‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 65 sur 92 · Gersontii Opera, t IN, p · texte numérisé non relu

Gersontii Opera, t IN, p

tant qu'il choisira le Pape parmi les cardinaux, ce qui serait étrange sous la plume du cardinal de Cambrai!. Ce traité était adressé à Gerson, chancelier de l'université de Paris et émane sans doute d'un universitaire, adversaire radical de la Papauté. |

Le second traité « De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam in concilio universali », publié deux ou trois ans après (1413-1414), a été attribué à Gerson, dédié à Pierre d’Ailly et même inséré dans ses Œuvres complètes ; mais il nous paraît bien, après un sérieux examen, qu'il n’est pas de lui?. Il émane du cercle des disciples de Théodore de Niem et pourrait être d'André, abbé du monastère bénédictin de Randulf, diocèse de Bracara. L'auteur distingue entre l'Église catholique, qui a pour chef le Christ, et l'Église apostolique, qui a pour chef l’évêque de Rome. Le Pape, en tant qu'homme, est sujet au péché et à l'erreur, sa dignité ne lui confère ni la sainteté, ni l’infailibiité du Saint Esprit; donc il peut être repris. Le Concile général, même s'il n’est pas présidé par le Pape, lui est supérieur, car 1l est la représentation suprême de l'Église. Le Concile, pour mettre fin à un schisme, a le droit et le devoir de destituer le Pape; et, en outre, pour assurer l'avenir de l'Église, il a le droit de limiter la puissance du Pape et des cardinaux. On ne doit obéissance qu'au Pape et aux évêques qui imitent le vie de Jésus- Christ, des apôtres, non pas à ceux qui se conduisent comme Ponce Pilate.

1. Cum igitur pateat, quod apud Papam et ejus collegium cardinalium nulla vigeat charitas, quoad alios prælatos christianos, sed perpetua et insatiabilis rapacitas potius ardeat in eisdem, ut dicebatur. buto, quod generale concilium convocaretur, et fieret, sicut divis et consulis fieri debere, qualis ex hoc utilitas universalis Ecelesiæ resultaret ?

Voir Gersonii Opera, 64 Dupin, Anvers, 1706, t. 11, p. 867, chap. tr.

2, Le D' Schwab a signalé avec raison ces trois objections contre l’attribution à Gerson : 1" I fait entre l'Eglise apostolique une distinction qui n'existe pas dans Gerson; 2° Il admet que tous les moyens, même la ruse ou la force sont légitimes pour remédier au schisme; 3° IL révéle une tendance politique antifrancaise, qui est incompatible avee l'esprit bien francais du chancelier de l'université de Paris.

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Ces vues, très hardies pour l'époque, étaient certainement partagées par la majorité des représentants des universités et des laïques, mais elles dépassaient, par leurs conclusions radicales, la mesure que d’Ailly et Gerson ont toujours observée vis-à-vis des autorités hiérarchiques de l'Église.

Quoiqu'il en soit, Gerson assista, en qualité de député de l’université de Paris, au concile de Constance, dont il fut, ainsi que son maitre, le cardinal de Cambrai, une des lumières. Les instructions, données par ce corps illustre à ses mandataires visaient trois objets, rétablir la paix troublée par le schisme, maintenir la foi contre les hérétiques d'Angleterre (Wicléfites) et de Bohème (Hussites) et rendre la vertu et la liberté à l'Église, c’est-à-dire faire la Réforme. Le chancelier de Paris s'y montra aussi jaloux de conserver l'intégrité du dogme, que de rétablir l'unité du gouvernement et la discipline. Il prononca, le 23 mars 41415, devant toutes les nations assemblées, un discours si logique et si éloquent que le Concile général s’appropria ses conclusions (vote du 30 mars). Voici les principales :

I. L'unité de l'Église se fait en son chef unique Jésus- Christ et est cimentée par le lien « amoureux » du Saint Esprit, à l’aide des charismes de ce dernier.

IT. L'unité de l’Église, quant à son chef secondaire, le souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ, est plus féconde que la société civile, sous un roi ou un empereur;

IV. Le lien entre l'Église et son « époux », le Christ, est indissoluble; tandis que le lien avec son vicaire peut être rompu ;

V. L'Église ou le Concile général qui la représente est la règle, posée par le Saint Esprit, à laquelle tous, même le Pape, doivent se soumettre.

Gerson vota la déposition de Benoït XIIT et de Grégoire XII, ainsi que la condamnation de Jean XXII, qui

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