III. — ARNAULD DE BRESCIA
.. Avec Arnauld de Brescia, nous abordons le terrain de la réforme politico-ecclésiastique. Pierre de Bruys et Henri de Lausanne n'avaient censuré que les mauvaises mœurs du clergé, la vertu magique des sacrements, les messes pour les morts et l'excès des ornements du culte. Arnauld va s’en prendre à la cause des pires abus de l'Église : le pouvoir temporel des évèques et celui du Pape lui-même. Comme eux et plus directement encore, il procède d’Abélard. Il a saisi ce qu'il y a de meilleur dans la pensée du maître, son sérieux moral, sa méthode rationnelle, son aspiration vers le culte en esprit.
Né à Brescia (vers 1102), il fut destiné de bonne heure à la carrière ecclésiastique, ordonné lecteur de l’église de sa ville natale et étudia d’abord le droit romain à Bologne. Mais, entraîné par son goût pour la philosophie scolastique, qui était une branche de la théologie et florissait alors, il partit, à vingt ans, pour notre capitale. C'était l'époque (1122-1124) où M° Abélard attirait au pied de sa chaire, au‘cloître de Notre-Dame, des milliers d'étudiants. Il achevait justement l’exégèse des prophéties d’Ézéchiel. Le jeune lecteur de Brescia fut bientôt captivé par la