LES BUSLEYDEN ET LE COLLÈGE DES TUOIS-LANGUES
Mais qu'aurait dit ce diplomate s'il avait connu cet établissement avant les efforts d'Érasme pour l'améliorer, alors qu'on y applaudissait à tout rompre la latinité barbare (^) de Menneken Virulus ou Viruli (^, fondateur de la pédagogie du Lis et, en 1447 et 1465, recteur de l'Université, dont la prose rappelait les vers de maître Anselme, pour l'intelligence desquels il fallait avoir recours à la Perle des Perles {Gemma gemmarum), au CMlholieon, au Brachiloquium, au Mammœtractus? Qu'aurai l-il dit avant la création du collège des Trois-Langues, due à Jérôme Busleyden et au philosophe de Rotterdam f)? Jérôme Busleyden se vit bientôt en possession de dignités ecclésiastiques dont quelques-unes comportaient des bénéfices considérables. Pourvu de bonne heure d'un canonicat «à l'église métroplitaine de Malines, il devint successivement chanoine de Sainte-Waudru à Monsetde Saint-Lambert à Liège, trésorier de Saint-Gudule à Bruxelles, archidiacre de Notre- Dame de Cambrai, prévôt de l'église de Saint-Pierre à Aire. (]ette immense fortune, Jérôme la consacra à l'acquisition de collections scientifiques et à l'encouragement des bonnes études. Ce zèle et ce goiit littéraire lui survécurent ; car, avant de mourir (27 juin 1317), il avait richement pourvu par un testament à la dotation d'un enseignement des trois langues savantes, latine, grecque, hébraïque, lequel devait être institué à Louvain. Et, en effet, grâce aux soins de Gilles Busleyden et d'Érasme, le célèbre collège des Trois-Langues fut établi dans cette ville, en face du Marché aux Poissons (^). Le 18 octobre 1520, les professeurs furent mis en possession du local ; mais les cours étaient ouverts depuis le l*" septembre 1518 dans le couvent des Augustins.
Gilles Busleyden avait pour ami Jean Second, qui a chanté
(') On peut en juger par ses lettres impnniôes en 1498. («; Nô vei-s 1413 à Cassel, mort en 1493. Cj Nèvk, Le collège des Trois- Lungues, etc.
(*) Dans une maison qui avait une issue sur la place des Augustins et une autre dans la rue des Ecriniers.
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cotte liaison dans uno ode et qui était à la fois scolpteur, peintre et jK^ète.
Cest une chose remarquable que Taniour des beaux-arts dans ce siècle était la passion des hommes bien nés. La théologie même et Télude des lois ne paraissaient point alors incompatibles avec la culture des lettres^et les plus célèbres jurisconsultes, comme les plus savants théologiens, se délassaient de leurs fastidieuses occupations dans le commerce des muses (^).
Quel(|ues biographes ont voulu rapporter à Érasme Thonneur d'avoir érigé le collège des Trois-Langues ; mais le spirituel humaniste n'a que le mérite d'avoir pressé les plus actifs dVntre les membrc^s de l'Université de remplir les volontés de Jérôme Busleyden et d'avoir ainsi puissamment contribué a élever <*e lemple aux nius<»s (*).
Le nouveau collège eut a lutt^ r conti-e de nombreuses diincultés : il v eut «l'abord des démonstrations hostiles aux professeurs. On ne se conlenta pas de les noircir aupi^ de leurs confrères, et de leurs amis; on intimida les jeunes gens qui fréquentaient leurs coui's et recherchaient leur société. Des étudiants de la faculté des arts de Tunîversité, excités par leurs maîtres ou par leur mépris naturel pour les belles-lettres, prenaient plaisir à crier partout : JVfw non loqnimnr latinnm de fora piscium, sed loquiniw latinum matris noslrœ faadlalis f*), cri de Fignorance barbare et jalouse. Les flèches des adversaires du collège étaient spécialement dirigées contre Krasme parce que c'était lui qui, par son zèle et son dévouement, avail contribué le plus à son établissement. C'était contre lui, connue conti*e les langues savantes, un concert de déclamations et d'invectives, organisé avec un admirable accord par les ennemis de la Renaissance.
(') 0 foi que ^non cantr préfre! — A tout ce que fui (V ami s, etc. Traduction libiv de LoR.ii;x, p. 78.
(*) Nkvk, AnaiecUs pour servir à thistoire de Louvai», n" IX, p. 17-18. (•; MoLANCS, t. I, p. 588.