‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 49 sur 92 · Voir le tableau au Musée du Luxembourg, à Paris · texte numérisé non relu

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Il fut mis en jugement (juillet 1319) et n’échappa à la mort, sans doute, qu’à cause de ses cheveux blancs... Il fut dégradé et jeté dans les prisons des Dominicains, où il mourut !.

Pierre de Lugo (Petrus Lucensis) est un des derniers membres de la secte des Apôtres, dont il reste trace dans l’histoire. On a quelques détails sur ses idées, par les actes du procès, que lui intenta l’inquisition de Toulouse et qui dura deux ans (1320-1321). Né à Lugo, ville de la Galice espagnole, il était fils de Vivien, bourgeois de cette ville, et déclara que, vingt ans auparavant, il avait été converti à la vie des Apôtres, dans la pauvreté de l'Évangile, par un certain Richard, d'Alexandrie (en Lombardie). Il croyait pouvoir obtenir son salut en menant cette vie, à condition de ne pas pécher contre les commandements. Interrogé, s’il croyait que le Pape et les prélats de l'Église romaine fissent mal en persécutant cette société, il répondit que oui. — « Mais ne vous sen- « tez-vous paslié par la sentence d'excommunication por- « tée par les Papes contre G. Segarelli, fra Dolcino et les « autres membres de l’ordre? — Réponse : « Une sen- « tence d’excommunication prononcée injustement par « quelqu'un est caduque et sans effet. »

On lui demanda s’il croyait au salut de ceux qui avaient subi la mort à cause de cet ordre, par exemple de Gérard Segarelli? Il répondit que oui, et déclara qu'un chrétien, surtout s’il est un clerc lettré et instruit en la Sainte Écriture, ne doit jamais livrer un autre chrétien à la mort.

Pedro de Lugo exposa devant ses juges beaucoup d’autres choses concernant l’Ecriture Sainte, selon son intelligence, dans le dessein d'attaquer l'Église romaine. Entre autres, il dit que, sous le pape Sylvestre, l’état

4. Voir Hauréau : Bernard Délicieux, Un épisode de l'Histoire de l'Inquisition albigeoise. Paris, 1877. — Comp. Baluze, Vitæ, t. Il, p. 344-

de pauvreté, dont Jésus-Christ et les Apôtres avaient donné l'exemple, fut changé et la sainteté disparut de l'Église. Il soutint aussi qu'il y adeux sortes de pauvreté : l’une parfaite, qui fut celle des Apôtres et de leurs imitateurs qui ne possèdent rien en propre, ni en commun, et l’autre imparfaite, celle des religieux de Saint-Benoit, Saint-Augustin, etc.

Il y avait de même, d’après lui, deux sortes d'Églises : l’une spirituelle, formée par ceux qui vivent dans la pauvreté parfaite, l'humilité et l’obéissance à Dieu, et l’autre charnelle, gouvernée par les évêques et prélats de l'Église romaine. Interrogé, s’il croyait que le Pape, vicaire de Jésus-Christ, pouvait faire des statuts et ordonnances, obligatoires pour tous les chrétiens, en vertu de son pouvoir de lier et délier, il répondit qu'il avait entendu dire à un lettré, qu'on entendait mal ce passage. Invité à prêter serment, il refusa d’abord par conscience et puis parce que cela était interdit par l'Épître de saint Jacques et par l'Évangile de Jésus-Christ.

Une autre victime de l'intolérance fut ce Pero Jean Ruiz, archiprêtre de Hita, qui fut jeté en prison par ordre de l’archevèque de Tolède, parce qu'il avait censuré trop hardiment les abus de l'Église romaine. On lui attribue un poème satirique appelé « Rabbi da Santob », dédié à Pierre le Cruel. Il y met, dans la bouche d’un Juif, des critiques mordantes contre la Papauté. « Si tu as des « deniers, dit-il entre autres, tu auras consolation, plai- « sir et joie, tu obtiendras du Pape des bénédictions et « tu achèteras le salut au paradis. Là où il y a beaucoup « d'or, il y a beaucoup de hénédictions. J'ai vu en cour « de Rome que tout le monde cède à l'argent, et qu'on « l'adore comme une Majesté. L'argent crée des abbés « et des évêques : il peut changer la vérité en men- « songe ?. »

1. Philippe a Limborch, Historia Inquisitionis, Il° partie, p. 183. 2. Voir Collacion de poesias Castlellanas anteriora al siglo XV.

Ainsi, au début du xiv‘ siècle, des troubadours, des enfants perdus et même des prêtres de la famille franciscaine en étaient venus à placer le salut, non pas dans les sacrements, mais dans la conformité à la foi et à la vie des apôtres. Ces hommes furent les précurseurs des anabaptistes et des quakers.

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