MAISON DES FRÈRES A ZWOLL
parvenus à la dignité sacerdotale (^). Jamais, cependant, il ne sortit du respect et de la vénération qu'il professait pour l'Église catholique f).
Il était réser\'é à notre siècle de voir ce monstrueux accouplement de mots qui hurlent de se trouver ensemble, cet exécrable blasphème de la christianisation des capitaux! De quelle foudre Groot l'aurait accablé s'il avait été condamné à l'entendre, lui qui traita d'idolâtres tous les religieux propriétaires et les voua aux gémonies! Car, disait-il, l'essentiel du moine, c'est d'être pauvre. La richesse appartient aux couvents pour le soulagement dés pauvres, ces membres de Jésus-Christ. Elle n'est en aucune façon aux moines, qui doivent fuir le tien et le mien^ ces deux prénoms auteurs de tous les maux qui affligent l'humanité, tandis que la communauté des biens est la mère de toutes les félicités dans ce monde et dans l'autre, notamment de l'abondance du nécessaire, de la paix et de la vie religieuse sur cette terre f).
Groot avait fondé lui-même une seconde maison à Zwoll, sur les conseils d'un homme aussi modeste que distingué, Jean Celé, qui avait étudié à l'université de Prague et accompagné Gérard à Paris et à Groenendael. Nommé professeur à cette école vers 1376, Celé, formé «iu devoir par Groot, la vit fréquenter par environ 1,000 élèves accourus du Brabant, de la Flandre, de la Hollande, de la Frise, de la Westphalie, de la Saxe, de Cologne, de Trêves, d'Utrecht, de Liège, de la Gueldre et de Clèves (^).
Gérard Groot, en instituant la communauté des Clercs, avait le dessein de la conduire encore li une plus haute per-
(») Apud AcQuoY, p. 101-107.
(*) «« Salvo semper judicio Sacro-sanctissimœ Ecclesiœ, qui humillime undique et ubique me submitto. « (Ibid,, 1. 1, p. 360.) — Conf. p. 209 et Yita GvTurdi, p. 8.
n Denam, /. c, p. 35-38.
(*) Delprat, p. 35-37. — Mooren, p. 59-64. — Voir, pour plus de détails, les savantos études sur Groot par MM. Clarisse et Delprat, apud Kist en Royaards, Archief voor kerkelyhe geschiedenis , t. I, III, VI et VIII, et id, Nieuw Archief, t. II, p. 295-307 ; Van Vlootex. Quartalschrifi, cité, p. 294-298.
138 LES FRfclŒS DE LA VIE COMMUNE,
feclioli. 11 avait été tellement édifié de la simplicité et de la candeur religieuse qui régnait au monastère de Groenendael, qu'il avait pris la résolution d'en fonder un semblable; mais la mort le prévint à l'âge de quarante-quatre ans (1584). Le plus vertueux de ses disciples, Florent Radewyns, de Leerdam, — qui, comme Celé, avait étudié à Prague, et comme lui était nominaliste, — aupanivant chanoine de de Saint-Pierre à Utrecht, maintenant recteur de l'école de Deventer, exéi;uta l'entreprise. Windesheim, près de Zwoll, lui parut l'endroit le plus convenable. Déjà en 1586, six frères de la vie commune avaient pris l'habit de chanoines réguliers et prononcé les vœux solennels suivant la règle de Saint-Augustin. En 1402, sept monastères reçurent, dans un chapitre général, les nouvelles constitutions dressées pour le gouvernement spirituel et temporel de Windesheim, reconnu comme centre de la congiégation, laquelle se répandit promptement dans toutes nos provinces et en Allemagne. Quinze monastères, désirant vivre dans un plus grand recueillement, obtinrent de ce chapitre l'autorisation de se réformer et s'engagèrent par un quatrième vœu à une clôture spirituelle. De ce nombre furent, depuis 1498, Val-Vert {Grœnendael) et Rouge-Val {llonge-ChUre) dans la foret de Soignes, Saint- Martin à Louvain, Sainte-Marie de Bethléem, près de la même ville. Fontaine près d'Arnhem, Saint-Jean-l'Évangéliste près d'Amsterdam. Mais l'union de Groenendael et de Rouge-Cloître au chapitre de >Vindeslieim était déjà faite en 1420, sous les auspices du prieur Jean Schoonhove (').
Le monastère de Rouge-Cloître, fondé en 1508, fut ainsi nommé depuis 137G, parce que ses parois étaient couvertes d'un ciment rouge fait de tuiles broyées et qui devait les protéger contre la pluie. 11 était situé dans la vallée de ce nom, une des plus charmantes retraites de nos anciennes communautés. Les religieux de l'ordre des chanoines de
(«) Delprat, p. 223.