III. — ROIS ET LÉGISTES, RÉFORMATEURS DE L'ÉGLISE
Mais, ce qui touche directement à l’objet de notre étude, c'est l'appui, que des canonistes et des légistes français et italiens prêtèrent à la cause du pouvoir civil en Allemagne.
Les canonistes s'appellent Guillaume d'Occam, Michel de Césène, Fr. de Marca ; Fr. Bonagratia de l'Ordre des Franciscains ; les légistes : Marsiglio (de Padoue) et Jean (de Jandun). C'est à Pise (1328), à la suite de son expulsion de Rome par le parti guelfe, que l’empereur Louis IV, rencontra les premiers, qui venaient de s'échapper d'Avi-
“gnon, où Jean XXII les retenait captifs, et bien vite l’empereur conclut avec ces moines une sorte d'alliance offensive et défensive.
Mais, pour comprendre que des disciples du docile saint François aient été amenés à une guerre ouverte contre le Pape, il faut remonter plus haut. Un historien allemand a spirituellement caractérisé cette lutte, en
disant qu'en général on fait la guerre pour s'approprier un bien que l'adversaire vous refuse; dans ce cas, au contraire, les Franciscains combattirent jusqu'au sang pour maintenir leur droit de ne posséder aucun bien. Quoique plusieurs papes, Nicolas ITF, Nicolas IV et Célestin V (ces deux derniers Franciscains) eussent approuvé la pauvreté absolue des disciples de saint Francois et déclaré qu'en effet l’ordre n'avait aucune propriété, la plupart des Papes et des généraux de l'ordre avaient incliné de plus en plus à se relâcher de la règle de pauvreté absolue, édictée par saint François. C'étaient les Conventuels.
Mais, une minorité importante, les Spirituels, insistaient pour l'observation rigoureuse du principe; par exemple : Jean de Parme, Pierre-Jean d'Olive. Voici à quelle occasion la querelle éclata. Un Franciscain, Bérenger Talon, prit la défense d’un pauvre Fraticelle, condamné par l’inquisiteur de Narbonne (1321), pour avoir soutenu « que Jésus- « Christ etles Apôtres n'avaient possédé aucune propriété ». Talon en appela de la sentence des Dominicains, au Pape. Ce dernier était, hélas! un des pontifes les plus avides; il passait pour n'avoir pas amassé moins de 25 millions de florins en dix-huit ans lII était difficile à Jean XXII d'approuver la thèse franciscaine, sans se blâmer lui-même; aussi par sa bulle « Quia nonnunquam », déclara-t-il la question rouverte'. Or, le Chapitre général des Franciscains, réuni à Pérouse et présidé par Michel de Césène (maïjuillet 1322) déclara que la proposition du Fraticelle et de Talon n’était point hérétique *. Jean XXII, mécontent, publia coup sur coup les bulles « Ad conditorem canonum » (5 décembre 1322) et « Cum inter nonnulla » (12 novembre 1323). Par la première, il renonçait au droit de
1. D'après les décisions de Grégoire IX (1231) et d'Innocent IV (1245), c'était le Saint-Siège qui était propriétaire des biens meubles ou immeubles, acquis ou donnés par les Ordres mendiants; ceux-ci
n’en étaient qu'usufruitiers.