Apologia ad Guillelmun Theodorici abbalem, cap. x
« n’est pas précédée par la jusüfication, car celle-ci cons- « titue le mérite, et celle-là, la récompense. Voilà ce que « le Seigneur enseigne dans l'Evangile, quand il leur a
« proposé d’abord la justice en disant : Car si votre jus-'
« dice ne vaut pas mieux que celle des Scribes et des « Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des « cieux (Matth., vi, 20), afin que ceux qui doivent être « un jour glorifiés par la vue, soient d’abord justifiés « par lui-même, au moyen de la foif.» Par là, l'abbé de Clairvaux n’abolissait, certes pas, le mérite des œuvres, mais le subordonnaït à la foi.
Sur un dernier point, enfin, saint Bernard fut en avance sur son temps et s’efforça de réagir contre un fanatisme impitoyable, mais qui, hélas! a éclaté périodiquement dans l’Église, je veux parler de l’anti-sémitismef. On sait que, lors de la deuxième croisade, je ne sais quels moines fanatiques excitèrent le peuple en France et en Allemagne contre les Juifs. Ils confondaient ces derniers avec les Sarrazins, sous le même terme de « déicides », et réussirent à déchaîner contre eux une persécution sanglante. Aucun souverain, que je sache,ne se mit en travers du mouvement. Pierre, abbé de Cluny, encouragea même Louis VII, roi de France, non pas à les massacrer, mais à les dépouiller de leurs biens. L'abbé de Clairvaux, à peu près seul, prit leur défense. Il adressa à Hermann, archevêque de Mayence, une lettre ouverte : « Quoi donc? y disait-il, l'Église ne triomphe-t-elle pas « plus heureusement des Juifs en les persuadant tous « les jours et en les ramenant à Dieu, qu’en les immo- « lant par le glaive? Est-ce en vain qu'elle demande, « par une prière incessante, que le Seigneur soulève le « voile qui dérobe à cette nation perfide la lumière de « la vérité? La prière de l'Église n'aurait point de sens, « si élle désespérait de ramener à la foi les incrédules.