De novis feslivilalibus non instiluendis
fille, dit-il, c'est sûrement l’exposer à être déshonorée, tant les mœurs sontcorrompues dans une foule de monastères. Ce qui importe, ce n'est pas la retraite matérielle, mais que notre cœur soit détaché du monde » (De fructu eremi).
Le remède à ces maux, c'est d'abord d'éteindre le schisme qui les a multipliés et, pour cela, la réunion d'un Concile général peut être utile. Clamengis ne se fait pourtant pas beaucoup d'illusion sur l’efficace d'un Concile, si toutes ses décisions ne sont pas fondées sur la Sainte Écriture, vraie source de toute foi et vertu. Voici à quelles propositions peut se ramener son traité sur le Concile général, publié peu avant et à l'intention du Concile de Constance.
« L'Église est faillible, lorsqu'elle s'écarte de son chef, « Jésus-Christ, et de sa parole qui est consignée dans la « Bible. Un Concile général n'est pas nécessairement « guidé par le Saint Esprit; en effet, ce dernier n'a pas « coutume d'assister les hommes charnels, au contraire, il « les fuit. Les Pères du Concile, au lieu de rédiger leurs « décrets en formules de droit canon, devraient les appuyer « sur des arguments tirés de la Sainte Écriture ou de la « raison. — Mais, dira-t-on, Jésus n’a-t-il pas promis d'être « avec son Église jusqu’à la fin des siècles? — Ilest vrai, « mais l'Église du Christ n'existe réellement que là où « souffle l'Esprit-Saint. Le Seigneur seul connait ceux « qui sont vrais membres de l'Église. Il y à des temps, où « elle peut subsister, par la grâce, en une seule faible « femme, comme à l'époque de la passion de Jésus-Christ « où tous les disciples s'étant enfuis, elle consiste dans la « seule Vierge Marie. »
Or, si le Concile ne réussit pas à réunir et restaurer l'Église, d'où viendra le remède? — Du retour à la Bible et à de meilleures études théologiques et d’une prédication plus biblique. La cause seconde du mal, en effet, c’est qu'on néglige l'étude de la Loi de Dieu. La plupart des
LES RÉFORMATEURS MODEÈRES 193
théologiens s’adonnent aux discussions scolastiques et aux spéculations curieuses et ils méprisent le ministère pastoral à la campagne et ne prêchent que par cupidité ou vaine gloire. « [1 est grand temps, écrit Clamengis « à un jeune bachelier en théologie, que tu puises l’eau « vive aux sources découlant du Sauveur, c'est-à-dire « aux veines très abondantes des célestes Écritures. Et « non seulement toi tu y puiseras, mais tu donneras lar- « gement à boire au peuple de Dieu. Et une fois que ton « cœur sera captivé par cette Bible salutaire, tu n'auras « de plaisir à voir rien qui soit hors d'elle, ou qui ne « serve à la mieux entendre. »
Ainsi Clamengis, tout en étant resté un fils soumis de l'Église catholique romaine, tout secrétaire pontifical qu'il ait été, plein de gratitude et de respect pour Benoît XIIT, son bienfaiteur, ne s’est fait illusion, ni sur la gravité des maux dont souffrait l’Église, ni sur l'insuffisance des remèdes proposés par les conciles.. « C'est dans le Nouveau « Testament, à très bien dit Ad. Muntz, et non pas dans « les décrets des Conciles, dans la foi au christianisme, « et non dans l’obéissance au Pape, dans la prière et « non pas dans l’invocation des saints qu'il avait trouvé « la paix. » Et, partant, c'est dans le retour au Christ des Évangiles qu'il signale la voie du salut. Par là, il mériterait d'être surnommé « Magister biblicus », car il a vraiment frayé la voie à Luther et à Calvin.
Tandis que Ximénès et d'Aiïlly, Gerson et Clamengis attendaient des conciles ou de quelque souverain vraiment catholique la réforme de l'Église, mais en vain, de simples paysans obscurs et à peine lettrés, méprisés des savants, continuaient, dans les rangs du peuple, leur œuvre de relèvement moral et religieux, par la diffusion de la Bible et de traités religieux en langue vulgaire. C’est ainsi que, souvent, le Dieu tout-puissant se sert des choses faibles de ce monde pour confondre les fortes.