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dire ceux de l'Écriture et de votre propre conscience, puis la crainte du jugement divin; enfin, l'exemple de vos parents et des saints, par exemple de saint Louis, roi des Français.
« Vous ne devez pas vous laisser détourner de suivre les préceptes de l'Évangile par le qu'en dira-t-on, car le Seigneur a dit : « Vous serez heureux quand les hommes diront du mal de vous. » Quant à vos doutes, il faut croire fermement que toute la Sainte Écriture évangélique est la tradition et doctrine de Dieu et que Jésus de Nazareth est ce Messie, qui avait été promis aux Pères pour rédempteur. Ne vous inquiétez donc pas de la corruption du clergé, car Jésus-Christ avait prédit que des temps viendraient, où «4/ surmiendraut des faux prophètes. »
« Quant à la troisième cause de doute (la conduite du Souverain Pontife), si les Papes ne tiennent pas compte des avertissements qui leur ont été donnés, ils seront déposés, comme cela avait été prédit au seigneur Boniface VIII. Des hommes néfastes détruisent la cité de l’'Agneau céleste, surtout dans le siège qui se glorifie de la perfection apostolique, en renversant la vérité de l'Évangile par leur mauvais exemple.
« Par leurs prédications, ils corrompent la doctrine en violant les limites de la règle, imposée aux fondateurs de l'Église, à savoir limitation de la vie des apôtres, en condamnant et persécutant à mort tous ceux qui leur reprochent leurs vices — en condamnant et brûlant les Saintes Écritures, qui expriment la vérité, et sont un reproche à leurs transgressions — en interdisant, sous peine de mort, de lire ou d'étudier la Sainte Écriture — en s’efforçant par leurs calomnies d’éteindre la mémoire des hommes qui sont morts en confessant la vérité, en persécutant ceux qui veulent vivre dans l'humilité et la pauvreté et en excitant contre eux des pontifesignorants. Les chefs de l'Église endormis n'ont pas écouté ces
« sages avis. Le Seigneur leur fera donner un troisième « avertissement. S'ils le négligent encore, Dieu, d'ici à trois « ans, exécutera sur eux un terrible jugement, qui frap- « pera d’épouvante les hommes d'Orient et d'Occident. »
Le roi de Sicile, d’après le chroniqueur cité par Flacius [lyricus, aurait adhéré aux exhortations du médecin espagnol et déclaré son ferme propos de vivre selon la règle de l'Évangile et de protéger tous ceux qui voudraient en faire autant. Et, pour sceller ses bonnes résolutions, Frédéric, aurait envoyé une lettre conforme à son frère Jacques roi d’Aragon!.
I ne faudrait pas croire que ces idées de réforme de l'Église par un retour à la vie des Apôtres restassent confinées dans une élite de souverains ou de savants. Par les troubadours et les Frères Mineurs, elles se propagèrent dans la bourgeoisie et jusque dans les rangs du peuple.
Les premiers, témoins des violences de la croisade Albigeoise, en avaient ressenti une grande indignation contre le Saint-Siège, qui avait déchainé ce fléau dans les plaines florissantes du Midi de la France. Voici, par exemple, un sirvente, composé par Guillaume Figueira, troubadour de Toulouse (1214-1276)°?.
« Je ne m'étonne pas, à Rome, si les peuples sont dans « l'erreur, car c’est toi qui as précipité le siècle dans la « guerre et dans la misère! Par toi, mérites et vertus « meurent et sont ensevelis! Rome trompeuse, la con- « voitise t'affole, de sorte que de tes brebis tu tonds la « laine de près; mais, si le Saint Esprit, qui fut incarné, « entend mes prières, il brisera ton bec de vautour !
1. Ce remarquable entretien d'Arnauld de Villanova avec le roi de Sicile, Frédéric II, fut d'abord publié en partie par Flacius Ilyricus : dans son Cataloqus lestium veritalis qui ante nostram ælalem Pontifici romano ejusque erroribus reclamaverunt. Argentina, 1562. Il a été publié in extenso, avec les lettres des deux princes, par M. Menendez Pelayo, dans son Historia de los Heterodoxos Españoles. Madrid, 1880,
3 vol. in-8°. Appendice du vol. I.
2. F, Diez, Leben und Werke der Troubadours. Leipzig, 1882, p. 454.
« Rome, aux niais tu ronges la chair et les os et tu conduis les aveugles avec toi dans la fosse. Tu transgresses trop les commandements de Dieu, car ta convoitise est si grande, que tu pardonnes les péchés pour des deniers.
« Rome, tu aspires à la seigneurie du monde, mais je me console à la pensée que sans tarder ta viendras à mauvais port, si l'Empereur fait son devoir!
« Rome! tu verras déchoir ta puissance, et veuille Dieu, mon souverain, me rendre témoin de ta ruine, avant que je meure! »
Peire Cardinal, un troubadour de Puy-Notre-Dame en
Velay (1210-1300), fils d'un chevalier et qui vécut à la cour de Jacques l°* d'Aragon presque centenaire, n’est pas moins acerbe dans ses critiques du clergé de son temps.
Les prêtres travaillent des pieds et des mains pour gagner tout le monde, dussent plusieurs en pàür. Ils les gagnent en prenant et donnant, par leurs pardons et leurs mômeries, leurs indulgerces et leurs carêmes, leurs sermons et leurs débauches, tantôt avec Dieu, tantôt avec le diable. »
Il n’est pas plus indulgent pour les moines. « Les Jacobins, dit-il, après avoir banqueté, n’ont d'autre souci que de discuter pour savoir quel est le meilleur vin. Ils ont institué une cour de dégustation. Si quelqu'un ose les blâmer, ils le traitent de Vaudois. Ils cherchent à découvrir les secrets des particuliers, afin de se rendre plus redoutables! ».
On sent dans ces imprécations un écho des colères,
qui grondaient sourdement dans l'âme du peuple, foulée aux pieds par les ordres de pontifes, plus politiques que religieux.
Il en fut de même, parmi les disciples de Saint-François.
On à vu comment une élite guidée par plusieurs théolo-