LES GRAJIMAIRIENS PARMI LES FRÈRES
une maison commode que cet évêque avait fait préparer en 1505, et y furent connus sous le nom de jéronimites ou fratres. Vers 1554, rebutés par des difficultés qui empêchaient le progi'ès de leur maison, ils prirent le parti d'y renoncer et de se retirer Q.
Parmi les cinq élèves que Jacques de Croy avait fait venir deGand en 1509, on distingua longtemps à Cambrai Chrétien Masseeuw, qui se donnait le nom de Cameracemis^ quoiqu'il fût né, le 13 mai 1469, à Warneton, bourg de la Flandre, sur la Lys. Il enseigna les belles-lettres pendant près de quarante ans à Cambrai, et y mourut le 25 septembre 154G, âgé de 75 ans. Outre divers ouvrages d'histoire et de philosophie qui ont été imprimés, ce savant a laissé en manuscrit : Brève chronicon Cameracetise, perdu ou resté inédit (^.
Quant à la maison fondée par Standonck, à Malines, elle fut réunie, en 1580, au séminaire archiépiscopal.
Citons encore Jean Momboir [Manburnus), de Bruxelles (1460-1505), formé à Windesheim, et qui, par ses écrits mystiques (^ et sa piété exemplaire, acquit un tel renom à l'étranger que, le 18 avril 1497, le parlement de Paris s'adressa au chapitre de Windesheim pour le prier d'envoyer Momboir en France, où il fut chargé de la réforme de plusieurs couvents, tache dont il s'acquitta à la plus grande satisfaction de tous (^.
A Bergues-Saint-Winoc, il y avait aussi une maison de frères de la vie commune, où enseigna quelque temps Jean Despautère (Van Pauteren), de Ninove f^, qui laissa des rudiments, une grammaire, une syntaxe, une prosodie, un traité des figures et des tropes. Ces ouvrages étaient autrefois dans tous les collèges; mais depuis qu'on en a fait de plus niétho-
{*) A. DiNAUx, p. 224.
(«) Id., p. 225.
(') Rosetwn exercitiorum spiritualiiim et sacrarum meditationum ; Bàle, 1491.
(*) Dblprat, p. 299-301.
0) Né en 1460, mort en 1520.
cliques, ils ne sont plus consultés que par les savants. Ils sont précieux encore pour entendre le fond de la latinité.
Ce ne fut pas seulement à Bei^ues-Saint-Winoc , mais encore à Louvain, à Lille, à Commines, qu on recueillit les finiits de la prodigieuse activité de Despautère, qui eut un digne successeur dans Georges Macropède (^) (Van Langevelt), de Gommert, près de Grave, dans Tancien Brabant. Macropède enseigna avec un brillant succès chez les frères de Bois-Ie-Duc, de Liège et d'Utrecht. Il possédait les mathématiques et les langues savantes, notamment Fhébreu et le chaldéen, chose bien rare dans ce temps-là. On a de lui une grammaire grecque et latine, plusieui*s ouvrages classiques et un grand nombre de pièces dramatiques en vers. À ses profondes connaissances il joignait une piété exemplaire, une douceur évangélique et une inaltérable pureté de mœm'S. Il fut très suivi : presque tous ceux qui se distinguèrent dans les lettres aux Pays-Bas vers la lin du xvi*siècle étaient sortis de son école. Un de ses élèves, entre autres, qui acheva ses études à l'université de Louvain, Jean Sasgert, Sasgers ou Sasgarides, curé à Ilaringrarspel, que les ennemis de la réfoi*^ mation contraignirent à chercher un refuge sur la terre étrangère, fut reconnnandé par Mélanchton à Christian IQ, roi de Danemark, et appelé à l'université de Copenhague comme professeur de théologie {^.
Un autre élève de Macropède, élève devenu également célèbre, fut Georges Rataller, noble Frison, né en 1528 à Leeuwarde, et qui, venu enfant à Utrecht, y fut initié par lui au culte des lettres. Après avoir visité les provinces méridionales des Pays-Bas, il devint conseiller au conseil d'Artois, puis au grand conseil de Malines; en loGo, ambassadeur en Danemark et, en 1569, président du conseil d'Utrecht. Ces diverses fonctions ne l'empêchèrent pas de travailler avec ardeur à l'étude de la littérature grecque : il a traduit en
(») Né en 1474, mort en 1558.
(«) Delprat, p. 129, 156-158.
DESPAUTÈRE, MACROPÈDE ET LEURS ÉLÈVES. i51
latin et en vers les OEuvres et les Jours d'Hésiode, sept tragédies de Sophocle et trois d'Euripide. H mourut à Utrecht le 6 octobre 1581, avec la réputation cfun magistrat laborieux, intègre, bienveillant et d'un savant littérateur (').
Despautère etMacropède avaient été attachés tous les deux, comme professeurs, à la maison de Bois-le-Duc, splendide succursale de Zwoll. Honoré, protégé par le pape et par révêque de Liège, cet établissement était un des plus considérables de nos provinces. L'excellence de son enseignement des lettres grecques et latines y avait attiré jusqu'à 1,200 élèves, non sans exciter la jalousie de l'université de Louvain, qu'il inquiétait même encore dans sa décadence. Les frères y avaient une imprimerie destinée à la publication de bons manuels pour l'instruction des élèves. Le 20 mars 1623, ils se virent contraints de donner leur assentiment à la suppression de leur institut, exigée par les archiducs Albert et Isabelle, qui conférèrent aux jésuites l'enseignement que les frères avaient donné jusque-là f).
Cependant la grammaire latine de Despautère, publiée au commencement du xvi* siècle, était composée de plusieurs parties trop volumineuses pour que les jeunes élèves fussent à même d'y puiser aisément leurs leçons. Des latinistes le comprirent et Sébastien Nieuwmeulen, de Duysbourg, après en avoir abrégé la syntaxe, en 1553, donna sommairement à Cologne, Tannée suivante, les sept livres des Institutions despautériennes.
Mais les nouveaux rudiments, entièrement en latin, étaient encore trop étendus et trop difficiles pour les étudiants. Ces motifs engagèrent probablement le Montois Jean Gillet, professeur au collège de Houdain, fondé en 1545, et qui dut à son savoir d'en être le premier recteur, à dicter à ses élèves une grammaire latine plus courte et plus claire. 11 l'avait
(•) Van Kampbn, Behnopte geschiedenis der lettereii en toetenschappeii ; *s Gravenhage, 1821, 1. 1, p. 73, et Delvennk, t. II, p. 285. («) Dklpbat, p. 126-131.
formulée par demandes et par réponses, et, dans ses leçons, il traduisit en français les phrases et les mots présentés comme exemples : c'était une bonne innovation de plus (^).
La grammaire élémentaire de Gillet fut publiée en 1555. On y rencontre, ce qui est rare, des accents d'intonation (*). Le plan de cet ouvrage est assez conforme à l'ordre suivi dans nos livres de classe actuels.
Cette œuvre grammaticale de Gillet a un mérite d'ancienneté, de priorité, de clarté et de simplicité, qui en rehausse singulièrement le prix (^.
Gillet, qui mourut vers 1554, comptait aussi parmi les bons poètes latins du temps (*).
Comme on le voit, l'institution fondée parGroot s'était développée de deux manières différentes : le centre était formé par les chanoines de la vie commune, réunis à la manière sévère des cénobites, c'est-à-dire dans le cloître; la masse, plus grande, plus libre, plus répandue dans la vie du peuple, était celle des frères ordinaires de la vie commune, prêtres ou laïques, vivant ensemble dans leui's maisons communes, ou bien épars, occupés de fonctions spirituelles et de l'éducation de la jeunesse : c'était une association où régnaient tout à la fois l'unité et la liberté. L'entrée dans la corporation n'était pas caractérisée par un vœu indissoluble, et la conduite des frères était réglée bien plus par les bonnes coutumes que par les préceptes étroits et minutieux du monastère. Le principe le plus puissant d'unité qui pénétrait toutes les maisons était l'esprit d'amour, d'humanité et d'obéissance f).
Cependant, au mont Sainte-Agnès, que surmontait le couvent (le Saint-Augustin, près des murs de Zwoll, vivait
(*) G. Wixs, Mémoires et pitbiications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, t. I «, p. 188 et 189.
(*) Id., ibid,
(») C. WiNS. p. 191.
(*) Id., p. 197.
* 0 Ullmann, p. 94-101.
comme sous-prieur un homme qui s'est fait un nom immortel par un livre unique au monde : rimitation de Jésus- Christ, admirable résumé des doctrines des frères de la vie commune (*).
Quelle grande idée ne devrions-nous pas avoir de cet institut célèbre quand il n'aurait formé qu'un seul homme, comme Thomas Hemerken, ou Thomas a-Kempis, surnom emprunté à Kempen, petite ville non loin de Cologne, où il était né vers 1380, et qui, avec son château, sa fabrique de toiles, ses distilleries et ses 5,000 habitants catholiques (^, ne mérite une mention dans les géographies modernes que parce qu'elle est le lieu de naissance de cet illustre fils d'un orfèvre f)!
Je sais qu'on a voulu lui ravir son plus beau titre de gloire pour en décorer Gerson ; mais je pense qu'après l'admirable monument de critique littéraire que feu M. Malou, évéque de Bruges, a érigé à la mémoire de Thomas a-Kenipis, on ne tentera plus que vainement de faire de fausses restitutions (^.
On sait que ce livre d'amour mystique fut écrit au milieu du grand schisme d'Occident, où pendant cinquante ans l'Église fut divisée entre des papes rivaux, s'excommuniant les uns les autres et compromettant la plus haute dignité du catholicisme par les plus cruels outrages.
(«) Delprat, p. 258 (1" édition).
(*) Malte-Brun, t. III, p. 125.
(=») MooREN, p. 1,2, 32 et 33.
(*) Voir BôHRiNOER, p. 701-705. — Cependant, les gersonistes ont de nouveau fait valoir leurs prétentions avec beaucoup de chaleur. Voyez Ykrt, Étmles historiques et critiques sur V Imitation de Jésus-Christ, Paris. 1853. — M. Busken-Huot, dans le Gids do 1861 , t. II, p. 438 et suiv., est également défavorable à Thomas a-Kempis. M. Guénebault, au contraire, s'est prononcé pour lui dans la Revue archéologique, t. XI, p. 315-317. — M. Moll (Ke^*kgeschiedenis van Nederland voor de Hervorming, t. II *, p. 362-375) a vivement plaidé la cause de Thomas a-Kempis au moyen de la littérature ecclésiastique des Pays-Bas au xiv» et au xv* siècle et on monti*ant à Windesheim un second Thomas dans Gerlach Petei*s. — Voyez d'autres preuves dans de KcUholiek, t. XX, p. 137 et suiv.
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