Gersonii Opera, IX, p
fut enfermé dans la même prison que Jean Hus, la tour de Gottleben.
Le schisme étant ainsi réglé, le terrain semblait déblayé, pour entamer l'affaire des réformes « 2nr1embris »; en effet, le 15 juin 1415, le Concile nomma une commission ad hoc, dite « reformatorium ». Mais les leaders du Concile, les cardinaux de Cambrai, de Saint-Marc et même Gerson, comme effrayés du grand coup qu'ils avaient frappé, en abattant les trois chefs de l'Église, sentirent le besoin de donner à l'opinion des gages de leur parfaite orthodoxie. En conséquence, ils décidèrent de traiter la question des hérésies, avant de passer aux réformes. Sur le rapport des délégués de l'archevêque de Cantorbéry, on procéda (4 mai) à l'examen de trois cents articles, suspects et imputés à Wiclef, qui était mort depuis trente ans. Plusieurs propositions n'étaient même pas tirées de ses écrits authentiques. Chose triste à dire ! Gerson s’associa à cette condamnation posthume et irrégulière, puisque la doctrine du maître d'Oxford et recteur de Lutterworth n’eut même pas de défenseur. Il prit part aussi au procès de Jean Hus et de Jérôme de Prague, et essaya, sans doute comme d’Ailly, d'amener le maitre de Prague à un acte de soumission et de rétractation en bloc qui l’eût sauvé. Mais la rude franchise de Jean Hus se refusa à toute équivoque et il aima mieux mourir que de sacrifier la moindre parcelle de vérité.
Le chancelier de l’université de Paris se montra plus - juste dans l'affaire des Frères de la Vie commune? et dans celle du D' Jean Petit.
Les premiers, institués par Gérard de Groote et Florent Radewins pour la copie des Saintes Écritures et l'éducation des jeunes prêtres, avaient été accusés par un dominicain de Groningue, de vivre « sans règle et en dehors de toute obédience ». | y avait, en effet, de la part de
4. Voir G. Bonet-Maury, (Gérard de Groote, un précurseur de la Réformalion. Paris, 1879.
b à =. Ne T7 ee: ‘nl RE Lu AR LEA D: r sé * L L'LRE
leur fondateur, l'intention de réagir contre les vœux perpétuels, les excès ascétiques et l'oisiveté de la vie monastique. D’Aïlly et Gerson prirent chaleureusement leur défense et les firent acquitter par le Concile. Gerson ne fut pas moins courageux dans la seconde affaire.
On sait que Jean Petit, un dominicain de Paris, avait fait l'apologie de l'assassinat du duc d'Orléans par Jean Sans Peur. Gerson, bien que l’obligé du duc de Bourgogne, qui lui avait octroyé sa prébende de chanoine de la cathédrale de Bourges, avait fait déja condamner Ja thèse tyrannicide par l’évêque de Paris. Sur ces entrefaites, Jean Petit était mort (1411). Malgré cela, la question fut portée devant le Pape et le Concile de Constance : Gerson y fit entendre un plaidoyer énergique contre cette doctrine abominable ; mais, l'influence du duc de Bourgogne y fut assez forte pour empêcher une condamnation formelle du dominicain.
La question du schisme, celle des hérésies réglées, on allait enfin aborder l'affaire des réformes; mais là encore un obstacle se présenta : Ne fallait-il pas avant tout don-
ner un chef à l'Église catholique? L'anarchie n'était-elle pas le plus grand mal dont elle eût souffert pendant le long schisme, qui avait duré trente-cinq années ? Ou bien fallait-il commencer par les réformes, afin de tracer au nouvel élu un programme de gouvernement”? N'étaientce pas précisément certains abus dans le collège des cardinaux, qui avaient donné naissance au schisme? L'empereur Sigismond, et les nations allemande, anglaise et française, instruites par l'expérience faite à Pise, où le Pape élu par le Concile, Alexandre V, n'avait eu rien de plus pressé, de suite après son élection, que d'éluder toute réforme sérieuse, étaient d'avis de commencer par ces dernières:
Les Italiens, les Espagnols, au contraire, ainsi que la majorité des cardinaux, plus épris de l’idée d'autorité et de centralisation, voulaient donner la priorité à l’élection du souverain pontife,
Pierre d’Aïlly, qui, bienque partisan des réformes, était avant tout un homme de gouvernement et ambitionnait peut-être, en secret, la tiare, se prononça pour ce dernier avis et, par le poids de son influence, entraina la majorité des nations. Sur ce point, du moins, Gerson se sépara de son ancien maitre du Collège de Navarre et fit entendre au Concile des avertissements prophétiques; mais en vain, le Concile passa à l’ordre du jour et élut Martin V.
L'année suivante (9 octobre 1417), à la trente-neuvième séance générale, le Concile se contenta de voter quatre ou cinq articles de réformation!, recommandant les trente autres à la sollicitade du Pape. Autant dire qu'on les renvoyait aux calendes grecques. Aussi l’abbé Fleury a-t-il eu raison de dire du Concile de Constance: « Il n'éteignait pas tout à fait le schisme et, quant à la réformation de l'Église, à peine fut-elle commencée qu’on la remit à un autre temps. »
Après la dissolution du Concile, Gerson se vit exposé à la vengeance du rancunier duc de Bourgogne. Il apprit que sa maison de Paris avait été pillée par une bande de voleurs, sans doute soudoyée, et le chancelier de l’université fut averti qu'il risquait sa vie en rentrant. Il se réfugia donc, en costume de pèlerin, chez des amis d'Autriche, d’abord au château de Rattenberg sur l’Inn et puis à Neubourg sur le Danube. Il occupa ses loisirs pendant ses deux années d’exil (1418-1419) à écrire $es quatre livres de la « Consolation théologique » et une sorte de concordance des quatre Évangiles, qui porte le titre de Monotessaron. Les pensées, qui le consolaient du spectacle de tant d’injustices et de déceptions, étaient l'espoir de contempler un jour le jugement de Dieu, la révélation par les Écritures du gouvernement divin du
4, Les plus importants étaient : 1° la réunion de droit du Concile général, dans l'année qui suivrait la production d’un schisme éventuel; la
convocation décennale des Conciles généraux; 3° l'interdiction de transférer un évêque d'un siège à un autre, sans son consentement.
monde, la sérénité de sa conscience et la patience dans l’accomplissement zélé de sa tâche.
Après la mort de son ennemi, le duc de Bourgogne, Gerson se retira à Lyon, auprès d’un frère qui était prieur d'un couvent de Célestins. Il occupalés dernières années de sa vie à instruire les enfants du cloitre Saint-Paul (faubourg de Lyon) et à composer quelques traités de philosophie religieuse; il mourut entouré de la vénération universelle (12 juillet 1429).
Essayons de résumer ses idées réformatrices. Elles ont porté sur quatre points: le gouvernement de l'Église et le culte, les mœurs cléricales, les études théologiques.
Comme saint Bernard, il a vu la racine des maux de l'Église dans la confusion du temporel et du spirituel et dans l’omnipotence des souverains pontifes. Par conséquent, il a voulu himiter leur pouvoir, en le soumettant au contrôle du Concile général. Le Pape n’est que l'exécutif. C’est à l'assemblée représentant tous Les ordres de la hiérarchie catholique, régulièrement convoquée par les Cardinaux où par un prince chrétien, qu'il appartient de faire les lois, les canons et les dogmes del'Église. Elle est le juge suprème en matiere de foi et de discipline, elle a le droit délire, suspendre et déposer le Pape. C’est cette théorie du gouvernement parlementaire de l'Église catholique, puisée dans l’uuiversité de Paris, qui a été en vigueur dans l'Église de France, jusqu'au Concile du Vatican (1870).
Quant au culte, il à blämé l’adoration des images, comme étant une source de superstition et la célébration de fêtes grossières, telles que la fète des Fous et de l’Ane dans les églises !. Il à traité ces choses « d'insaniæ falsæ, ex sacrilegis paganorum et idololatrorum ritibus insaniæ ». Il aurait voulu ramener le culte à sa simplicité apostolique et a contribué, par ses sermons en français, à améliorer la prédication populaire.