‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 31 sur 182 · SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

SA DOCTRINE

de Dieu. Mais il n'est pas permis de savoir et d'étudier ce que c'est que Dieu, voilà ce qui échappe à toutes les créatures (^).

« Tout réside dans la pureté de l'esprit, qui soustrait l'homme à la matière et l'unit à Dieu. — La pureté du cœur crée, exerce et conserve toutes les vertus; et ces vertus ornent l'àme comme si c'était un palais (*). Le roi de l'àme, c'est le libre ai'bitre, et ce roi sera com'onné d'une couronne qui s'appelle la charité. Lorsque l'àme se plonge tout entière avec amour en Dieu, elle repose et demeure en Dieu et Dieu en elle.

« La première et la plus grande unité de l'homme est en Dieu ; car non seulement les hommes, mais toutes les créatures sont suspendues dans cette unité avec leur essence, leur vie et leur conservation, et si elles se séparaient de Dieu, elles tomberaient dans le néant et seraient réduites à rien. — Pour être uni avec Dieu, il faut la grâce de Dieu. La grâce de Dieu est comme la lumière dans une lampe ou dans un vase de verre ; de même que cette lumière échauffe, éclaire et pénètre ce vase, de même la grâce échauffe, éclaire et pénètre l'homme f). — Le feu du Saint-Esprit pousse, aiguillonne le cœur qui le possède à employer toutes les forces de l'àme pour remercier et louer Dieu (^). »

Mais c'est particulièrement dans les explications qu'il donne de la vie contemplative qu'il faut suivre Ruysbroeck, parce que c'est précisément là que se révèle comment il sépare la doctrine de l'Église des tendances panthéistes du mysticisme de son temps. Suivant lui, « la vie contemplative consiste en ce qu'avec un esprit porté pour Dieu, nous entrions librement en communauté avec lui, et que nous sortions pour ainsi dire de nous-mêmes pour ne faire qu'un seul et même esprit avec Dieu...

(') Manuscrit cité, f. 51, verso.

(<) Fd. 52 et 53.

(•) Manuscrit cité, fol. 57, verso.

(*) Id., fol. 59, vorso.

112 Ul YSBUOECK ET LE MYSTICISME.

« Le dernier degré de la contemplation coïncide avec Taniour le plus parfait. L'nn et l'autre, c'est-à-dire Tintelligence parfaite et l'amour identique avec elle, ne sont plus à rétat d'action, mais à celui de pur repos; l'un et l'autre sont au delà de toute action, quittes et libres de tout exercice, éprouvant l'amour divin qui dévore l'esprit de l'homme et le convertit en sa substance, de façon qu'il s'oublie lui-même et ne connaît plus rien, ni Dieu, ni soi-même, ni aucune créature et qu'il ne ressent que l'amour dont il jouit dans le simple repos (^). »

Rien de plus intéressant que la classification faite (*) par Ruysbroeck des hommes livrés à une fausse vie spirituelle et égarés par quatre tentations.

La première classe comprend ceux que l'on pourrait appeler les spirituels selon la chair, les épicuriens spirituels. « Ce sont, dit Ruysbroeck, tous ceux qui se permettent tous les plaisirs des sens, s'efforcent de se complaire mutuellement par des dons, des paroles et des lettres, recherchent la délicatesse dans le manger, le boire, les vêtements et danstout ce dont on a l'habitude d'orner et de satisfaire ce misérable sac, destiné à être la proie des vers. Les tentations de toutes ces choses régnent dans les couvents, les cellules des ermites et tous les ordres de l'Église, depuis le premier jusqu'au dernier. Quoiqu'ils prient et chantent beaucoup, quoiqu'ils disent beaucoup de Pater, ils n'en vivent pas moins selon la chair f). »

La seconde classe est celle des stoïciens, des pharisiens, des visionnaires, qui font ostentation d'une grande sainteté et qui n'en ont point ; qui veulent que Dieu leur envoie un ange pour leur apprendre à vivre, ou qu'il leur adresse une lettre écrite en caractères d'or, ou qu'il leur manifeste sa

(') Engelhardt, p 224-246 et suiv. — Ullmann, p. 47-49. (*) Mnniiserit de la bibliothèc^ue de Bourgogne, n? 3420 : Dot boec der vier becortnghen. Et Werhe^i van Jan vanRnitsbroeck, t. IV, p. 267 et suiv. (*) Manuscrit citô et Werhen, p. 273.

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