SA DOCTRINE
et nous unit à Dieu dans la vie contemplative. Aussi tout dépend de la volonté : que Ton veuille ardemment l'amour et l'humanité et on les aura, Dieu même ne pourra pas nous les enlever. Mais il faut que la volonté soit pure, c'est-â-dire que tout ce qu'elle fait soit uniquement en l'honneur de Dieu. Pour cela, il est nécessaire que l'honmie s'abstienne de pécher et qu'il recherche toujours la grâce de Dieu. Ce ne sera que par la réunion de cette grâce et du libre arbitre que l'honnne accomplira sa destinée et fera de son âme un royaume où la volonté^ libre par la nature, mais plus libre encore par la grâce, sera roi, un roi qui aura pour diadème l'amour, pour vêtement la force du Saint-Esprit, pour conseillers l'intelligence et le discernement, pour juge la justice dans la prudence, pour sujets toutes les puissances de l'âme. Aussi quiconque veut jouir de la contemplation éternelle doit posséder trois choses, la grâce de Dieu, une volonté libre, une conscience sans tache (^). »
« Le Christ vient d'en haut, comme un donateur bienfaisant et tout-puissant; l'homme, au contraire, vient d'en bas, comme un pauATe hère qui ne peut rien par lui-même et qui a besoin de toutes choses. La grâce et la liberté sont corrélatives, tel est l'ordre établi par Dieu. La grâce agit dès que le libre arbitre se tourne vers elle. Point de vie spirituelle sans grâce, point de grâce sans vie spirituelle. Dieu n'habitera dans nous avec sa grâce qu'aussi longtemps que nous nous exercerons â toutes les vertus, que nous dompterons toutes nos passions par les prières et par les pénitences et surtout que nous ferons des bonnes œuvres ; car la charité, voilà la solution du mystère de Faction réciproque de la grâce et du libre arbitre f). »
Ruysbroeck insistait spécialement sur cette partie de sa doctrine, tellement qu'un jour, suivant sa coutume, étant occupé à travailler dans son monastère et à donner des
(') Engelhardt, p. 183, 187, 350. — Ullmann, p. 42 et 43. (•) BôHRiNGKR, Die deutschen Mystiher, p. 489-491.
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preuves de sa douceur ordinaire non seulement aux hommes, mais encore aux animaux, il reçut la visite de deux ecclésiastiques de Paris, arrivés exprès à Groenendael pour avoir de lui quelques paroles édifiantes, quelques paroles qui pussent les enflammer de Tamour de Dieu. Il se contenta de leur répondre avec un gracieux sourire : « Chère frères, vous êtes aussi saints que vous voulez Tétre. » Comme ils furent étonnés de cette réponse, Ruysbrœck ajouta : « Veuillez donc comprendre que votre sainteté est précisément aussi grande que votre bonne volonté. Cest pourquoi examinez jusqu^oii votre volonté est bonne, et alors vous connaîtrez le degré de votre sainteté ; car chacun est aussi saint qu'il est bon de cœur C). »
La liberté, Thumilité et l'amour, tels furent, pour Ruysbroeck, les biens suprêmes. « Descendre dans l'humilité, disait-il, c'est escalader les hauteurs de tous les cieux; sans humilité, toutes les bonnes œuvres perdent leur beauté. La liberté et l'humilité ont la même valeur f).
ce L'union de Dieu et de l'àme, voilà l'amour, la grâce, la charité, d'où naît la pureté de la conscience... Jésus-Christ n'était qu'amour, douceur et souffrance pour le genre humain qu'il a voulu racheter par sa mort. — La charité et la justice sont les fondements du royaume des âmes où viendra demeurer Dieu ; ajoutez-y l'humilité, et vous «lurez les trois vertus cardinales (^. — La nature incompréhensible de Dieu échappe à toutes les créatures dans les cieux comme sur la terre ; car Dieu est à la fois au-dessus, en dehors de toutes les créatures et dans toutes les créatures. Toute intelligence créée est trop étroite pour le comprendre; cependant, si la créature veut comprendre Dieu, il faut qu'elle soit ravie hors d'elle-même en Dieu ; qu'elle comprenne Dieu par le moyen
(*) Kngblhardt, p. 169.
(*) Id., p. 199.
(') RuiSBROKC, Chierheit der geestdiker bnilocht, f. 43, verso 48. (Manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, n^ 1166.)