‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 76 sur 92 · Nobla Leyezon, édit. Montet, Paris, v. 359 et suivants · texte numérisé non relu

Nobla Leyezon, édit. Montet, Paris, v. 359 et suivants

Un siècle après, on y fonda des chaires de théologie, et l'on institua à côté du recteur, élu par les régents de première classe, un maître des écoles (magister scolarum) qui devait être choisi parmi les chanoines de la cathédrale. C'est dire que cette école de hautes études faisait une part prépondérante à la théologie et qu'elle était sous le contrôle immédiat de l'archevêque. Malgré ce contrôle, c'est d'elle que sont sortis deux outrois théologiens hérétiques, notre Pedro Martinez, Alphonse Tostado et Francesco Sanchez de las Brozas.

On a peu de détails sur la vie de Pedro Martinez!. Il était originaire d'Osma (province de Soria, en vieille Castille), la ville même d’où était parti saint Dominique. Après avoir fait de bonnes études classiques et théologiques à Salamanque, il reçut deux prébendes des églises de cette ville et de Cordoue et commença par exercer les fonctions de lecteur en philosophie à cette université. Dans la suite, son talent l’avait fait nommer maître de théologie et correcteur des livres ecclésiastiques, c’est-àdire des exemplaires de la Bible, en usage dans le culte et l'enseignement.

Ses ouvrages, par contre, sont un peu mieux connus. Il avait écrit des commentaires sur l'éthique et la métaphysique d’Aristote, qui étaient un résumé de ses cours (1496- 1498); un traité le Quodlhibetum * et un autre de Confesstone. Dans ces deux derniers, le professeur de Salamanque niait que la confession auriculaire fût un sacrement d’institution divine, contestait le « pouvoir des clefs », attribué au prêtre et le droit des indulgences, que s’arrogeait le pape, et mettait mème en doute l'infaillibilité de l'Église catholique.

Des thèses, aussi hardies pour l’époque, ne pouvaient

1. Voir Menendez Pelayo, Historia de los Helerodoxos españoles, vol. 1, p. 548 et suiv.

2. Ce traité a été conservé, tandis que le De confessione, qui en était une amplification, a été anéanti.

échapper aux oreilles vigilantes de l'Inquisition. Sur l’ordre du grand inquisiteur de l’Aragon, Michel Ferrier, docteur en décrets et vicaire général de l'Église de Saragosse, entama un procès contre les conclusions de Pedro de Osma, qui furent condamnées « comme véhémentement suspectes d'hérésie » par la faculté de théologie de Salamanque.

L’émoi fut plus grand en Castille, où Martinez était plus connu. L’archevêque de Tolède, Carillo, demanda au Pape une bulle, afin de procéder contre l'hérétique avec l'autorité pontificale. Sixte IV l’accorda et le procès s’engagea, sur, l'accusation de deux de ses anciens condisciples du collège Saint Barthélemy. M Carillo cita Pedro Martinez, régent de la première chaire de théologie, à comparaître en personne devant son tribunal à Alcala de Henarès. Le 23 mars 1479, l’archevèque convoquait une cinquantaine dethéologiens et adressait en même temps à l’inculpé une lettre gracieuse, par laquelle il lui offrait un bon accueilpendant son séjour dans cette ville. Cependant, Pédro de Osma, soupçonnant un piège, n'accepta point et s'arrêta à mi-chemin, à Madrigal. De là,ilenvoya à Alcala son chapelain Pepro de Hoyuelos, porteur d'une lettre à l’archevèque, où il s'excusait humblement de ne pas comparaitre, à cause d’un accès de fièvre qui l'avait saisi en route.

Les juges, nommés par Don Carillo, passèrent outre et examinèrent, en avril et mai, neuf propositions extraites du De confessione et ainsi conçues :

I. Les péchés mortels, quant à la coulpe et à la peine de l’autre monde, sont effacés par la seule contrition du cœur, sans le pouvoir des clefs.

IT. La confession des péchés #n specie est, nonpas de droit divin, mais seulement une règle de l'Église universelle. Tous les sacrements, dans leurs moindres détails, n'ont pas été institués par Jésus-Christ.

III. On ne doit pas confesser les mauvaises pensées; mais le déplaisir suffit à les effacer sans le pouvoir des clefs.

IV. La confession doit être secrète, en ce sens que l'on avoue les péchés secrets et non pas les péchés publics.

V. On ne doit pas absoudre les pénitents avant qu'ils aient d’abord accompli la pénitence enjointe.

VI. Le Pape ne peut accorder à personne de vivant l’indulgence de la peine du Purgatoire.

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