‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 59 sur 92 · LEE PRÉCURSEURS DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LEE PRÉCURSEURS DE LA RÉFORME

Groote, Radewyns, Thomas a Kempis, est animé du même esprit. On y sent le même dégoût de la scolastique et le même désir d'entrer en communication directe avec le Jhrist et Dieu par la méditation intérieure. I revêtit, vers 1368, l'habit de Saint-Dominique et se voua dès lors à la prédication populaire, qu'il exerça en Espagne, en France, en Italie.

Il était doué d’une telle éloquence qu'il se faisait comprendre, même par ses auditeurs français et italiens, et cela donna lieu à la légende qu'il avait le don des langues. J’ai trouvé dans la correspondance de Clamengis un témoignage de l'impression extraordinaire produite par V. Ferrier surses auditeurs : «Né en Celtibérie (Aragon)° écrit-il à Reginald de Fontaines, il vint, il y a quelques « années, en Italie. À peine y eut-ilmisle pied, qu'il parla si « couramment, d’une façon distincte etintelligible lalangue « de ce pays, que, si tu l'avais entendu, tu aurais cru qu'il « étaitindigène. Les Italiens assuraientne pas mieux se com- « prendre entre eux qu'ils ne l’entendaient tous. I était « accessible même aux femmes illettrées. — Cela ne « t’étonne peut-être pas, eh bien! voilà qui est plus éton- « nant encore. Cet orateur parle de telle façon en italien, « qu'ilse rend intelligible non seulement aux Italiens, mais « même à des étrangers, qui n’ont rien de commun avec « la langue italienne. J'ai oui dire à un Allemand, qu'ilavait « tout compris dans un sermon de Ferrier. Moi-même, quine « sais qu'à demi l'italien, j'avoue que j’entendis ses paroles, « aussi bien que je comprends les tiennes. »

Ses sermons donnèrent lieu à des scènes de flagellation. « Vincent Ferrier », dit Estienne de Médicis, « se faisait « accompagner de 80 à 100 religieux, qui se donnaient « la discipline; voyant et contemplant ces dévotes gens

1. Voir le père Fages, Hisloire de saint Vincent Ferrier. Paris, 1894, 2 vol. Comp. un curieux article de M. Paul Meyer, dans la Romania de 1881 sur les prédications de V. Ferrier.

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