‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 12 sur 92 · Voir Vilkens, Geschichtle der Kreuzqüge, t. III, p · texte numérisé non relu

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fut l'adversaire déclaré de tous ceux qui voulaient réformer, soit en innovant dans les formes de la croyance, soit en changeant le gouvernement ecclésiastique. On dira tout à l’heure sa lutte acharnée contre Arnauld de Brescia. Il suffira ici, pour marquer son attitude vis-à-vis d'eux, de citer un extrait de sa lettre au cardinal Gui de Castello, légat du pape en Allemagne et protecteur d'Abélard.

« Je ne vous ferai pas l'injure de croire, lui écrit saint « Bernard, que votre affection pour quelqu'un aille jusqu’à « chérir ses erreurs... M° Pierre a introduit dans ses « livres des paroles profanes et des sens nouveaux, discu- « tant sur la foi contre la foi; il combat la Loi avec des « paroles de légiste. Quand 1l parle de la Trinité, il penche « vers Arius; quand c’est sur la grâce, il incline vers Pé- « lage ; s’agit-il de la personne du Christ, il fait écho à « Nestorius. Il ne voit rien comme dans un miroir et sous « forme d’énigmes; mais il voit tout face à face, se plai- « sant à considérer les choses grandes et surnaturelles. « Il vaudrait mieux pour lui que, se conformant au titre de « son livre (Scito te ipsum), il apprit à se connaître « lui-même.

« J'ai trop bonne opinion de votre équité pour penser « que dans la cause du Christ, vous placiez qui que ce soit « au-dessus du Christ. Il importe à l'Église et à Jésus- « Christ d'imposer silence à ce blasphémateur!. »

Saint Bernard finit pourtant, sur l’intercession de Pierre, abbé de Cluny, et de Raynald, abbé de Citeaux, par pardonner à Abélard. Celui-ci, fatigué de la lutte plutôt que convaincu, se rendit à Clairvaux, expliqua ses croyances et, après une réconcillation avec son grand adversaire, composa son « Apologia fidei, seu confessio». Ensuite, admis dans la congrégation de Cluny, il finit ses jours en paix, au prieuré de Saint Marcel.

4. Voir Sancti Bernardi Epislolæ, cap. cxcir; comp. Ép. CLXXXVII, CLXXX VIII et CXCIIL

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