SA BÉATIFICATION REFUSÉE A ROME
bre 1622, Jacques Boonen, archevêque de Malines, déterra solennellement le corps de Ruysbroeck, le mit dans une chasse de bois et le plaça devant le maître-autel dans un mausolée magnifique, que l'infante Isabelle fit orner à ses frais, après avoir été, le 17 novembre, visiter à Groenendael ces vénérables reliques. Elles y furent conservées jusqu'à la fin du XVIII* siècle. On assure qu'après la suppression du monastère (1784), elles furent déposées dans l'église Sainte- Gudule, à Bruxelles (^).
En 1624, sur les instances du père général de la congrégation de Windesheim, du prieur et des religieux de Groenendael, Boonen donna au savant Aubert Le Mire, doyen de la cathédrale d'Anvers, une commission spéciale pour commencer le procès informatif sur la vie et les miracles de Ruysbroeck. La congrégation des rites, après avoir examiné ce procès préparatoire, décréta qu'on avait pleinement satisfait à l'inquisition générale requise par les saints canons, et qu'on pouvait procéder à faire des recherches ultérieures. Elle donna aussi, le 10 mai 1626, des lettres remissioriales et compulsatoriales en \eriu desquelles une nouvelle enquête fut faite par les juges et les commissaires que la congrégation des rites avait nommés pour poui'suivre cette cause. Toutes les pièces de ce procès informatif se conservent encore aux archives de l'archevêché de Malines f).
Non seulement Boonen, mais encore Isabelle avait sollicité de Grégoire XV la canonisation de Ruysbroeck (^. De la part du républicain janséniste Boonen, cela se comprend ; mais Rome ne se laissa pas éblouir, comme l'Infante, par les miracles de Ruysbroeck, et elle refusa de donner suite au projet de béatification : le précurseur du quiétisine (^) ne
(*) Butler, Vies des saints, éd. de De Ram, t. VI, p. 307.
(0 ID., l. c.
(') La lettre est ooDseirée aux archives du royaume, conseil d*Etat.
(*) - Il y eut dans quelques-uns de ses ouvrages extatiques, ditFoppens, des expressions si sublimes qu^elles semblent approcher du quiétisme. « Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, (Manuscrit cité de la Bibliothèque de Bourgoime, f. 215.)
108 nuYsimoECK et le mysticisme.
pouvait pas être un de ses élus Q. Peut-être aussi se souveuait-on de Tauler, de Staupitz et de Luther.
Ileureuseuient, ce refus ne ternit en rien la gloire de Ruysbroeck, qui restera le plus grand mystique et le plus grand prosateur flamand des Pays-Bas au moyen âge.
Quant aux doctrines de cet lionune extraordinaire, Ruysbroeck prend pour point de départ l'être divin; puis il en arrive à riioinme et s'efforce de prouver comment Thomme devient un avec Dieu sans perdre son individualité. « Dieu, dit-il, est la substance surnaturelle de tout ce qui existe, reposant éternellement en lui-même, et en même temps le principe vital et le moteur de tout ce qu'il a créé. D'après son essence, Dieu est le repos éternel; il n'y a, dans lui, ni esp.ice ni temps, ni passé ni avenir, ni désir ni avoir, ni lumières ni ténèbres; ce qui ne l'empêche pas de se manifester par les actes éternels de connaître, de vouloir et d'aimer, qui le constituent. Quoiqu'il repose dans son essence, il n'en agit pas moins de toute éternité sur la nature. En lui, le repos et l'activité sont remplis d'une clarté simple et transparente. Par sa libre volonté et par sa sagesse infinie. Dieu a tiré du néant le ciel, la terre et toutes choses, en un mot (^.
« Les hommes se divisent en bons et en mauvais, selon l'usage qu'ils font de leur libre arbitre ; même parmi les bons, il y a une grande variété, quoique tous les mortels tiennent de la nature la même divinité, la même liberté, la môme noblesse. Ce qui produit parmi eux la variété, ce sont le sol, le climat, le tempérament, etc. f).
c< Le libre arbitre de l'homme, voih\ l'instrument par lequel Dieu opère dans lui. C'est le libre arbitre qui, joint à la grâce divine, nous rend libres, nous élève au-dessus de nous-mêmes
(•) Foppens dit (ihid,, f. 215 et 216) qu'il fut mis au nombre des bienheureux, quoiqu'il n'ait pas été formellement béaixfié, — Conf. De Eendrar/t, derde jacrgang, p. 64.
(*) Engelhardt, p. 173 et 174. — Ullmaxn, p. 40.
(») Engei.hardt, p. 183 et 184