‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-basChapitre 53 sur 182 · WESSEL SE PLACE EXTUE GERSON ET LUTHER · texte numérisé non relu

WESSEL SE PLACE EXTUE GERSON ET LUTHER

il avait passé la plus grande partie de la fin de sa vie; ses cendres furent déposées dans le chœur de l'église, non loin du maître-autel (^).

Wcsscl était, sans contredit, un très savant théologien; ce qui lui manquait est ce qui manquait généralement à son siècle, c'est-à-dire de solides connaissances historiques et une critique sagace. Ce défaut de théologie historique fut cause qu'il se fourvoya plus d'une fois, La méthode dialectique du moyen âge avait détruit les fondements historiques de la religion, de sorte qu'on eut de la peine à reconnaître l'état des choses du xv* et du xvi** siècle comme le développement légitime des premiers temps du christianisme. On rompit dès lors avec le présent comme avec une mauvaise excroissance du passé, aûn de recommencer tout h neuf. C'est dans ce sens surtout que Wessel, comme savant, fut un précurseur de la réformation.

Pour apprécier ce théologien philosophe, il faut remarquer qu'il vécut à une époque de transition qui tient en quelque sorte le milieu entre Gerson et Luther, entre les grands théologiens français qui ne voulaient pas rompre avec la papauté et ne désespéraient pas de réformer l'Église sur le terrain de la hiérarchie, et les théologiens allematids qui se détachèrent de Rome pour fonder une Église chrétienne inconnue jusque-là. Quand Gerson mourut, Wessel était dans sa dixième année. A la mort de Wessel, Luther était un enfant de six ans, Zwingle de cinq et Mélanchton n'avait pas encore vu le jour. Ainsi Wessel n'était le contemporain d'aucun des grands docteurs de la fin du xv** et du commencement du xvi* siècle. Aucun d'eux ne pouvant exercer une influence sur lui, ni être à la portée de la science, il se trouva isolé; mais, en revanche, il en eut d'autant plus d'indépendance et d'originalité. Il connaissait d'ailleurs parfaitement l'esprit de son siècle, aux besoins duquel il sut répondre dignement. Doué d'une plus grande force de caractère

{*) Ullmann, p. 415.

qu'Erasme, il agit comme réformateur; moins hardi et moins violent que Luther, il croyait que le calme et la douceur étaient indispensables à un disciple du Christ et, pour cela même, il répugnait aux éclats dangereux d'un schisme. A une révolution il préférait une transformation religieuse telle qu'elle convenait au caractère du peuple des Pays-Bas, mais dont ce peuple ne put recueillir les fruits, précisément à cause de .l'invasion des idées étrangères, venues d'Allemagne et de Suisse.

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