Pour Anaclet
« de mes successeurs, ni que les clefs, à moi confiées, « devinssent le signe d’un drapeau, destiné à combattre « les fidèles. »
« Les causes de la décadence de l'Église, à ses yeux, sont la donation, que Constantin a faite à l'Église, d’un domaine temporel et la fièvre de richesses et de pouvoir, qui s’est emparée des successeurs de saint Pierre, et les détourne de leur vraie fonction, qui serait de gouverner l'Italie et le monde de concert avec l’empereur et d'y faire régner la justice et la paix. La lutte pour la suprématie du monde a divisé ces deux pouvoirs et est fatale à l'Église comme à l'Italie. Écoutez quel accent douloureux a ce passage du Purgatoire (ch. VI). »
Hélas ! Italie esclave, séjour de douleur, Navire sans timonier dans une grande tempête, Reine, non pas des provinces, mais d’un mauvais lieu, Cherche, malheureuse, autour de tes rivages Etregarde dans ton sein, s’il y a un recoin qui jouisse de La paix !... O pays, qui devrais être dévoué et laisser César s'asseoir sur la Si tu entendais bien ce que Dieu te dit... selle, O Albert le tudesque, toi qui l'abandonnes lorsqu'elle est devenue findomptable, Viens voir l'oppression qu'exercent tes nobles et réparer leurs [fautes.
Viens voir ta Rome qui pleure, veuve, abandonnée et criant nuit [et jour :
O mon César, pourquoi m'abandonnes-tu?
Mais, patience, le jour viendra où le Dieu vengeur se réveillera. Il enverra un lévrier, qui poursuivra la louve de ville en ville jusque dans les enfers, d’où elle est partie. Alors paraîtra le Dux, c'est-à-dire un empereur, animé du même esprit que Dante et revêtu de la toute-puissance. Il corrigera ees conducteurs égarés de l'Église et rétablira sur la terre le règne de la justice, de la liberté et de l’amour. (Purgatoire, éh. XXXIIT).
Ainsi, aux yeux de Dante, le pouvoir impérial est supérieur à celui du Pape. C’est la mème doctrine qui est
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exposée dans son De Monarchia. | examine ces trois questions : la Monarchie était-elle nécessaire au bien du genre humain? Le peuple romain a-t-il acquis à bon droit la prérogative impériale? La monarchie impériale vientelle de Dieu immédiatement ou de tel autre vicaire de Dieu? Aux deux premières questions, il répond oui; car c'est la monarchie qui peut le mieux assurer la liberté desindividus et la paix universelle. Dans la troisième partie, Dante affirme que l'empereur ne tient son autorité ni du Pape, ni des seuls électeurs, mais de Dieu même. Il réfute la fameuse théorie de Boniface VIIT sur les deux luminaires et s'accorde, en some, avec les conclusions de Marsile de Padoue. L'empire est de droit divin, au même titre que la Papauté. Il rèêva l'unité et la paix de l'Italie par l'accord des deux pouvoirs.
En somme, Dante fut à la fois monarchiste et catholique ; mais c’est un monarchiste démocrate et un catholique ami des réformes. S'il a rêvé la restauration du vieil empire romain, sous un César allemand, comme Arnauld de Brescia, Marsile de Padoue et tant d’autres, c'est pour délivrer l'Italie de l'anarchie et lui rendre la paix; mais il maintient ce principe que les rois sont faits pour les peuples et n'ont pas l'inverse. S'il veut supprimer le pouvoir temporel des Papes, c’est qu'il a constaté que le cumul nuit à l’accomplissement de leurs fonctions spirituelles et entraine l'Église catholique dans une foule de misères. Il reste fidèle, dans son ensemble, au dogme catholique, fervent adorateur de la Vierge et des saints; mais, par sa conception élevée du christianisme, il l’élargit etle sprritualise. Il fait de Jésus-Christ le vrai chef de l'Église et le souverain pasteur des âmes; il admet le concours de la philosophie avec la théologie dans la recherche de la vérité et place l'Écriture Sainte au-dessus de toutes les décrétales des Papes et des maximes des Pères. Au fond, il en appelle des décisions souvent iniques des Papes à la conscience, assistée par l'Esprit-Saint et par la Sainte Écriture. C'est là, en der-
nière analyse, son critérium suprême en matière de foi
et c'estaussi par là que, à sa manière, le grand poète Floren-
tin aété un champion de l'indépendance religieuse au moyen âge et qu'il a frayé la voie à Savonarole et aux réformateurs du xvi° siècle.
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