‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 30 sur 92 · Concordia, lib. I, tract · texte numérisé non relu

Concordia, lib. I, tract

le second la foi, et le troisième sera l'amour. Le premier a été l’âge des esclaves, le deuxième celui des fils, le troisième celui des amis. Le premier a été l’âge des vieillards, le second celui des jeunes gens, le troisième sera celui des enfants. Le premier s’est passé à la lueur des étoiles, le second à l'aurore, le troisième sera le plein jour. Le premier a été l'hiver, le second le commencement du printemps, le troisième sera l'été. Le premier a porté des orties, le second des roses, le troisième des lys. Le premier a donné l’herbe, le second les épis, le troisième donnera le froment. Le premier a donné l’eau, le second le vin, le troisième donnera l'huile. Le premier se rapporte à la Septuagésime, le second à la Quadragésime, le troisième sera la fête de Pâques. Le premier âge se rapporte donc au Père, qui est l’auteur de toutes choses, le second au Fils, qui a daigné revêtir notre limon, le troisième sera l’âge du Saint Esprit dont l’apôtre dit : « Là oùest l'Esprit du Seigneur, là est la liberté\. »

Scrutant plus avant l'avenir, le voyant de Flore s’était efforcé de calculer l'avènement de ce troisième âge, c'està-dire le moment où le Saint Esprit triompherait. A cette fin, empruntant le chiffre de quarante-deux générations à la généalogie de Jésus-Christ dans saint Matthieu et comptant trente années par génération, il avait estimé la durée de chaque âge à quarante-deux fois trente années soit mille deux cent soixante années. D’après cette base, la seconde époque se terminerait en l’an 1260, et c’est alors que se lèverait le premier jour du troisième âge, appelé de tous ses vœux.

Cet avènement du Saint Esprit devait, comme la pa- : rousie de Jésus-Christ dans l'Apocalypse, être précédé par la venue d’un Antechrist, et les guerres entre Guelfes et Gibelins qui désolaient alors l'Italie, lui semblaient des signes avant-coureurs de l'événement.

4. Concordia, lb. V, cap. 84, traduit par £. Gebhart, l'I{alie mystique,

Telles furent les idées hardies de Joachim, qui se propagèrent sans bruit pendant la première génération après sa mort. Mais, en 1254, elles furentreprises par Gerardo di Borgo San Donnino, dans son Jn/roductorius in Evangelium ælernum, qui reproduisait les trois livres de Joachim de Flore, mais en y interpolant force gloses qui renfermaient des critiques contre l’Église romaine et les Franciscains conventuels. Jean de Parme, général élu par le parti de la stricte observance, ne se fit pas faute d’y puiser des armes contre ses adversaires. Les Réformateurs du xvi° siècle, à leur tour, réimprimerent les principaux écrits du célèbre abbé et le rangèrent parmi les témoins de la vérité et les prophètes d’une Réforme évangélique au moyen âge !. Mais, n’anticipons pas : entre temps avait paru le type idéal de cet âge des moines, qui, d’après Joachim, devait mettre le couronnement à l'édifice de l'Église, François d'Assise.

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