Op. cit., lib. Il, ep
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il ne fut pas moins orthodoxe que son émule de Clairvaux, et l’on verra tout à l'heure qu'il fut l'adversaire résolu des Pétrobrusiens et des Musulmans, et même impitoyable pour les Juifs. Mais, si l'abbé de Cluny détestait l'hérésie, le Talmud et la loi de Mahomet, il se servit contre leurs adhérents d'armes spirituelles et loyales. Il était d'avis qu'il valait mieux combattre les infidèles avec des raisons qu'à coups d'épée.
« Eh quoi! dit-il, lorsqu'il s'agit de connaître la nature « on examine, on compare, on pèse le pour et le contre, « et, dès qu'il est question du Créateur, il faudrait se « taire? Vous occupez-vous des biens infimes et éphé- « mères, vous avez la liberté de parler; mais, si vous « faites la recherche du bien souverain etéternel, on vous « ferme la bouche. Ce n’est pas ainsi que l'entend la loi du « Christ, dont le grand apôtre a dit: Soyez toujours prêt « à rendre compte de votre foi et de l'espérance! » I] y à là, certes, une méthode apologétique, que n'auraient désavouée ni Calvin, ni Alexandre Vinet.
Suivant ce principe, Pierre le Vénérable chargea trois savants, Robert Vernet (Anglais), Pierre de Tolède et Hermann (de Tolède), de traduire le Coran en latin après, quoi il composa une réfutation de l'Islamisme. Il avait été, en effet, fort surpris, lors d'un voyage en Espagne, d'y trouver les Musulmans lettrés, mêlés aux Chrétiens qui ne dédaignaient pas de fréquenter leurs écoles. II avait admiré l'architecture de leurs mosquées, où l'on adorait le même Dieu que Moïse et les Prophètes, et apprit qu'il y avait des écoles de théologie, vouées à l'étude du Coran. La version qu'il en fit faire est certainement très imparfaite ; elle eut du moins le mérite de venir la première et de montrer le trait d'union qui reliait l'Islam au Judaïsme.
Quel dommage que l'abbé de Cluny n'ait pas eu la même
À. Liber contra seclam Saracenorum, Lib. f, cap. 1.
curiosité à l'égard de Talmud et des rabbins commentateurs de l'Ancien Testament! Il n'eût pas ressenti cette haine des Juifs, qui dépare son caractère. Ce qu'il déteste en eux, c'est leur orgueil, leur âpreté au gain, l’entètement dans leurs erreurs, mais ilne sait pas reconnaitre leurs qualités. Sans doute, il ne va pas jusqu’à conseiller aux princes de s’armer du glaive pour les détruire; mais il admet que l’on confisque leurs richesses, comme biens mal acquis.
Tel fut Pierre de Monthoissier, avec ses qualités et ses défauts; digne émule de saint Bernard, dans la poursuite de l'idéal religieux et de la haute culture, il lui fut inférieur par l’éloquence et l'énergie. IL mérite l'éloge inscrit sur son épitaphe : « Avec lui sont descendus au tombeau la justice, la paix et la discipline! Pleurons et souhaitons de mourir! »