Gersonii Opera, anno 1796, t. III, p
l’évêque de Cambrai inspecta les diocèses de Bâle, de Cologne, Utrecht, Mayence, Toul, Trèves et jusqu'à Salzbourg (141%) et tâcha d'y réaliser une partie des réformes qu'il avait préconisées dans son Tractatus. Il s’efforçait de réveiller chez les clercs la piété intérieure, par la méditation des Écritures et la prière!, et il encouragea, dans les monastères, la copie des Écritures et la vie ascétique, en comblant de privilèges les couvents de chanoines de Windesheim, cette branche monastique des Frères de la Vie commune.
D'ailleurs, ilne désespérait pas de convertir Jean XXIII à ses idées de réforme et lui adressa, peu avant le Concile de Constance (fin de 1414 ou début de 1415), une nouvelle et pressante lettre. Après avoir reproduit l'avertissement apocalyptique, que naguère un maitre de Bruxelles avait fait entendre à Urbain V, il dit : « Il faut commencer « la Réforme par nous-mêmes, corriger nos mœurs, dimi- « nuer le faste, élever vers Dieu nos mains et nos cœurs « pour implorer sa miséricorde, car, si nous ne voulons « pas attirer sur elle de plus grands maux, il faut « abolir les abus condamnables de l'Église au prochain « Concile. Déjà le Schisme a provoqué chez beaucoup « de princes et peuples chrétiens un tel dégoût, qu'ils « ne veulent plus entendre parler d'union et de ré- « forme, à la grande joie des hommes sans conscience, « mais tous ces méfaits seront châtiés. » D’Aïlly invoque alors les prédictions inspirées du vénérable abbé Joachim de Flore et de sainte Hildegarde, abbesse de Bimgen. Il termine en suppliant le Pape d'entreprendre, avec le concours du Sacré Concile, cette œuvre du salut de l'Église ?.
Étant donné le caractère si peu religieux et moral de Jean XXIIT, nous pensons qu'il ne prit guère au sérieux
1. Voir son traité « Super Oratione dominica », Super « Judica me Deus » dans ses Tractatus et Sermones. Argentoratum, 1490.
2, La lettre doitêtre postérieure au 30 octobre 1413, date de la convocation impériale etantérieure au 1°* novembre 1414.
cet appel ému; le prélat mondain, rusé et cupide dut sourire de la naïveté de l’austère évêque de Cambray. Il fallut la nécessité politique, où il fut réduit par l'attaque soudaine du roide Naples, pour le décider à convoquer le Concile général à Constance, sur les instances de l'empereur Sigismond.
Nous n'avons pas à raconter ici l’histoire de ce Concile sur lequel nous reviendrons, d’ailleurs, à propos de Gerson. Nous y marquerons seulement la place de d’Aïlly, qui fut considérable. Lorsqu'il fit son entrée (21 février 1415) avec les quarante-quatre députés de France, l’archevèque de Reims, et, entre autres, Gerson, chancelier de l’université de Paris, tous les cardinaux allèrent à sa rencontre, pour lui faire honneur. Il fut en effet, reconnu par tous, comme le chef de l’opposition au Pape, comme le docteur le plus illustre. Nommé président de la « commission de l'union », d’Aïlly y fit prévaloir le principe de la suprématie du Concile sur le Pape et développa cette pensée que « ni la véritable union n'était possible sans « réforme, ni la réforme sans union. »
Dans la commission, chargée de remédier au schisme des Bohémiens, il eut plusieurs fois à interroger Jean Huss et, pris d’une certaine sympathie pour ce prêtre austère, qui voulait comme lui une réforme de l'Église, il essaya d'obtenir de lui qu'il reconnût l'autorité du Concile en cette matière. C'eût été le salut pour le maitre de Prague; mais celui-ci, fort de sa conscience et se refusant à toute concession qui eût ressemblé à une rétractation, résista obstinément. Notre cardinal, ainsi que Gerson, prit la défense des Frères de la Vie commune, injustement accusés par le dominicain Grabow et les fit acquitter (3 avril 1418),
D'Aïlly composa, pendant la tenue du Concile de Constance, son traité de /a Réformation, mais, par une regrettable inconséquence, se séparant de Gerson et de la plupart des députés de France et d'Allemagne, vota pour la priorité de l'élection d’un Pape, avant d’aborder l'affaire des
EE # À rpE MÉRUE, HE 5 à d 1 < ets PA 9
réformes. Le Concile décréta seulement, en cette matière, la convocation triennale des Synodes provinciaux, et décennale du Concile général. |
Le cardinal de Cambray prit part à l'élection du pape Martin V (Othon Colonna), qui le nomma légat pour la France. En cette qualité, il fixa sa résidence dans ce palais d'Avignon, où 1] avait été tant de fois comme député de l’université de Paris ou de la Cour de France, faire des démarches infructueuses auprès de Benoit XII.
C’est là que mourut, en 1420, Pierre d’Aïlly, convaincu par une amère expérience, que la réforme de l'Église n’aboutirait jamais, si celui qui y présidait n'avait pas à la fois de la bonne volonté, une conduite habile et dela persévérance. Et pourtant les réformes, qu’il avait réclamées dans ses lettres à Jean XXIIT et dans ses propres traités, étaient aussi modestes que légitimes. Elles portaient sur ces quatre points:
1° Que l’on changeât la tradition, en vertu de laquelle une seule nation (l'Italie), par la majorité de cardinaux qu'elle avait au Sacré Collège, accaparait le Saint-Siège;
2° Que l'élection du Pape eût lieu dans un délai plus bref, afin de couper court aux intrigues:
3° Que personne ne fût nommé évêque, s'il n'était versé dans la Sainte Écriture et de mœurs irréprochables;
4° Que tout évêque résidàt au siège de son diocèse et le visität fréquemment :
5° Que l’on ramenât les ordres monastiques à la stricte observation de leur règle.
Or, la Cour de Rome ne voulait même pas accepter ce minimum de réformes.