CHAPITRE II
Nous avons montré, au chapitre précédent, comment les deux plus célèbres abbés du xrr° siècle s'efforcèrent de corriger, par voie hiérarchique, les abus de leur temps. Vains efforts! On ne se réforme pas, quand on se croit tout puissant. C'est alors que de simples prêtres, exaspérés par la résistance des dépositaires du pouvoir. à des réclamations si modérées, se levèrent et voulurent faire table rase de certaines institutions ou pratiques, pour opérer une réforme radicale. Ils forment, pour ainsi dire, l'aile gauche du parti des réformes; ils furent plus nombreux qu'on né pense; les seuls que l’on connaisse un peu furent : Pierre de Bruys, Henri de Lausanne, Arnauld de Brescia. La pensée qui les anima était, quoiqu’on en ait dit, la même que celle qui inspira saint Bernard et Pierre le Vénérable : l'épuration du clergé, la spiritualisation de la vie religieuse, mais combien différente fut leur méthode! Celle-ci, qu'ils tiennent d'Abélard, est le libre examen, la critique rationnelle.
On sait qu'à l’axiome de saint Anselme : « Fides præcedit intellectum », Pierre opposa la règle : « Nil credi potest, nisi penitus intellectun sit. » Précurseur de Descartes, il enseigna le premier que le doute est la clef de la sagesse. Devançant les Réformateurs du xvi' siècle, Abélard, dans son « Sic ef non », applhiqua au texte des Pères les règles d'une critique sévere et essaya dans son « /ntroductio ad Theologiam » de donner une explication rationnelle des dogmes de la Trinité et de
l'Incarnation. Ce que le maitre n’avait tenté que sur des textes ou des formules, les disciples l’appliquèrent à certaines institutions et pratiques de l'Église,