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MYSTICISME PRATIQUE, A LA PORTÉE DES MASSES

cédait tout; les nominalistes, au contraire, n'enseignaient rien que comme moyens d'excitation à la foi. Or, les moines mendiants étaient les partisans déclarés du réalisme, et les frères de la vie commune ses adversaires les plus énergiques 0.

Afin de se conformer à leurs doctrines, les frères faisaient à leurs disciples une loi de la vie contemplative, c'est-«i-dire de Fexamen de leur vie morale, de leurs défauts et de leurs péchés. Mais le travail, qui leur était recommandé comme premier devoir, servait de contrepoids à leur idéalisme; et comme leurs refuges étaient ouverts aux regards de tous, il leur était impossible de perdre de vue le but de leur fondateur. Aussi, par la simplicité et la bonté de leur enseignement, trouvèrent-ils des échos partout et parvinrent-ils à se substituer aux ordres mendiants (*)•

Pour mieux exercer leurs élèves dans les lettres sacrées et profanes, ils leur faisaient représenter sur la scène des sujets tirés de la Bible, ou de Plante et de Térence. A coup sûr, ce n'était pas dans leurs écoles qu'on traitait la question de savoir quelle était la capacité du tonneau de Diogène, ou lequel de ses pieds Énée avait mis le premier sur le sol de ritalie. D'ailleurs, en publiant les trésors de l'antiquité dans une forme plus pure, les frères contribuèrent puissannnent à la renaissance des lettres et du bon sens ; et, sous ce l'apport aussi, ils furent les adversaires des réalistes, dont le latin barbare n'avait d'égal que leur vaine et indigeste érudition f).

Ainsi, pendant que la France se débattait encore dans les absurdités de la scolastique et les catégories d'Aristote, on vit naître, dans nos provinces, un mysticisme pratique qui, non content de se donner satisfaction à lui-même par le vague de la spéculation, s'appliqua à remédier aux misères

(«) Dblprat, p. 276, 277, 290 et 295 (2« édition). («) Id., p. 316^5.

(») Id., p. 265, 325-336.

136 LES FllfeUES DE LA VIE COMMUNE.

•intellectuelles du peuple, à chasser riiiipicté et l'ignorance, à former Tesprit, à anoblir les co'urs, La grande importance de l'enseignement des frères consistait en ce qu'il était donné aux pauvres ('). Les écoles des monastères et des cathédrales n'étaient, en général, que pour les prêtres, les moines et les nobles. La nouvelle direction imprimée h l'opinion publique par les frères convenait parfaitement h l'esprit religieux à la fois et libéral de nos communes. Beaucoup de professeurs de leurs écoles étaient en relations avec les plus illustres Grecs réfugiés en Italie, ils firent des Pays-Bas un foyer de lumière. C'est à l'école fondée par Gérard Groot que les Pays-Bas sont redevables de la Renaissance de l'antiquité classique 0 et des fortes études bibliques qu'il ne cessait de recommander f).

Aux yeux de Groot, rien de plus sublime que le sacerdoce; voilà pourquoi il ne garda aucune espèce de ménagement pour les prêtres indignes de ce nom; pourquoi il flagella sans pitié leur ignorance, leur orgueil, leur ambition, leur rapacité, leurs incroyables simonies (^); pourquoi il déchaîna toutes les tempêtes de sa colère contre cette engeance diabolique, c'est-à-dire contre ces prêtres maudits qui, enfants encore et uniquement à cause de leur haute naissance, étaient

(*) Les riches devaient payer, les pauvres recevaient gratis la nourriture de Tàme et souvent même celle du corps.

(*) Cramer, p. 261 et 267. — Namèche, Nouveaux mémoires coiaxtnnés de VAca" demie de Belgique, t. XV, 1, p. 10.

P) • Ssepius, disait-il, masticandœ et ruminandaesunt scripturœ auctoritaies. « Apud Dk Kam, Vencrahili Gerardi Magni Eijistolœ VIII ; Bruxelles, 1881, p. 24.

(*) »• Hou, s'6cria-t-il dans un de ses sermons, heu ! jam sunt pi'osbyterii, qui nec bene faciunt nec bene dicunt, imo bene facientibus absunt et rosistunt... Omnes voluntbeneficiari, magistrari, vocari Rabbi, honorari, habere, dominari etapparere» vel saltem molliter, vel levitcr et abundanter vivere. Presbjteroram communis modus vivendi jam sordidisrsimus est. Ubique circa et ante ecclesiam et in quac[ue ecclesia stat forum vcnalium... VA pjeno venalia sunt quse emi non possunt, spiritualia et occlesiastica sacranienta. Omnia ceduntpecv.niœ^ Nuimiius tindt, Chrislus repeilituv. »» — Il fustige jusqu'au sang ces »» pcssimos presbyteros qui aut contuberuarii aut fornicatores sunt, aut ambitiosi, aut simoniaci, aut bibuli, aut avari. aut curiarum sectatores, aut negotiorum sccularium tracta tores •». Ajnul KiST en RoYAARDS, t. II, p. 300-302. — Voyez aussi p. 298-299.

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