‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 34 sur 92 · PESNILIE SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV · texte numérisé non relu

PESNILIE SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV

TABLEAU DE L'ÉPOQUE

Cette époque est, à beaucoup d'égards, le prolongement de la précédente. On y voit se continuer les mouvements commencés au xn° siècle; seulement, les uns déclinent ou s'arrêtent; les autres, au contraire, déterminés par des causes plus profondes, s'accélèrent et grandissent. Tel fut, en particulier, le courant qui portait à la réforme de l'Église.

Les croisades contre les Sarrasins se succédèrent dans la première moitié du xx° siècle, mais en déviant de plus en plus de leur but originel vers des objets politiques, elles perdirent leur popularité, et, n'étant plus, en certains cas secondées par le Saint-Siège, s'affaiblirent. La dernière croisade, entreprise par saint Louis, plutôt pour l'accomplissement d'un vœu personnel que dans l'intérêt des chrétiens d'Orient, n’alla pas plus loin que Tunis. C’est plutôt contre les infidèles de l’intérieur, Albigeois et Vaudois, que contre les Musulmans, que les Papes prèchèrent désormais la guerre sainte.

Les Ordres mendiants, fondés au début de notre période par saint François d'Assise et saint Dominique, prirent une rapide extension par la faveur du Saint-Siège, qui les employa soit à combattre et surveiller les hérétiques

(Dominicains où Frères Prècheurs), soit à évangéliser les classes populaires (Franciscains où Frères Mineurs). C'est à leur émulation qu'est due la floraison de la prédication en langue vulgaire et la formation de sociétés laïques, coopérant à des œuvres de foi ou de charité (tertiaires).

« Si, dans la première phase du siècle, a dit M. Lecoy « de La Marche, les moines de Citeaux jouent dans la « chaire le principal rôle, les Frères Prêcheurs et les « Mineurs les éclipsent dans le second tiers, quand ils « eurent atteint tout leur développement. Dès lors, on ne « rencontre plus pour ainsi dire parmi les prédicateurs « que ces religieux et les docteurs de l’université de « Parisf. » Les églises retentirent alors de la voix des Jacques de Vitry et des Foulques de Neuilly, de Robert de Sorbon et de Hugues de Saint-Cher, de maître Albert et de saint Bonaventure.

Mais, à partir de 1260, depuis que Les fils de saint Dominique et de saint François eurent pénétré dans les écoles et y lurent Aristote, l’art oratoire eut recours aux procédés de la scolastique et perdit la spontanéité, l'inspiration qui l'avaient fait briller d’un si vif éclat à la fin du xir° siècle et au début du xr1°, pour tomber, soit dans le trivial, soit dans les subtilités.

Les moines mendiants, en effet, avaient réussi, malgré la vigoureuse résistance des séculiers, dont le champion fut alors Guillaume de Saint-Amour, à forcer les portes de l’Université de Paris, sur laquelle saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin devaient jeter un si grand lustre. Ces centres de hautes études, dont il n’y avait encore qu'un ou deux au x1r° siècle, s'organisèrent et se multiphèrent au xrr°. Les rois et empereurs encouragèrent l'étude du droit romain et des sciences, afin de s’en servir contre le Saint-Siège. En France, outre l’université de Paris, qui doit ses premiers privilèges à Philippe-

1. Lecoy de la Marche, la Chaire française du moyen dge, 2° édit. Puris, 1886.

Page 1