‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 36 sur 92 · LE XII° SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV · texte numérisé non relu

LE XII° SIÈCLE ET LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV

d'étendre à tout le royaume les pouvoirs d'inquisiteur, conférés jadis aux Dominicains dans le seul comté de Toulouse, et l’on connaît sa réponse à Joinville, sur la manière de convertir les juifs. Ainsi le xrr° siècle marqua le paroxysme de cette idée fatale de l'intolérance et de la passion, et la vit consacrée par la discipline de l'Église et par la loi civile.

La force brutale peut bien enrayer, mais non étouffer le progrès des idées justes. Tandis que les Dominicains ou « Domini canes », comme les avait surnommés le peuple, font la chasse aux hérétiques, leurs émules, les Franciscains, donnent naissance au schisme. En présence de la facon dont Élie de Cortone — secondé en secret par le Saint-Siège — avait éludé le vœu de pauvreté formellement imposé à son ordre par saint François, les Franciscains spirituels déclarent une guerre sans merci aux conventuels et adoptent la théorie de l'Évangile éternel de Joachim de Flore.

Les plus avancés des spirituels font même schisme, sous le nom de Fraticelles et d'Apostoliques et se propageant d'Italie dans tout le Languedoc et jusqu'en Espagne; tantôt séparés, tantôt mêlés aux Vaudois, ils se firent, avec ces derniers, les champions énergiques du retour de l'Église à la pauvreté apostolique et de la prédication populaire. Le Saint-Siège leur suscita des concurrents orthodoxes dans les « Pauvres catholiques » de D. de Huesca et dans les Ærmaites de Célestin. Les Vaudois firent mieux encore : ils achevèrent la version des Évangiles des dimanches et fêtes, dans les différents patois populaires et composèrent en langue romane d’admirables poèmes moraux et religieux, dont le plus beau spécimen est la « Nobla Leyczon ».

Tel est, esquissé à grands traits, le tableau du monde religieux au xui° et dans la première moitié du x1v° siècle. Nous allons voir, comment l'esprit de réforme et l’indépendance de la pensée s'y sont manifestés, malgré tant

d'obstacles et de persécutions. À cette époque, comme au xu°sièclenous classeronsles organes de lalibre conscience en aile droite, aile gauche, centre, suivant le degréde hardiesse dans leur protestation.

Nous commencerons par exposer les œuvres réformatrices, accomplies ou tentées par les biblicistes, par les rois, et leurs conseillers, légistes, ecclésiastiques, enfin par le grand poète théologien, Dante.

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