‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 31 sur 92 · III. — SAINT FRANÇOIS D'ASSISE · texte numérisé non relu

III. — SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

Parmi les apôtres dela pauvreté, il n’en est pas de plus grand, parce qu'il n’en fut pas de plus sincère, que saint François, le fondateur des « Pauvres pénitents d'Assise » ou Frères Mineurs. C'est avec raison que Dante a fait de lui, avec saint Dominique, un des deux anges que la Providence avait destinés comme guides à l'Église, le Séraphin. « Entre Tupino et la rivière qui coule de la colline choi- « sie par le bienheureux Valdo, dit-il, descend d'une « haute montagne (le mont Subasio) une côte fertile, à « l'endroit où Pérouse reçoit le froid et le chaud par la « porte du soleil et, sur l’autre versant, pleurent sous un « joug pesant Nocera et Gualdo. Au point où cette côte « adoucit sa pente, naquit au monde un soleil, comme celui- « ci sort du Gange. Et que ceux qui veulent parler de

4. Voir Matthias Flacius Illyricus, Catalogus leslium verilalis, qui anle nostram ælatem reclamarunt Papæ. Basileæ, MDLVI (p. 664).

« ce lieu ne l’appellent point Assise, mais Orient... Ce « soleiln’était pas encore loin de son lever, quand il com- « mença de faire sentir à la terre quelques bienfaits de « sa grande vertu; car, étant tout jeune, il résista à son « père pour l'amour de cette femme, à qui, comme à la « mort, personne n'ouvre la porte avec plaisir. Elle, « veuve de son premier mari pendant onze cent années « et plus, délaissée et obscure, avait attendu jusqu'à « celui-ci, sans être recherchée de personne. Il ne lui ser- « vit de rien d’avoir été si fidèle et hardie, que lorsque « Marie resta au pied de la croix, elle y monta avec le « Christ!. Or ce soleil, devant sa cour spirituelle et en « présence de son père, s’unit à elle et puis, de jour en « jour, l'aima plus vivement. »

Voilà en quels termes le grand poète a dépeint le pays natal et la passion de saint François pour la pauvreté. Ce qu'il n’a pas dit, c'est que cet amant de dame Pauvreté sortait d'une famille riche et qu'il avait reçu une bonne éducation littéraire. S'il fut un assez médiocre élève à l'école latine de Saint-Georges, à Assise, il apprit les premiers éléments du français de son père qui, pour son commerce, voyageait souvent en France et lui donna ce nom de François à dessein et, soit par ses lectures, soit par les récitations des jongleurs ambulants, il connut nos troubadours provençaux?. Ces poèmes, qui célébraient l'amour et les exploits des preux, firent une profonde impression sur le jeune Assisiate et éveillèrent en lui la verve poétique. Il avait formé avec ses amis une caste ou cercle pour l'étude du gai savoir; lui-même donnait l'exemple et allait souvent par les rues chanter des sérénades en l'honneur des belles. I fut ainsi jusqu'à vingtcinq ans un joyeux Compagnon, goûtant à toutes les volup-

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