‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 150 sur 182 · LE CHARTREUX JEAN MOROCOURT · texte numérisé non relu

LE CHARTREUX JEAN MOROCOURT

Labadie, fameux visionuaire de son temps, « elle se contenta de la lumière interne f) ».

Ce que cette femme ingénieuse a produit dans les arts n*est pas moins estimable : elle jouait du luth, dessinait au crayon et à la plume, gravait sur cuivre, au burin, à Teauforte, et sur verre avec le diamant ; elle travaillait fort nettement en bois; jetait des figures en fonte et en cire. Après avoir fait le portrait de ses parents en miniature, elle fit de même le sien à l'aide d'un miroir, puis le grava et l'envoya à quelques dames de ses amies, en y ajoutant des vers de sa composition. Elle mourut à Utrecht en 1678.

Un poète tourna isien, le chartreux Jean Morocourt [Moroc2/7'^ms),lraita aussi Luther avec une grande acrimonie. A l'imitation de Lucain, il se passe d'invocation dans son poème latin, dirigé contre lui sous le nom de Tlirenodia. Après une apostrophe au Dieu tout-puissant, au roi immortel, il nous montre les éléments suivant le cours naturel que Dieu leur a indiqué. « D'où vient donc que l'homme, créé à l'image de Dieu, est sorti de sa voie? Il a oublié les enseignements anciens. Les juifs recevaient en aveugles les erreurs et le culte infâme des gentils, les luthériens admettent sans contrôle les doctrines erronées des faux prophètes. Avec leurs belles paroles, ils ébranlent la foi dans ses bases, ils sapent l'autorité du pontife romain et les institutions monastiques. Incapables par leurs doctrines de mener à la certitude, ils se sont souillés de tous les crimes. Ils se plongent dans les plaisirs. Ils nient le mérite provenant de bonnes œuvres, rejettent la tradition, tournent la loi chrétienne en ridicule. Ils ne veulent relever que d'eux-mêmes, et en cela, ils ne font que suivre les anciens hérétiques. Les luthériens vantent leur chef comme le meilleur interprète des Écritures. Leur fureur ne connaît pas de bornes; on les connaît à leurs traits. Tout leur encens est pour Vénus, et ils sont esclaves de

(«) BuLLAKT, Académie des sciences et des arts. Paris, 1682, t. II, f. 229 et 230.— Van Kampbn, Bcknopte Geschiedenis, 1. 1| p. 298-301.

Satan. Ce sont des hommes sans foi ni loi, des hommes perdus (^). » C'est pourquoi le poète invoque Dieu pour qu'il mette une digue à ce débordement, qui menace de tout engloutir.

A côté des vaudevilles satiriques dçs rhétoriciens, on continuait à jouer les mystères. D'Outreman (*) nous donne de curieux détails sur une représentation du mystère de la passion qui, en loi7, eut lieu avec grand appareil à Valenciennes f). Un manuscrit plus précieux est la Passion en vingt journées, jouée en 1402 à Paris, manuscrit refait en 1186 et dont l'auteur a pu être un Wallon de l'ancienne Flandre (^.

On y voit le ton de l'époque et les mœui-s même les plus frivoles du temps mêlées à des. sujets pieux.

Les représentations de mystères en désacord avec l'esprit nouveau furent le signal d'un mouvement de réaction qui ne manqua pas de trouver dans le peuple des poètes; le môme esprit qui composait les vers ou la prose des pièces de rhétorique, qui sculptait sur les stalles des églises le renard en chaire vêtu de l'habit d'un moine et mettant des poules dans son capuchon, ce même esprit de moquerie et d'hostilité qui s'établit entre la chape et le froc, se répandit au dehors et composa les noëls bourguignons et franc-comtois, chansons grossières, stupidesen général, mais empreintes d'une critique railleuse à l'égard du genre dramatique introduit dans le culte par le spectacle des mystères ; et, il faut le dire, sous ce rapport, le bon sens populaire avait apprécié le moyen âge religieux beaucoup plus justement que tous nos romantiques contemporains.

En Belgique, les représentations des mystères remontent au xii« siècle, et ce furent alors les prêtres qui, les premiers, se donnèrent en spectacle, dans leurs églises, pour l'inter-

(*) Lecouvkt, Mémoires de la Société des sciences, d€S arts, des lettres du Hainaut, t. VI, p. 344-348.

(*) Histoire de Yahnciennes. Douai, 1636, f. 396.

(') 0. Le Rov, Études sur les mt/stères, p. 128 et suiv.

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prétation des cérémonies liturgiques. A la Toussaint, ils représentaient ordinairement le jugement dernier; à la Noël, la naissance du Christ ou les trois rois; vers Pâques, la passion ou la résurrection du Seigneur; à la fête de la Vierge, l'Assomption, Tous ces ouvrages furent originairement confectionnés par des ecclésiastiques. Plus tard, ces représentations se répandirent tellement que des laïques durent s'y joindre, et ce fut ainsi qu'elles dégénérèrent insensiblement en un mélange de sacré et de profane, et qu'elles furent défendues par des statuts synodaux d'Utrecht en 1297; mais, en Belgique, elles se maintinrent jusqu'au xvi* siècle Ç). Non contents de célébrer la passion avec tout l'appareil d'une pièce de théîitre, les prêtres sortirent de leurs temples pour jouer leurs mystères en plein air, en pleine place publique. A Audenarde, les frères mineurs donnèrent, au commencement du XV* siècle, des représentations de pantomimes, en s'aidant de rouleaux où se trouvaient inscrites des maximes et des allégories. Ils firent le tour de la ville en traîneaux auxquels étaient attelés les jeunes religieux du même ordre. Le clergé continua ces représentations jusqu'à ce qu'au commencement du xvi* siècle, il se vit détrôné par les laïques f).

D'autre part, on vit les sociétés de tir à l'arbalète qui jouèrent d'abord elles-mêmes des pièces dramatiques avec tous les attributs d'une véritable société de rhétorique, tels que rois, doyens, syndics, fous, blasons, bannières. Elles avaient l'habitude de saisir l'occasion d'un tir solennel pour donner leurs joyeux ébattements, bouffonneries grossières auxquelles les fous prenaient une part considérable f).

On jouait aussi en Belgique des farces qui venaient de France, telles que celle de Maistre Pierre Pathetin, si connue,

(') Van Even, Lamfjittoeel van Anttocrpen, p. 10. — Edm. Van der Straeten, /. c. p. 123 et 124.

{*) Van der Straetkn, p. 124.

C) Id.. p. 124 et 125.

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