IIESSE ET MOSS^LAN
toutefois que, s'il trouvait leurs principes conformes à ceux du christianisme, ils lui seraient obligés s'il voulait les confirmer par son opinion et les protéger de son autorité. Érasme promit de déférer à leur demande, et comme les deux envoyés étaient des hommes considérables, il s'entretint avec eux de bien des choses importantes. Après une tournée dans les Pays- Bas, ils revinrent pour avoir la réponse du philosophe ; celui-ci leur avoua qu'il n'avait pas eu le temps de lire tout le livre, mais que ce qu'il en avait vu ne renfermait aucune erreur; que, ne le connaissant pas encore tout entier, il ne pouvait pas leur délivrer le témoignage qu'ils sollicitaient; que d'ailleurs un tel témoignage ne pourrait leur être d'aucune utilité : ceux, en effet, qui avaient tant entendu parler des Picards ne changeraient pas de sentiment, tandis qu'en faisant leur éloge, il risquerait fort de voir par cela même proscrire ses propres livres, qui lui paraissaient rendre beaucoup de services à la vraie religion. Il les congédia en les exhortant à répandre un christianisme de plus en plus pur. Les envoyés allèrent retrouver leurs compatriotes, étonnés de cet étrange accueil (^).
Après Hesse, Érasme avait trouvé un défenseur des plus brillants et des plus énergiques en Allemagne dans la personne de Pierre Mosellan. Né en 1493 à Brutlig ou Prateg, dans l'électorat de Trêves, élevé dans les déplorables écoles du Luxembourg et du Limbourg sur la Zahn, mais formé depuis à l'université de Cologne, Mosellan fut nommé, en 1517, professeur de littérature ancienne à Leipzig, publia, traduisit ou commenta les auteurs sacrés et profanes, corrigea la grammaire de Théodore Gaza, un de ces savants grecs qui par leur présence en Occident, dès la première moitié du xv® siècle, excitèrent ce grand mouvement intellectuel que vint bientôt propager l'émigration générale, suite de la prise de Constantinople par les Turcs (1454). Toujours entouré d'un
(*) PoscHECK, Zeitschrifl fur die historische ThcologiCy t. ^AW,^. \^*k ç\.\Nsi.