.
lit; LA SATIUK POPrLAÏUE.
neunnonl p()(.Ui(iiie caractérise ce livre; Brandi ne niauie pas le fouet il'llorace ou celui de Juvéual; il n'a ni invention, ni allégorie, ni images brillantes ; mais il abonde en réflexions morales, en sentences rendues avec énergie ; et voilà précisément ce qui lit Finnuense succès du livre dans un siècle où le [)ublic était raisonneur et avide de discussions et de doctrines. Le lialcau des fous fut lancé en temps opportun. L'auteur se range modestement dans la grande famille des sots, tout en faisant remar(|uer que sottise reconnue est principe de sayesse. A défaut de sentiment esthétique, on ne peut lui refuser un esprit philosophique et libéral qui plane sar l'ensemble de la vie humaine et tient registre de toutes ses misi'res (*).
Brandt était catholique, profondément catholique, car il avait composé des histoires de saints et des poèmes latins en faveur de la Vierge ; daus la Nef des /b/s, il critique avec beaucou[> de véhémence les amusements profanes du peuple, tels (jue la danse, le jeu, les kermesses, le tir à la cible, etc. 11 en exer(,*ait d'autant plus d'iniluence loi^ue,dans son grand poème, il se prononçait contre l'opulence des moines mendiants, contre les reliques des saints, loi^squ'il pei-siflait le foin de la crèche de Bethléem et les plumes des ailes de l'archange Michel; lorsqu'il recommandait k ses contemporains la sagesse de l'antiquité grecque : la chasteté de Pénélope et de Lucrèce, la profondeur idéale de Platon, le calme sublime de Socrate et l'heureuse pauvreté de Fabricins.
Connais-toi toi-même^ voilà le fondement de ses doctrines. Comme les réformateurs, il attaque les abus d'une érudition stérile et d'une théologie où le dogme étouffait la morale f).
L'Europe était émue, les couronnes pleuvaient sur TAlsa* cien, le savant Trithème appela son livre un livre divin et Rabelais s'en inspira. Il en fut de ce livre comme du Renard; chaque peuple voulut avoir son Vaisseau des fous. Il en existe
(*) Nouveau dicttonnairc (le la conversation, t. IV, p. 32 et 33.
(•) Gervinus, Geschichted. deutschen Dichtkunst, Leipzig, 1853, t. H, p. 350.
LA NEF DES FOCS. REI^AEIlT DE VOS. 147
«ne imitation latine par notre célèbre imprimeur Josse Bade d'Assche (*). Le poème du premier n'avait qu*un seul vaisseau dans lequel naviguaient les fous, tandis que celui de Bade possède onze différentes nacelles correspondant aux onze sortes de fous qu'elles portaient.
Ces tendances populaires, dont on trouve déjà des traces au xni* siècle, formaient un contrepoids salutaire à ce que le mysticisme avait d'excentrique; mais comme toutes les choses de ce monde, elles avaient aussi leur côté faible. Le naturel y dégénérait en grossièreté, la force physique y était portée au sensualisme, et la prédominance de la raison au mépris de la civilisation. C'est ici que se rapprochent deux extrêmes : le mysticisme rejetait aussi la science de l'école ; sur les cimes les plus élevées de la contemplation, il avait perdu terre et ne voulait plus entendre parler de la philosophie. Le peuple, de son côté, la persiflait parce qu'elle paraissait inutile au gros bon sens des masses. Il n'y aura rien d'étonnant quand ces deux directions se trouveront plus tard unies dans Tanabaptisme de Jean de Leyde (').
Heureusement, la littérature classique intervint pour modifier et anoblir l'une et l'autre de ces tendances exclusives. Dans les doctrinaux du xiv® siècle, on remarque déjà une grande connaissance des classiques anciens, de Cicéron, de Sénèque, de Caton, d'Ovide, d'Horace, voire d'Hippocrate et de Galicn. De même, les Frères de la vie commune expliquaient, après la Bible, les moralistes païens, Cicéron, Sénèque et d'autres f).
L'imprimerie contribua puissamment à activer le mouvement de la littérature populaire. En 1498 parut le chefd*œuvre classique du peuple flamand, le Reinaert de Fos, remanié et traduit en vers saxons par Henri d'xVlkmaar, un
(*) Jodoci Badii ascensii, SttiUifere navicule seu scaph^ faluarum moidierum, etc. Impressit Johannos Pruscivis argentinensis, anno salutis 1502, in-4*'. («) Hagkn, 1. 1, p. 78.
(») lD.,t. I, p. 114.
élove (le Zwollo, et dont la polémique pleine d'humour contre le cloi'gé rappelle les tendances des libres-penseurs parmi les Frères de la vie commune. Outre que c'est une satire mordante des cours, de leurs vices, de leurs intrigues, de leui's déhanches et même de leurs coups d'Ëtat, le nouveau licmird, déjà traduit en 15oi en allemand, attaque plus particulièrement rédifice de la hiér.irchie romaine. Il peint les UKrurs impudi<{ues du clergé, ses concubines, ses biitards huches dans les meilleurs emplois. « Ce sont les prêtres, gras et dodus, (jui dégoûtent le inonde de toute espèce de religion et do vertu. Ils ne pensent qu'à bien boire et à bien manger, (|u a vivre dans l'orgueil, la bonne chère et l'ivrognerie. Ils ne s'adressent aux lauiues que pour avoir leur argent, et ceux-ci, à leur tour, croient pouvoir vivre d«ins le vice, ayant devant eux le mauvais exemple de leurs pasteurs. Les abbés, les évècpies et la cour de Rome ne valent pas mieux que le clorg(' inférieur. On y parle beaucoup, il est vrai, de droit et de vertu; mais, là connue ailleurs, en haut comme en bas, tout est vénal. Quiconque sait financer y obtient tout ce qu'il veut: malheur à celui qui n'a rien dans sa bourse! Toute la puissance de la cour pontificale est entre les mains du cardinal Jamais-Assez, qui a pour secrétaire Jean-Parti; pour attelage, Ohéissauee-Servile ; pour notaire apostolique et bachelier in ntj^of/ue, Droit-Tortueux, et pour juges. Monnaie^ Ècu et Denier [Moneta, Nummus et Denarius) (^). »
Toutes ces productions portent l'empreinte du bon sens du peuple flamand, sens prosaïque, bourgeois, trivial même, mais ennemi du mensonge et de la corruption. C'étaient, suivant l'expression d'un écrivain du temps, « des coupes de vin pur, des mets de princes dans des vases sans ornements f) ».
^' Une autre satire également populaire, YVylenspiegel {Tid
0) Hagex, t. I, p. 114 ot 115. — Ullmann, t. II, p. 300 et 301. (-) Hagkn, ibid, — R\nkk, 1. 1, p. 252-25C.
UYLENSPIEGEL. 149
l'Espiègle)^ du savaiil franciscain allemand Thomas Miirner (^j, ne ménageait pas davantage les mœurs du clergé. Elle montrait les curés accompagnés de leurs belles chambrières, assis ensemble sur de jolis chevaux ou bien à table, « aussi gourmands que stupides (^>'^ Ces hardiesses valin^ent, en 1579, à cette publication les honneurs de VIndex de Philippe II et lui attirèrent, en 1586, les colères du premier greffier de la ville de Bruges, maître Jean-Baptiste Van Belle. Ce plaisant docteur en droit eut l'imprudence de dire que le livre iïLytcnspiegcl méritait les flammes du bûcher, et son spirituel héros, les gémonies. VIndex du tyran et les malédictions du docteur n'empêchèrent pas la foule des curieux de visiter, comme auparavant, une pierre sépulcrale qui se trouvait près de la tour de l'église de Damme, et qui passait à tort pour celle de Tiel f). -
A son ai)p^r\iioi\ jYUylenspicgel fut accueilli avec un enthousiasme extraordinaire par la Belgique de la Renaissance. D'innombrables sociétés de rhétorique avaient en Flandre leur fou officiel. On allait même plus loin : dans le Hainaut, la petite ville de Soignies avait l'habitude d'élire un pape des fous, personnage qu'on a appris à connaître dans le plus célèbre roman de Victor Hugo. Les rapports de commerce qui existaient entre l'Allemagne et Anvers avaient fait parvenir YLhjlcnspkgel dans cette ville; et l'on sait que le bas-saxon, dans lequel il est conçu, diffère peu de l'ancien flamand. Le rire était fi l'ordre du jour dans cette opulente cité, et bientôt on y publia une édition flamande de YVylenspiegel. Un peu raccourcie en certains endroits, elle comptait quelques chapitres de moins que l'original (^).
(•) Né aux environs de Strasbourg en 1475, mort en 1535.
(«j Rankk, p. 253 et 254.
('') Dklepikrre, Les aventures de Tiel Ulenspiegel. Brux., 1840, p. 214 et 215. — Van Du ysb, Histoire joyeuse et littéraire de Tiel V Espiègle. Gand, 1858, p. m, IV, XIV, xx-xxvi (d'après Lappenberg, D^ Thomas Mwmers Ulenspicf/cl, Leipzig. 1854, p. 304, 338, 340, 384, 412j.
{*) Van Duyse, p. xiv et xv (d'après Lappknberg, p. 153 et 160).
150 LA SAT11I£ POPUUURE.
« Si Chai*les-Quiut a lu les mervcUleuses aveiUwcs du bouffon, ce fut^ saus doute, en cachette. Elles furent connues en t laudi*e vei*s le temps où ce prince pensait à organiser ou venait d'organiser la censure contre la presse pour s'élever de hi à l'inquisition conti*e la conscience. Cliai*les ne devait pas se coinplaii*e à plus d'un chapitre du fameux livre, qui ne respectait pas toujours les majestés de la terre (^). » Mais le fou officiel de ce prince, Pape-Thuin, ancien marguillier de Louvain, fais^iit ses délices de la lecture des drôleries de son confrère et savait en tirer habilement parti.
La Flandre avait envié ce livre à TAIlemagne, la France l'envia bientôt à la Flandi*e. Ce fut en 1552 qu'on publia à Paris : ilespicgle, de m vie, de ses œuvres cl merveilleuses aven-turcs par lui faicles, et des grandes fortunes qu'il a eues z lequel par nulles fallaces ne se laissa tromper, nouvellement translaté ei eoîriyé de flamand en françoys. Plus d'une bonne fortune attendait ce livre dans la patrie du curé de Meudon, où Ronsard fut le premier bel esprit qui naturalisa le mot Espiègle^ Le succès que le bouffon obtint à Pai*is le mit à la mode : on le traduisit dans presque toutes les langues de l'Europe (^. Elu loCT, le Bruxellois Ëgidius Periander le traduisit même eu vers latins.
On [>eut dire que Murner fut, avec Rabelais et Ëi*asme^ uu des triumvirs de la facétie philosophique au commencement du xvi® siècle. Mais ni les héros fantastiques de Rabelais, ni V£loge de la folie n'ont pu atteindre à l'immense popularité de ÏLylenspiegel. Rahelais et Èi'asme écrivirent plutôt poui' les savants que pour les masses, Murner écrivit plus pour les masses que pour les savants f).
Faut-il s'élonner des rigueurs de Philippe II à son égard? Mon, sans doute. « Viijlenspiegel, avec de notables variantes, était devenu l'organe de cette puissance populaire qui, pen-
(^) Van Dlysk, p. iv-xyi.
('^) Id., p. xvHi-xx (d'après Lappkxbkrg^ p. 30o-308).
(2) Van Di:\8E» p* xxnv.
niLAIRE BERTBOLF. fSl
dant la révolution, avait regardé en face la paissance royale et celle qiii était as^se sur un trône plus élevé encore. Jusqu'en 1621^ YUytmspiegel figure pai-mi les livres qui étaient non seulement défendus aux écoles, mais encore à tous les fidèles. Aii^i le voulait une censure de Tévêque d'Anvers (^). » Mais on vivait alors en pleine Belgique espagnolîsée, au milieu du plus ignare, du plus rétrograde et du plus fanatique de tous les clergés. Il aurait dû se souvenir cependant, ce clei^é, que, si Mumer, comme Erasme, avait attaqué les abus de l'Église, si même son livre avait côtoyé toutes les tendances réformatrices, l'auteur avait non seulement respecté les dogmes du catholicisme, mais encore les avait défendus contre Luther, qu'il s'était mis à la tête de son ordre pour combattre le moine Augustin,, et qu'il faillit tomber victime de son courageux dévouement à l'ancienne religion^ dont il aurait pu être un des plus formidables adversaires, un de ces antagonistes dont les coups sont des coups de mort f).
Reconnaissons-le toutefois, si, dans Y Uylenspie^l, il y a des contes fort agréables, des malices innocentes qui font rire, on y trouve aussi des tours pendables, des actions inspirées par une méchanceté naturelle et gi*aturte et qui n'excitent pas la moindre gaîté. Ajoutons que les récits les plus grossièrement orduriers y tiennent une large place f).
Celui qui tient le premier rang après l'auteur de YUijtenspiegcl fut Hilaire Bertholf, né en 1478 à Gand et mort à Paris dans la seconde moitié du xvf siècle. Il était aussi remarquable par la laideur de sa figure que par les saillies de son esprit. Érasme admira les mérites d'une pièce de vers latins dont il lui fit hommage. Bertholf voyagea en France, y fut admis à la cour et se mit, à Lyon, en rapport avec Rabelais, dont le rapprochaient ses goûts et la causticité de sa
(*) Van DrYSK, p. xru.
(*) Lappknbkrg, p. 403-411. — Van Duyse, p. iii-x et xni.
(') Jeannkt, Les aventures ds Til Ulenspiègle. Paris, 1866» p. vi.
verve, si bien cjne rauleiir du Pantagruel vécut avec lui dans Fintiuiité i)en<lant deux ans, se réjouissaul de ses facëlieuses excenirieités. Ses poésies badines furent publiées vei-s 1330, h Colofîiie, mais on n'en connaît jusqu'ici aucun exemplaire. I^> philosophe français Charron aimait également Bertholf pour SOS spirituelles réparties. On lui attribue à tort la comp<»silion de! deux histoires populaires ilamandes : le Curé de Lapschurc et Tifl Vijlcnspicgcl. Peut-être s'est-on fondé sur la tournure railleuse de son esprit pour le gratiGer de la paternité de ces ouvrages. Bertholf, qui était bossu et fort ami de la dive bouteille, est une personnalité qui appartient plutôt à la tradition i\\\l\ l'histoire (').
, - Des sociétés <le poètes dramatiques, dont l'organisation définitive ne remonte pas au delà du w* siècle, devinrent, sous la maison de Bourgogne, ces redoutables chambres de rhétoi'ique répandues dans toutes les provinces des Pays-Bas et <pii tirent trend)ler le duc d'Albe lui-même. La poésie passait ainsi des mains de la chevalerie et du clergé, qui s'en était principalement servi pour ses représentations bibliques, dans celles de la bourgeoisie et du peuple f).
Les rhétorici<»ns [rederylîcrs) se multiplièrent bientôt d'une manière incroyable, non seulement dans les villes, mais encore jusque dans les plus petits villages, et l'on serait forcé de conclure à une haute culture littéraire dans les Pays-Bas, si l'excellence des productions avait été dans une proportion quelconque avec le nombre des poètes f).
Les rhétoriciens, en effet, n'éprouvaient pas le besoin d'une inspiration supérieure; ils ne voulaient pas même, comme les chroniqueurs et les moralistes, être utiles à leurs
(') Dk Saint-Genois, Bio(;raphie nationale, t. lî, i, p. 314.
(*) Gkimm, Ubar tien altcUnUschen meistergesang, p. 156. — Hoffmann Faixers- LKBKNSis, Horœ Belgicœ, t. VI, p. 211 et 212. — Willkms, B^gisch Mîîseum, t. IX, . 37 et 38. — De Clkrcq, Ycrhaudeling ojyer den intloed der vreenid^ ietUrhimdc op de yf^dcrlatische, p. 7G et 77. — Van Kampen, Geschichte der vereinigt in NiederlandCt t. I, p. 315.
(•j Van K.«lmpkn, p. 316.
LES CHAMBRES DE RHÉTORIQUE. lo3
contemporains; toute leur science consistai! en jeux de mots et en rimes. Leurs diverses sortes de poésies étaient connues sous le nom de refrains, de ballades, de rondeaux, etc., toutes désignations d'origine française. Leurs chambres avaient des formes déterminées; leurs chefs se prélassaient sous les glorieux titres d'empereurs et de princes, sans dédaigner, toutefois, les appellations bourgeoises de chefs-doyens, de capitaines, de facteurs, etc. Elles avai<?nt aussi leur flscal pour les amendes pécuniaires, leurs farceurs, chargés d'amuser les chambres et le public, et un porte-drapeau pour les occ.'isions solennelles. Chacune d'elles avait son blason, ses insignes, ses devises. Les concours qu'elles établirent furent l'occasion de fêtes souvent luxueuses, de grandes réunions d'hommes et de démonstrations patriotiques.
Leur organisation, qui remonte généralement aux xiv® et xv*" siècles, avait été régularisée par une ordonnance de Philippe le Beau, rendue en 1495, h Malines, dans une assemblée générale de toutes les chambres de rhétorique de langue flamande. Une chambre souveraine de quinze membres fut instituée sous le nom de Jésus avec la (leur de baume, dont le chapelain du duc fut nommé chef suprême ou prince souverain. En 1505, cette autorité centrale fut transférée à Gand, et Philippe y fit ériger, pour la chambre^ un autel dans la chapelle de Sainte-Barbe, dans la Cour du Prince. Maximilien confirma cet arrangement au nom de son petit-fils Charles (1510). 11 paraît qu'après les troubles de France et de Hollande, de 1481 à 1492, auxquels peut-être les rhétoriciens avaient pris part, les princes bourguignons avaient cherché à gagner ces sociétés, aussi nombreuses qu'iniBuentes, en s'en faisant eux-mêmes membres, en leur donnant une forme régulière et en s'appliquant à les rendre le plus inoflensives que possible (^).
La protection accordée aux chambres de rhétorique par
(*) Snellakrt, Yerhandeling aoer dé nederlandsche dichtkioist in Belgie (Mém. cour, do TAcad., t. XIV), p. 152 et 153. — Va.n Kampen, p. 3J6 ot 317.
loi LA SVTIRK POPCL-VIRE.
les ducs dt* IJi^urgogno fui cause que non seulement la lan{j:iie française et l'esprit français y pénétrèrent par degrés, mais qu'en même temps, et surtout depuis le commencement du XVI* siècle, le goût de la poésie et du théâtre n V fit que grandir. A Anvei-s, presque chaque me a^^ait soa théâtre; la Flandre et le Brabant étaient inondés de poètes^ et cela sVxplique : chaque chambre avait un facteur qui était son poète officiel et instraisait ses membres dans l'art de la rhétorique. Vers le milieu du \yf siècle, Mathias Casteleyn, d'Audenaitle^ publia à ce sujet un ouvrage spécial qui resta longtemi>s la législation de ce Parnasse : VArt de la rhéliyrufuCy paru à Gand en 1555. La versification de saii^étorufuc pèche habituellement dans la mesure, et elle est chargée de barbarismes (^). C'est lui qui moralisa l'histoire de Pyrame et de Thisbé, en comparant Pyrame k Jésus^hrist, Thisbé à la nature humaine.
Sfius le titre de Ballades de Tournai^ Casteleyn a^*aît publié des pièces de vers dans lesquelles il se moquait do roi de France, en lui faisant des compliments de condoléance sur la perte de Tournai, en 1521; et, dans ses chansons, il exaltait la gloire de la Flandre, la défaite des Français et te triomphe de Charles-Quint. Casteleyn était aussi facteur de la chambre de rhétorique la Margucfîie (Kersauve) (*).
Casteleyn était à peine disparu du monde (1548) qu*an autre Audenardais, Van den Bussche, surnommé le Sylvain de Flandre {^, se distingua dans le monde littéraire par ses vers français. 11 vivait à la cour de Charles IX et de Henri III {*). Il était Français par ses chants, mais Belge par le c(L»ur, suivant l'expression de Jean d'Aurat, le maître de Ronsard. Et, trois quarts de siècle après sa mort, Guillaune
CJ Snkllakrt, Ve^'handeling^ p. 150-158. — Biographie universelle^ artide Casteleyn, — Conf. Joxckblokt, /. /., p. 474 etsuiv.
(*) Van Ca.uw£nbkrghk, LeUrcs sur rhistoire dCAudenarde, Audenarde, ld47, p. 202.
('; Né vei-s 1535, mortrers 1585.
(^) Van CAL'WENBEaGJiEa p. 203.
CONCOURS DES GtlAMBRES DE RUÉTOHIQUE. {55
Golletet le salua du beau titre de prtiice des poètes de sa nation {^).
Un anii de Casteleyn, le cure Walckeus, d'Audenai'de, s'est l'ait connaître par un poème sur la prise de sa ville natale par les gueux en 1572^ poème en 167 strophes de huit vers f).
Audenarde n'a pas seulement donné le jour à des rhétoriciens, elle a encore produit un prédicateur célèbre, Jean Royard, frère mineur observantin f), qui avait fait une étude pai'liculière du sens littéral de rÉeriture et qui passait à Anvers pour le plus grand orateur évangélique de la première moitié du xvi* siècle {%
11 y avait deux sortes de chambres : les unes libres, c'est-àdire reconnues et favorisées par le gouveniement, les autres non libres, c'est-à-diixî établies par des personnes privées, sans la connaissance du gouvernement. Ces dernièi*es, surtout, jouaient le rôle que remplit de nos jours la presse périodique dans les pays constitutionnels; elles attaquaient tout à la fois les abus de l'État et de l'Église. Sous ce rap- [)ort aussi, on peut comparer les rhétorîcîens aux poètes comiques d'Athènes; il leur manqua une chose : la verve de la scène athénienne. Mais en mettant sur les tréteaux les prêtres et moines, en chair et en os, les rhétoriciens donnaient accès non seulement aux idées de la reforme, mais encore à celles de Tanabaptisme. La foule accourait j>our assister à des représentations mythologiques, à des allégories, à des moralités (représentations sensibles d'une vérité morale), à des esbatements (comédies), à des farces, bouffonneries et prologues 1^).
La plupart des morceaux que Ton couronnait dans les concours particuliers ou généraux étaient des ballades,
(*) IIej.hig, Œuvres inédiles d* Alexandre Sylvain de Flandre, p. vi et vu.
(*y Van Cauw£>'ber6he. p. 207.
i^) Né à la fin du xv« siècle, mort à Bruges en 1547.
(*) Van Cauwenbbrghk, p. 203-206.
(^) Van Kampen, t. I, p. 317 et 318.
1S6 LA SATIRE POPUL-imE.
<|iiol<|iiefois dos chansons. Parmi les premiei*s, plusieui-s sont r(Mnai-(iual>les et révèlent les rythmes les plus savants, que Saînte-Iieuve et Yiclor Hugo ont ressuscites de nos jours,
(ihatjue année, les chambres ouvraient des fêtes auxquelles les chambres du pays étaient invitées par une carte, laquelle iiuli<piait les sujets à traiter au concours et les prix destinés aux vaintiueurs. Outre ces prix, il y en avait pour la société qui faisait son entrée avec le plus de magnificence!, pour celle qui v<Miait de la ville la plus éloignée, pour celle qui faisait la plus belle illumination ou le plus beau feu de joie; enfin, pour celle qui représentait la meilleure farce, moralité ou mystère.
Voici un refrain composé au mois de mai 1477, pai* la chand)i'e de Tournai ; il semble résumer en un trait énergique ce qui man<{uait à (iharles le Téméraire :
Bien comnienchicr et mieulx conclure (^).
Voici une strophe de la ballade couronnée en 1487; elle rend assez vivement l'état du pays, rempli de troubles sanglants depuis la mort de Marie de Bourgogne :
Dol, inurdrc et perdition
Perchoit-on Jus([ucs entre soer et frt^rc, Et griefve subvertion
D'union De mal en pis pei'sévèrc (*).
Une de ces fêtes les plus célèbres fut celle qui eut lieu dans Anvers en loGl. La chambre des Violieren avait invité les villes flamandes à s'y rendre le 1" août et à y apporter leur solution à cette demande : « Qu'est-ce qui incite le plus aux
(') Ritmes et refrains tournaisiens, etc. (1477-1491). Société des Bibliophiles belges. NO 3, Mons, 1837.
(*) Van Hassklt, Essai sitr la i^oésie française en Belgique (Mém. coar. de l'Acad.), t. XIII, p. 139.
PEUSÉCUTIONS DES IinÉTORICIENS. 157
arts et aux sciences? » La chambre de rhétorique de Bruxelles, la Guirlande de Marie, obtint du magistrat un subside de 2,000 florins pour assister à ce concours ; elle y éclipsa toutes les sociétés par son luxe et sa magnificence. On évalua à 40,000 florins la dépense que lui occasionna cette fête. La chambre dite la Fleur de blé assista au liaegspelj concours auquel cette ville avait invité les sociétés qui n'avaient pas voulu prendre part au précédent. La question proposée était ainsi conçue : « Quel est le métier qui, tout en étant le plus profitable et le plus honorable, est cependant peu estimé ? » La Fleur de blé remporta à la fois le prix de la plus belle entrée, du plus bel cbattement, du plus beau jeu et du plus beau personnage {^).
Déjà Philippe le Bon avait voulu mettre un frein aux licences aristophanesques de ces républiques littéraires, familiarisées avec l'antiquité classique, mais où les fous jouaient un rôle considérable; c'est pourquoi il leur défendit en 1445 de faire des refrains et des chansons satiriques. Cette défense était dirigée contre la faction nobiliaire des lioeks et contre celle des cabeliaux, qui, dans Harlem, n'avaient pas rougi de soumettre la duchesse Isabelle, femme de Philippe, et les dames de la cour, à des perquisitions corporelles, en ne respectant pas même leurs vastes robes traînantes. Le duc, pour étoufler leurs discordes sanglantes, voulut non seulement leur faire déposer les armes, mais encore les empêcher de se servir de la verve des rhétoriciens f).
Philippe, toutefois, se montra plus sensé que Louis XI, qui, quelques années après, s'efl*rayant d'un autre genre de satire, fit pendre toutes les pies et autres oiseaux de cage de Paris, parce qu'on leur avait appris à chanter toute sorte de mots injurieux et autres qui auraient pu lui rappeler sa malencontreuse aventure de Péronne.
En 1563, la chambre des Violieren destina un prix au
(*) Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. II, p. 392 et 393. Cj Van Kampen, 1. 1, p. 216 et 217.
158 i.A svnnE iH>rrLxin£.
niaître-foa, c*est-à-iUre à celui qui ferait le fou de la manière la plus complète et la plus naïve, sans choquer la pudeur et sans tourner en ridicule des personnes connues. Il est proliable que, dans celte occasion, le prix fut gagné par maître Jean Wielen Oomken. Du moins, il existe une médaille frappée cette année en son honneur. Il y figure revêtu d'un habit de rhétoricien et d'une écharpe, avec cette devise : Jan Walravem. yict zondcr tvielle, Oom^ c'est-à-dire : « Jean, fils de Walravens. Rien sans roue, mon oncle », et avec cette légen<le : Maitre Oomken, prince couronné des docteurs à quatre oreilles. Àetaiis 5C, 1505. Parmi ces quatre oreilles, on comptait, sans doute, celles de la marotte de ces plaisants de profession (').
Los chand>res de rhétorique n'étaient pas disposées a supporter les velléités despotiques de Philippe le Bon. Les sujets de morale et de religion mis au concours ou- en scène devaient n<M*essairement attirer l'attention ou les discussions du l>eu[>le sur ces graves matièi^es et produire une indépendance de pensét» et de langage qui, toi ou tard, briserait les résistances. La réforme du xvi* siècle était depuis longtemps dans l'esprit <les Flamands. Cétait un feu qui couvait sous la cendre (^. Aussi Charles-Quint ordonna-t-il des persécutions sévères contre les rhétoriciens. L'un d'eux, de la ville d'Anvers, fut mis ;i mort en 1547, pour avoir écrit une ballade contre quelcpies faits et gestes des Frères mineurs; d'autres furent condamnés à des pèlerinages ou à des amendes honorables. L'empereur fit défendre quelques-unes de leurs représentations. Mais Charles, en ordonnant la traduction de la Bible en langue flamande (1548), stimula leur zèle sans le vouloir.
Ils avaient produit, au xvi* siècle, des liions de libres-
(^) Van Loon, Histoire tmiallique des XVII prminces des Pays-Bas, La Rue, 1732-37, t. I, f. 62 et 63. — Van Kampen, Beknopte ffêschiedenis dtr ietterm en weteyiscJiappen in de Xcderlanden, t. I, p. 37. — Snkllaert, p. 150 et 169.
(«) Van Kampen, p. 39 et 40. — Snellaert, p. 147 et 156. — BLO!tMÀfeET, Gesehié' detiis der WietorijUkamer de Fouteine te Gent. Gcnt, 1847, p. 15.
HARDIESSE D£S PIÈCES nEPllÉSËNTÉES. 1S9
penseurs qui u'attendaient qu'un moment favorable pour se grouper autour d'un drapeau (^), et cela non seulement dans les provinces flamandes, mais encore dans le pays wallon (^.
En i4C0, un pénitencier de Rome, devenu doyen d'Arras, imagina de frapper un coup de terreur sur les chambres de rhétorique de cette ville, qui menaçaient de discuter des matières religieuses. Il brûla comme sorcier un des rhétoriciens et, avec lui, des bourgeois riches, des chevaliers mêmes. La noblesse s'irrita, la voix publique s'éleva avec violence et l'Inquisition fut conspuée et maudite f).
Un des referyn les plus curieux de ce temps-là racontait l'histoire de deux pères, l'un jeune, l'autre vieux, chargés tous les deux de réformer un couvent de jeunes religieuses. Suivant les ordres qu'ils ont reçus de leurs supérieurs, ils se rendent au monastère et exhortent les sœurs h éloigner les hommes, à renoncer résolument au monde et à ne placer leur amour que dans Jésus-Christ. Ils reçoivent pour toute réponse : « Ah ça ! pères, si vous n'avez pas autre chose à nous dire, délogez de céans le plus tôt possible, car nous ne voulons avoir rien de commun avec vous. » Le plus vieux des deux insiste en s'écriant : « Il faut vous réformer, renoncer au monde, dompter la chair, ne plus danser ni faire l'amour, ne plus faire de dons ni en accepter, mais porter tous les jours un chapelet en bois, baisser les yeux quand on vous regarde ; point d'autre luxe qu'une pelisse de mouton, des chaussons et des souliers sans façon. » Il ne reçoit encore que la même réponse : a Tirez vos guêtres. » Le plus jeune, au contraire, prend la défense des religieuses, qui, par reconnaissance, finissent par déclarer
(*) Kop, Schets eener geschiedenis dei' Rederijkoi, dans : Wej'keii der macUschappij der Nederlandsche letterkunde, te Leyde^Xy t. II, p. 215.
(•) Annales du Eainaid, \i^TWTï<^Krït, Mons, 1648, années 1431 et 1559; et DiEGERicK, sur les chambres de rhétorique d'Ypres et de Neuve-Eglise. Annales de la Société d'émulation pour l'étude de THistoire et des antiquités do la Flandre, t. X, 2, p. 233-256. Conf. Ibid, sur celle de Nieuport, Lecluyze, t. III, 2, p. 220.
Q) MicHELET, La Renaissance^ p. cxin.
qu'elles reiivernaii son collègue et qu'elles le garderont, lui, au monastère, où il verra quelle belle vie c'est la leur : Bien boire, bien manger et bien s'amuser Ç).
Dans une autre pièce du même genre, on disait : «Dieu! quelle vie mènent ces prèlres! Et comme ils se moquent de nous ! Le vin, la bonne cbère et les beaux liabits, voilà toute leur pensée et toute leur occupation f) ! »
Bien loin de se soucier du précepte si bien exprimé plus tard par Boileau :
De la foi du chrétien les mvslùi*cs tembles I) ornonicnts égayés ne sont point susceptibles,
les poêles flamands transportaient le catéchisme tout entier sur la scène. On en vit un exemple en 1496, quand les Violicrcn d'Anvers, voulant ouvrir un concours général de rlH»tori(iue, proposèrent pour un drame sérieux le sujet suivant : c( Quelle est l'œuvre la plus merveilleuse que Dieu ait accomplie [)our le salut de l'humanité? » Vingt-huit sociétés rivales répondirent par autant de mystères différents qu'elles vinrent jouer tour à tour. Six représentèrent la Passion^ cinq rincarnalion, trois le Vcrhe, deux le Sacrement de l'autel, deux la Charilv^ d'autres les Troh VcHus théologales^ la Pàiiteneej la Prédestination^ V Ordre établi par la Providence^ la Grâce d'une bonne mort, la Réconciliation de l* homme avec Dieu le Pcre par rintervention du Christ et Notix formation à Vimagc de Dieu. Les chroniques du temps nous apprennent que le premier prix fut adjugé à la société de Lierre ; mais elles nous laissent ignorer si c'était le choix du sujet, la valeur des arguments f), le mérite du style ou le talent des acteurs qui avaient déterminé le don de la palme. Ce qui est certain,
(•) Eai Rcfci'tjn van ticee Pat€re>i,etc. {Manuscrits delà BihliGihèq}ie de Bourgogne, n® 10946.) — Wiu.ems, Bclgisch Muséum ^ t. IX,
(*) MoNE, Uebcrsicht dei' Xiedcrlmulischen Volkslttei'nlur, Tûbingen, 1838, p. 209 et 300.
(') La sociét^i avait répondu ; La mort de Noire Seigneur,
l'homme mourant. ici
c'est que le catholicisme souffrait beaucoup d'être ainsi transporté sur la scène; car les farces qui succédaient aux pièces sérieuses roulaient d'ordinaire sur quelque aventure ignoble où le mauvais rôle était souvent donné à des moines (^).
Plus tard, lorsque les doctrines de la Réforme eurent pénétré dans les diverses contrées de l'Europe, les rhétoriciens contribuèrent puissamment à les répandre parmi nous. Dans un immense concours qui eut lieu en 1539 (^, à Gand, ils représentèrent l'homme mourant en proie aux mauvaises passions et que l'on excitait à mettre sa confiance dans la miséricorde de Dieu, dans la mort du Sauveur, sans ajouter aucune foi aux doctrines humaines, aux indulgences, aux pèlerinages et aux œuvres de la religion catholique f).
La question proposée était celle-ci : Qu'est-ce qui donne le plus (le consolation à l'homme au moment de la mort ? La Fontaine de Tirlemont concourut avec une satire mordante contre les ordres religieux, et conçue dans les opinions luthériennes (^). Huit personnages, la plupart allégoriques, y figuraient, à savoir : Cour propice. Intelligence aimable, Bienveillance honnête, Homme mourant. Hypocrisie, Vain Propos, Sens scriptural et Démonstration figurée. Dans un long prologue. Cour propice. Intelligence aimable et Bienveillance honnête^ après avoir exposé à l'auditoire les motifs qui ont engagé la Fontaine de Tirlemont à répondre à l'appel des rhétoriciens de Gand, forment des vœux pour la prospérité des magistrats de cette ville, qui ont montré tant d'empressement pour assister à cette
fête. Les trois interlocuteurs finissent par exprimer l'espoir de conserver la bienveillance de leur auditoire. Après ce prologue, qui a toutes les allures du poème lyrique et qui,
(*) Revue nationale de Belgiquç, t. VIII, p. 231 et 233.
(^) Kop, /. c, p. 242-245. — La société de Messines s'y distingua particulièrement. (Voy. Kop, /. /., 245-247.) — Conf. Vandërhaeqhe.v, Bibliof/raphie gantoise, Gand, 1858, 1. 1, p. 62 et 63.
Cj SxELLAERT, Vevhandeling, p. 161. — Bi.omm.vbrt, p. 52. — Cornelissen, Ovci' dcn oorspyong der rederyhhamers. Gont, 1813, p. 28.
(*; Bkts, Histoire de la ville de Tirlanont, Louvaiu, 1816, t. II, p. 42 et 43.
T. II. *
sans doute, a été goûté, Y Homme mourant arrive sur la scène. Les premiers personnages, gais et bruyants, ne s'étaient guère exprimés qu'en petits vers. V Homme mourant se sert du traînant hexamètre pour se plaindre du malheureux sort des enfants d'Adam, condamnés à mourir en expiation de la faute de leur premier père. Cependant, comme tous doivent faire le saut i)érilleux, il finit par se résigner et par chercher des consolations dans les enseignements du christianisme. Son long monologue est interrompu par l'arrivée (V Hypocrisie et de Vain ProjwSj qui, habillés en moines, viennent consoler le moribond. Us lui disent que, pour décéder sans crainte, il n'a qu'à revêtir leur costume; pour cela seul, il ira droit au ciel. Mais, comme ils portent des habits de deux ordres différents, chacun de ces acteurs s'évertue à défendre la suiK.Tiorité du sien et à discréditer la règle de l'autre. Il en résulte un grand embarras pour le mourant, qui finit par les chasser tous les deux (^).
Après un nouveau monologue, dans lequel le mourant paraphrase le Credo, on voit venir Sens scriptural et Démonstration fujnrée^ deux personnages représentant des prédicants luthériens. Leur présence effraye d'abord le moribond. Ils se hâtent de le rassurer, en lui faisant comprendre qu'ils ne se sont rendus auprès de lui qu'en vrais amis, pour lui apporter des consolations. S'autorisant de citations de la Bible, ils l'engagent à se jeter dans les bras de cette miséricorde divine qui a pardonné à David, aux habitants de Ninive, au prince des apôtres et aux autres pécheurs semblables. Le mourant finit par obéir à leur conseil et récite des vers dans lesquels, plein d'espérance dans le Dieu de toute miséricorde, il remet, calme et paisible, son esprit entre ses mains.
La prière se termine par un court épilogue, où Sens scriptural et Démonstration figurée engagent le public à
(') Anahjie de la pièce, ^ar M. Bots, /. c, p. 43 et 44,