‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 35 sur 92 · LE XIII‘ SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV · texte numérisé non relu

LE XIII‘ SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV

Auguste et à Innocent IIT, se fondèrent celles de Montpellier et de Toulouse. C’est dans la première que fut faite, vers 1250, la première version française des livres saints.

L'Italie n'avait, au xu° siècle, que l'école de Bologne pour le droitet celle de Salerne pour la médecine; l'empereur Frédéric I, roi des Deux-Siciles, fit, au xur° siècle, de l’université de Naples un foyer de libres recherches scientifiques et philosophiques. Padoue devint l’émule de Bologne pour l'étude du droit : Modène, Verceil et Vicence allumèrent de plus petits foyers de lumière. Les rois d'Espagne, à leur tour, fondèrent les universités de Palencia, Salamanque (1243) et de Séville (1254). Enfin les souverains de la Grande-Bretagne organisèrent Oxford et Cambridge sur le modèle de l’université de \ Paris.

Tandis que grandissait ainsi le rôle des universités et des ordres mendiants, la puissance du Saint-Siège déclinait. Si le Pape conservait encore le gouvernement officiel, la direction morale des esprits lui échappait de plus en plus. La lutte s’aggrava et s'envenima, au cours de cette période, entre le Saint-Siège et les rois, représentants du pouvoir civil et de l'autonomie nationale. Elle ne resta plus limitée, comme au x1° et au xn1° siècles à la querelle des investitures; mais elle s'étendit à tous les rapports du pouvoir civil et du pouvoir ecclésiastique. En fin de compte, Rome, après avoir été si puissante et si glorieuse sous le pontificat d'Innocent IT et ses successeurs, compromit son autorité, en voulant empiéter sur le domaine de l'État et en prétendant disposer à son gré des couronnes.

L'empire et la royauté résistèrent victorieusement à ces prétentions des Papes, en s'appuyant sur le droit romain et sur la volonté nationale.

Frédéric II, empereur et souverain de Naples, opposa au Saint-Siège l'autorité des anciens Conciles et l'exemple

des Apôtres; il fit profiter les universités de Naples et de Palerme de la science arabe et fut l’initiateur du rationalisme philosophique. Cette lutte séculaire entre papes et empereurs fut marquée au début du xm° siècle, par le triomphe d’Innocent IIT sur la maison de Souabe et par l'élévation d’un prince d'Anjou sur le trône de Naples, grâce à Clément [IV ; mais elle s’acheva en 1308 par le soufflet donné à Boniface VIIT au nom d’un roi de France et par la captivité des papes à Avignon.

En France, les rois, en leur qualité de rois très chrétiens, assument le droit de réformer les abus de l'Église et d'accomplir certains progrès. Philippe-Auguste rétablit les élections épiscopaies en Normandie, où elles étaient tombées en désuétude. Saint Louis réforme l’administration de la justice et refuse de prêter le secours du bras séculier aux évêques, quand ils abusent du pouvoir d’excommunication contre leurs ennemis, voire même au Pape, lorsque celui-ci veut lever une décime pour faire la guerre à l’empereur Frédéric.

Philippe le Bel alla plus loin, en revendiquant pour l'Église gallicane le droit de se soustraire à l’obédience du Saint-Siège, en cas d’usurpation de ce dernier sur le pouvoir royal. — Marsile de Padoue et Dante le Florentin soutinrent la thèse de la séparation du pouvoir spirituel d'avec le temporel, entre les mains de la Papauté, et défendirent les droits de la conscience religieuse indépendante.

Mais, les meilleurs des rois, moralement ou intellectuellement supérieurs à leur temps, comme saint Louis ou Frédéric IT (de Souabe), ont partagé la grosse erreur du moyen âge, à savoir qu'on avait le droit d'imposer par la contrainte à la conscience l'acceptation du dogme, et même d'exterminer les non-catholiques, Juifs où Musulmans. Saint Louis demanda au Pape Alexandre IV

1. Nous ne mentionnons que pour mémoire Louis de Bavière, Guillaume d'Occam et leur longue lutte contre la Papauté, parce que le théâtre en fut hors des pays latins, en Allemagne surtout.

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