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écrit-elle à Gérard du Puy, nonce apostolique, de médecins des âmes qu'ils devaient être, en sont devenus les meurtriers par leur orgueil, leur cupidité, leur impureté. Ils voient comment les âmes de leurs ouailles sont séduites par le démonetils n’en ont cure ! Que disje ? beaucoup de laïques, qui mènent une bonne et sainte vie, devraient faire rougir ces clercs, transformés en marchands de grâce divine!. »
Et, dans son Dialoque, elle met ces mots dans la bouche
de Jésus-Christ :
« Is (séculiers et religieux), ne nourrissent pas les âmes de prières ferventes et des exemples d’une vie honnête ; ils n'assistent pas non plus les pauvres des
- biens de l'Eglise. Ils font le contraire; non seulement
ils ne donnent pas ce qu'ils sont obligés de distribuer aux pauvres, mais encore ils dépouillentle prochain par leur simonie et leur passion de l'argent. Ils vendent les grâces du Saint Esprit. Ce que je leur ai donné gratuitement, ils le refusent à ceux qui en ont besoin, à moins qu'on ne les comble de présents?. »
« Les maux dont souffre l’Église, écrit-elle ailleurs, sont comme les coups de fouet dont se sert le Christ invisible pour chasser les marchands de « son temple » et pour ramener l'Église, « sa chaste épouse », à son état primitif de pauvreté, de douceur et d’humilité; car alors on ne se souciait que de l'honneur de Dieu et du salut des âmes et non pas des biens temporels”. »
Il y a, dans ces paroles, une réminiscence des appels de
saint François d'Assise, en faveur de « Dame pauvreté ».
Enfin, après avoir adressé ses remontrances aux sei-
gneurs et magistrats des Républiques italiennes, aux prélats et aux religieux, sainte Catherine fait monter ses doléances jusqu'au trône du Pape, ce « Christ en terre »,
1'ÉLettere Al pet 2. Dialogue, ? 121.
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comme elle l'appelle, et cela au nom de Jésus, sans autre mandat que celui qu'elle tenait de sa conscience et de sa foi.
Toute discrète qu'elle fût — car elle n'avait rien abdiqué de la modestie et de la réserve féminines — elle accepta des Florentins la mission d'aller à Avignon négo- .cier la paix avec le Souverain Pontife et elle ne rougit pas de parler en audience, seule, devant le Pape entouré de ses cardinaux. |
Bien plus! elle ne cessa d’exhorter Grégoire XI à rentrer à Rome, pour travailler au salut des âmes et à la réforme de l'Église :
« Il me semble, lui écrit-elle, que le conseil des gens « de bien regarde seulement au cœur de Dieu, au salut « des âmes et à la religion... Je vous prie, de la part du « Christ crucifié, qu'il plaise à Votre Sainteté de se «mettre bientôt en route... Allez donc, bientôt, vers votre « Épouse, qui vous attend, le visage pâle, pour que vous « lui rendiez des couleurs... Gardez-vous d’ailleurs d’em-
« ployer la violence et la guerre. Les Italiens — elle les « connaissait bien — seront bien plus facilement gagnés
« par la douceur et la bonté que par les menaces. » Et elle lui propose, à lui aussi, l'exemple de Celui, dont il est le vicaire : « Vous avez besoin de l’aide du Christ cru- « cifié; placez donc en lui votre affection et vos désirs, « et non pas dans l’homme et des secours humains. Ce « doux Jésus veut que l'Église retourne à son doux état «€ primitif.
« Oh ! quelle béatitude goûtera votre âme et la mienne, « lorsque je vous verrai être l'initiateur d'un si grand bien, « à savoir que cette œuvre, que Dieu a permis de faire de « force, s’accomplisse par l'amour! Et les moyens de l’ac- « complir sont la paix et l'emploi de pasteurs vrais, ver- « tueux et humbles, qui se trouveront quand vous vou- « drez; car, deux choses ont fait perdre à l'Église ses « biens temporels, la guerre et le manque de vertu. Là
«où il n’y a pas de vertu, il ne peut y avoir que guerre « contre le Créateur!. »
D'après ces extraits de ses Lettres et de son Dialogue myslique, on ne saurait douter que sainte Catherine de Sienne, comme tous les croyants sincères, depuis saint Bernard jusqu'à Savonarole, n’ait souffert de la décadence morale de l'Église et qu’elle n'ait consacréses plus grands efforts pour la relever et la régénérer. Elle a réussi partellement.
Des trois remèdes qu'elle préconise : retour du Pape à Rome par des voies pacifiques, meilleur recrutement du clergé, sacrifice des intérêts temporels du Saint-Siège au bien spirituel de l'Église, le premier seul fut appliqué. La fille d'un teinturier obtint, par ses tendres sollicitations, ce que ni prince, ni empereur n'avaient pu gagner. Grégoire XI quitta Avignon pour rentrer à Rome ; mais 1l n'eut pas le courage d'y rester. Urbain VI, fit de même et retourna à Avignon. Ce que sainte Catherine avait prévu arriva : l'exil de Babylone engendra le schisme d'Occident et sainte Catherine eut la douleur de survivre à ce déchirement de l'unité catholique.
Mais, si la cause qui lui était chère, la régénération de l'Église, ne triompha pas tout d'un coup, elle eut du moins le mérite d'avoir misle doigt sur les réelles causes de la déformation.
L'année même de sa mort, naissait à Sienne ce Bernadin qui, par son éloquence entrainante, devait travailler avec tant de succès au relèvement des mœurs. Et, au siècle suivant, Baptiste de Mantoue (vers 1516), poète et théologien, par ses écrits, devait continuer la tradition de Pétrarque et de sainte Catherine, en contribuant à la réforme de l'ordre des Carmes.
En somme, sainte Catherine de Sienne, par sa pureté absolument virginale et par son héroïque charité, avait
1 Letter tp AMÉE
déjà obtenu, chose rare chez des concitoyens et des contemporains ! le renom d’une sainte et d’une prophétesse : la postérité, en confirmant ce verdict, doit lui assigner une place d'honneur entre saint François d'Assise et Savonarole, parmi les précurseurs de la réformation.