Religieux de Saint-Denis, {. II, p. 184, Denifle, p
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temps suspendu leurs cours, ii leur ordonna deles reprendre, ce qu'ils promirent avec joie et lui, de son côté, promit d'écrire aux cardinaux d'Avignon !. Ceux-ci reçurent, en effet, coup sur coup trois lettres de Paris, deux de Charles VI (22 et 24 septembre), l'autre de l’université de Paris (23 septembre), toutes les conjurant de ne pas procéder à l'élection. Mais tel était l’entêtement des Clémentins et l'intérêt d'avoir un Pape, créé par eux, que, se doutant du contenu ils n’ouvrirent mème pas ces lettres et élurent Pierre de Lune sous le titre de Benoît XIII (2 septembre 1394).
Cette nouvelle causa une vive déception à Paris et pourtant, telle était la déférence pour le Sacré Collège, telle était l'estime qu'inspirait l'élu par ses mœurs austères et son esprit cultivé, que l’université, de concert avec le roi, reconnut le nouveau Pape et lui adressa des lettres pour le féliciter et l’exhorter à travailler à l’extinction du schisme et à exercer la vigilance pastorale. C’est en octobre, que Nicolas de Clamengis écrivit à Benoit XII une lettre sans doute officielle où il lui adressa ces recommandations®. Le Pape, dans ses réponses au roi et à l’université, protesta de sa bonne volonté et de ses vœux pour l'union de l'Église, sans faire allusion à aucun des moyens suggérés.
Mais, d'autre part, il tächait, par l'intermédiaire du cardinal Galeoti de Pietralata, de détacher de l’université de Paris une de ses lumières, notre Clamengis. Il y réussit.
Le Pape fit offrir à Clamengis le poste de secrétaire de la curie pontificale. Notre modeste théologien eut beau objecter son indépendance de caractère, son inexpérience des cours, les différences du genre de vie entre le Collège de Navarre et la cour d'Avignon. Le cardinal eut réponse à tout et, sur les instances de quelques amis, qui lui persuadèrent qu'en acceptant, il pouvait rendre service à la
1. Du Boulay, Historia universilatis Parisiensis, t. IV, p. 710. 2, Epistolæ II ad dom. Benedictum XII.
cause de l'union, Clamengis se décida. Il partit (16 novembre 1397) pour Avignon et y exerça, pendant neuf années, les fonctions de secrétaire pontifical.
Quoique bien des pratiques de cette cour et les vices des prélats dussent choquer ce clerc honnête et de goûts simples, la bienveillance et le commerce personnel de Benoit XIIT, qui était aussi affable que lettré, l'usage de la bibliothèque du palais déjà très riche, les relations avec Vincent Ferrier et plusieurs religieux éminents, tout cela embellit son séjour à Avignon, comme jadis celui de Pétrarque. Mais, lorsqu’à la suite du refus de Benoit XIII d'abdiquer, les rapports se tendirent avec le gouvernement français, Clamengis devint suspect auprès des chefs de l'université de Paris et profita d’un voyage du Pape à Gênes pour rester en cette ville et se séparer. Ce fut bien pis, après la rupture, c'est-à-dire la soustraction de
l'Eglise gallicane à l'obédience de Benoïît XIII et l'excom-.
munication lancée contre le roi de France.
Clamengis s'était retiré à Langres; ses ennemis de l’université l’accusèrent de haute trahison. Il eut beau se justifier par une lettre adressée à l'nuiversité, on ne le .crut pas, et il se réfugia, successivement à la Chartreuse de Valprofond, puis à celle de Fontaine du Bosc.
C’est, sousle coup de ces angoisses morales, que la pensée de Clamengis se reporta sur la Sainte Écriture. Il se reprocha de l'avoir trop négligée, dans sa jeunesse, au temps de ses études au Collège de Navarre. Il exprima ces sentiments nouveaux dansses lettres à P. d'Aïlly, Charlier de Gerson, à Nicolas de Baye. C’est dans cette calme retraite, convenant si bien à ses goûts studieux, qu'il composa deux de ses écrits à tendance réformatrice : Qu'il ne faut pas instituer de nouvelles fêtes et de l'Etude théologique (vers 1409-1410) !.
On était alors au temps du Concile de Pise. I n'assista
1. De novis feslivilalibus non instituendis, — De studio theologiæ.
LES RÉFORMATEURS MODÈRES 189
pas à cette assemblée, pas plus qu'à celle de Constance; mais, il y prit un vif intérêt et continua à préconiser des réformes, dans deux nouveaux ouvrages des Prélats simoniaques (4411) et De la’ corruption de l'Église! (1114- 1415). Après la réunion du Concile, notre docteur adressa aux membres une lettre?, pour les exhorter à la concorde, et regretter qu'ils aient déclaré les trois papes, existant alors, inéhigibles... Voyant ensuite la tournure que prenaient les délibérations, il composa sa Dissertation sur le Concile général (1415-1416.
Au milieu des troubles politiques, Clamengis se tourna vers Philippe de Bourgogne, comme le prince qui pouvait seul rétablir l’ordre et la paix dans le Royaume. C’est à lui qu'il dédia son traité : « De la décadence et de la restauration de la justice, c'est-à-dire dela patrie. » Noble titre, qui prouve que, pour les représentants de l'Église, l'idée de justice était inséparable de celle de patrie. La France était alors en grande partie occupée par les Anglais. Clamengis souffrait de l'oppression de la patrie et de l'Église et, ayant été sans doute appelé au secours par l’évêque de Chartres, il défendit contre les Anglais les libertés et franchises de l'Église gallicane (1421). Quelques années après, il reprenait, après vingt-sept années d'interruption, son enseignement au Collège de Navarre.
Une grande incertitude règne sur la date de sa mort. Dans les actes du Collège de Navarre de l'année 1440, il est mentionné comme « bonæ vir memoriæ àc piæ recordationis », ce qui indique d'ordinaire un professeur mort
1. De savants historiens, comme Ch. Schmidt, Ad. Muntz, ont douté de l'authenticité de ce dernier à cause d’un style moins châtié et de censures plus vigoureuses contre les Papes. Les critiques plus récents, Schwab, Schuberth et Beck l'ont défendu, en montrant que l'ouvrage n'avait pu être écrit que par quelqu'un ayant longtemps vécu à la cour d’Avignon. D'ailleurs, le tableau tracé de la situation de l'Eglise est confirmé par les documents officiels. Nous sommes enclin à admettre cette dernière Opinion.