LES RÉFORMATEURS MORALISTES 21 II. — PIERRE LE VÉNÉRABLE
La lettre que l'abbé de Cluny adressa à Héloïse, abbesse
du Paraclet, pour lui raconter les derniers jours de son ami, fera, mieux qu'un long discours, connaitre le caractère de l'homme, dont nous avons maintenant à parler, Après avoir loué l'austérité et l'extrême humilité dont Abélard avait fait preuve comme moine, Pierre le Vénérable ajoute : « J'admirais qu'un homme aussi illustre se
méprisät et s’abaissät lui-même à ce point. Il réduisit sa nourriture et son costume au strict nécessaire. Il lisait sans cesse, priait souvent et ne rompait le silence que pour les conférences familières ou les sermons obligatoires. Son esprit, sa voix, tout son être étaient absorbés par la méditation, l'enseignement et la profession des choses divines, d’une sagesse toujours plus sublime. C'est à de tels exercices que cet homme simple, droit et craignant Dieu, consacra les derniers jours de sa vie. C’est ainsi qu'il attendit le Visiteur évangélique. Celui-ci le trouva, non pas endormi, mais veillant, et il l'appela aux noces éternelles, non pas comme les vierges folles, mais comme les vierges sages. En effet, Abélard portait avec lui sa lampe pleine d'huile, c’est-à-dire sa conscience remplie du témoignage d’une sainte vie.
« Celui-là donc, à vénérée et chère sœur dans le Seigneur, dont vous aviez été la compagne selon la chair, mais à qui vous fûtes plus tard unie par les liens plus forts et meilleurs du divin amour; celui-là qui vous avait appris à servir Dieu, le Seigneur, à votre place et comme un autre vous-même, le réchauffe dans son sein et le garde, pour vous le rendre, par sa grâce, au jour de sa venue, quand retentira la voix de l’archange et la trompette de Dieu descendu des cieux f. »